Depuis la semaine dernière, l’effet d’annonce des chiffres d’efficacité des vaccins contre le coronavirus crée un emballement médiatique. Après les 90 % d’efficacité annoncés par les entreprises pharmaceutiques américaine et allemande, Pfizer et BioNTech, le 9 novembre, c’était au tour de l’entreprise de biotechnologie américaine Moderna de se targuer cette semaine de 94,5 % d’efficacité. Devant de tels pourcentages, les médias ne sont pas les seuls à réagir : les marchés financiers vivent une hausse, car ces annonces profitent aux formes productrices. 

D'ailleurs, la nouvelle communication de Pfizer/BioNTech, ce mercredi, indiquant un taux d’efficacité revu à 95 %, n’a pas manqué de faire tiquer le microbiologiste Emmanuel André. "Je comprends les motivations financières pour les compagnies pharmaceutiques de publier des communiqués de presse disant qu’elles sont les meilleures. Mais soyons sérieux : si elles continuent avec des progressions quotidiennes, nous serons à 140 % d’efficacité avant que la première étude évaluée par les pairs ne soit publiée", s’est-il indigné sur Twitter.


Le porte-parole interfédéral Covid-19, Yves Van Laethem, se montre plus confiant. Il ne nie pas les "coups de com’" présents derrière ces messages : "C’est clair il y a surenchère entre les firmes. D’habitude ça ne se passe jamais comme cela avec des annonces sur la place publique. C’est évidemment une manière de montrer que l’on est grand et que l’on est fort". Mais, cela ne doit pas selon lui effacer l’ampleur du travail accompli par ces entreprises afin de produire un vaccin en un temps record. Ainsi, le porte-parole explique sereinement ce changement de pourcentage communiqué par Pfizer/BioNTech : "Les chiffres de 90 % que l’on avait au départ étaient ceux d’une étude intermédiaire, il manquait encore des résultats. Ils ont ensuite affiné leur résultat de 90 % à 95 %, une fois que le nombre de patients, pour que l’étude soit significative, a été atteint".

Les chiffres annoncés par Moderna sont également issus d’une analyse intermédiaire, et sont donc susceptibles de changer dans les semaines à venir. Ce qui n’est pas problématique aux yeux du porte-parole interfédéral : "Que ce soit au final, 94, 95 ou 96, cela n’a plus d’importance. À ce niveau-là d’efficacité, on s’en moque”. De fait, les premiers résultats de ces deux vaccins contre le Covid-19 se révèlent très élevés en comparaison d’autres vaccins. Ceux contre la grippe ont oscillé entre 19 % et 60 % d’efficacité dans les dix dernières saisons aux États-Unis, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies. Pour Yves Van Laethem, cette efficacité, on la doit à cette nouvelle plateforme d’ARN messagers utilisée par ces vaccins. Avec cette technique, ce sont des brins d’instructions génétiques, les ARN messagers, qui vont ordonner à nos cellules de produire des antigènes spécifiques au coronavirus et ainsi entraîner une production d’anticorps par notre système immunitaire.

Yves Van Laethem rappelle ainsi que “ce qui pourrait poser problème pour convaincre les gens de se faire vacciner, ce n’est pas l’efficacité, mais la sûreté du vaccin puisque l’on n’a pas d’expérience de vaccin à ARN messager chez l’homme”. Avant d’insister : “Mais le fait est qu’ils donnent une très bonne immunité, ce qui laisse penser que ce genre ce procédé pourrait être employé pour transformer d’autres vaccins moins efficaces.”

Il y a donc des raisons de se réjouir, même si les résultats des vaccins fonctionnant autrement, notamment ceux d’AstraZeneca/Oxford (7,74 millions de doses) et de Johnson & Johnson (5,16 millions), les plus précommandés par la Belgique, sont encore attendus.

© AFP