Ces cas sont les derniers en date causés par une mutation rare et connue du virus contenu dans les vaccins antipolio.

Ce virus de souche vaccinale a contaminé 1.271 personnes dans le monde sur les dix dernières années, selon les données de l'OMS. Mais attention, il ne s'agit pas de personnes ayant reçu le vaccin, mais de personnes n'ayant au contraire pas été immunisées.

Le poliovirus sauvage éradiqué d'Afrique, mais la polio reste présente

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé le 25 août l'éradication du poliovirus sauvage du continent africain, qualifiant cette date d'"historique". L'annonce, deux jours plus tard, par le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'Onu (Ocha) au Soudan, de la découverte "d'au moins 13 cas de polio" a donc suscité la surprise. Plusieurs publications virales sur les réseaux sociaux estiment que "le plan pour mettre fin à la polio sauvage se retourne contre" l'OMS et que "l'Onu a été forcée d'admettre que le vaccin financé par la Fondation Gates est à l'origine d'une épidémie de polio en Afrique". Les cas récemment recensés ont été causés par un "poliovirus de type 2 dérivé d'un vaccin", ont précisé Ocha et l'OMS. Ces "poliovirus circulants dérivés d'un vaccin" (PVDVc) sont distincts des poliovirus "sauvages", agents pathogènes originels de la maladie désormais éradiqués du continent africain et qu'on ne trouve plus qu'en Afghanistan et au Pakistan. Il s'agit d'une mutation rare du virus contenu dans le vaccin.

"Le vaccin est constitué d'un virus dont la virulence a été atténuée pour qu'il ne puisse induire une maladie. Lorsqu'il est administré par voie orale, (...) il y a ensuite une excrétion du virus vaccinal par les selles", explique le coordinateur des programmes d'immunisation et de vaccination pour l'OMS en Afrique, Richard Mihigo. Dans des zones où les conditions d'assainissement sont mauvaises, il arrive que ces virus excrétés circulent. Les enfants acquièrent parfois au contact de cet environnement une "vaccination passive". Mais "dans des cas extrêmement rares, ce virus de souche vaccinale peut muter et redevenir virulent, pouvant ainsi déboucher sur des complications et causer des paralysies", résume M. Mihigo.

Un virus qui touche les populations non vaccinées

La contamination à ce virus est "le fait d'un manque de couverture vaccinale, ce n'est pas vraiment un effet secondaire de la vaccination", estime Oliver Rosenbauer, porte-parole de l'Initiative mondiale d'éradication mondiale de la polio (GPEI). "Lorsqu'une population est bien immunisée, elle est protégée contre ces deux types de virus", assure l'OMS. Ces dernières années, l'OMS souligne régulièrement la recrudescence de cas de PVDVc.

Lors de son annonce du 25 août, elle rappelait ainsi que "pas moins que 16 pays (de la zone Afrique, ndlr) connaissent actuellement des flambées de poliovirus circulant de type 2 dérivé d'une souche vaccinale (PVDVc2), qui peuvent se déclarer dans des communautés sous-vaccinées".

Le risque est d'autant plus grand que la pandémie de coronavirus a entraîné la suspension de nombreuses campagnes de vaccination, dont certaines ont depuis repris. Par ailleurs, le mot "épidémie" ne désigne pas nécessairement un grand nombre de cas ou de morts. "Avec la polio, lorsqu'il y a un seul cas, on peut parler d'épidémie car un foyer est susceptible de contaminer un grand nombre de personnes", explique Richard Mihigo: "La potentialité que la maladie se transmette d'une personne à une autre, c'est la notion même d'épidémie."

Selon des données de l'OMS compilées par l'AFP, 1.271 cas de PVDVc ont été enregistrés dans le monde depuis 2010. Un nombre faible rapporté aux 10 milliards de doses de vaccin oral (VPO) administrées sur la dernière décennie, selon la GPEI. "Le faible risque représenté par les PVDVc n'est rien en comparaison des énormes avantages associés au VPO pour la santé publique", estimait l'OMS en 2017, en rappelant: "Chaque année, des centaines de milliers de cas dus au poliovirus sauvage sont évités".

Un nouveau vaccin, "plus stable"

Le nombre de cas de PVDVc est toutefois en hausse ces dernières années: 368 cas ont été recensés en 2019, contre 104 en 2018 et 96 en 2017.

Depuis 2018, il dépasse celui des poliovirus sauvages. En 2019, l'Afrique concentrait la grande majorité des cas de PVDVc (318 des 368 cas). Les autres se situaient essentiellement au Pakistan, aux Philippines et en Birmanie. Au 15 septembre 2020, 348 cas de PVDVc avaient été recensés dans le monde depuis le début de l'année, dont 195 en Afrique. Aucune donnée sur le nombre de décès causés par ces poliovirus n'est en revanche disponible, a indiqué l'OMS. Pour pallier tout risque de mutation, un nouveau vaccin baptisé nVPO a été développé.

Ce vaccin, "génétiquement plus stable", "ne peut se modifier génétiquement pour retrouver sa virulence et ne va pas créer de nouvelles souches", assure Richard Mihigo. Il sera introduit "d'ici fin septembre, début octobre" et "remplacera à terme le vaccin actuel".