Interviewé dans l'usine de Puurs, en Belgique, plateforme cruciale de la production mondiale du vaccin BioNTech-Pfizer, le patron du géant pharmaceutique américain se dit "optimiste" sur la capacité du sérum à contrer le variant indien, et défend la politique de prix de son laboratoire.

Le vaccin Pfizer-BioNTech est-il efficace contre les variants brésilien et indien ?

"Nous avons déjà des données sur le variant britannique, qui est par exemple prééminent en Israël, et l'efficacité du vaccin est de 97%. En Afrique du Sud, contre le variant local, il est efficace à 100%. Et des données du Brésil montrent qu'il permet de contrôler très bien" (le variant brésilien) .

"Sur le nouveau variant d'Inde, nous n'avons pas de données, mais je suis optimiste sur notre capacité à le contrôler. Nous avons développé un processus permettant que, dès qu'un variant est source d'inquiétudes, nous soyons capable d'avoir un vaccin efficace en 100 jours, et je suis à l'aise avec cet objectif exigeant, en raison de l'efficacité de la technologie de l'ARN messager".

Pouvez-vous produire en Europe pour le reste du monde, malgré la contrainte d'une conservation à -70 degrés?

"Nous allons finaliser, espérons-le dans les prochains jours, un nouveau contrat avec l'UE (pour 1,8 milliard de doses), et si nous le décrochons, nous serons capables de produire toutes les doses ici en Europe, y compris les composants. Et nous serons capables d'y produire bien davantage que les volumes de ce contrat!"

"Pour l'heure, nous avons dans le monde trois sites de production: un aux Etats-Unis et deux en Europe avec une capacité très supérieure (Puurs, et Marbourg en Allemagne). Au total, on devrait être capables de produire 2,5 milliards de doses cette année, et même dépasser 3 milliards dès l'an prochain. L'Europe, avec son expertise et son vivier de talents liés aux nouvelles technologies, est l'environnement idéal!"

"Concernant la formule actuelle du vaccin, nous essayons de voir si nous pouvons prolonger sa durée de réfrigération pendant laquelle vous pouvez retirer le vaccin d'un super-congélateur à -70 degrés et le placer dans un congélateur +classique+ à -20 degrés. C'est actuellement de deux semaines, mais nous étudions les données pour voir si on peut l'étendre à un mois -- sous réserve d'un feu vert réglementaire".

"Par ailleurs, nous travaillons à une autre formule, très améliorée, où le vaccin serait fourni déjà dilué, prêt à l'emploi. Il pourrait être stocké deux à trois mois en réfrigérateur, de deux à huit degrés, en plus de deux-trois mois en congélateur classique. Nous pensons pouvoir en disposer cet été."

Votre vaccin est l'un des plus chers et pourrait encore augmenter en Europe. Comment le justifiez vous ?

"Notre stratégie est de proposer une tarification permettant un accès équitable à tous. Equitable, cela ne signifie pas un même prix pour tous, cela signifie donner davantage à ceux qui en ont besoin. Ainsi, nous avons une gamme premium de prix pour les pays à hauts revenus --Europe, Etats-Unis, Japon, Canada...--, mais le prix le plus élevé correspond à l'addition d'un repas, ce qui reste très, très raisonnable".

"Pour les pays à revenu intermédiaire, selon la Banque mondiale, nous diminuons le prix de moitié. Et pour les pays à faibles revenus, nous leur fournissons bien sûr à prix coûtant, de sorte que la vaccination atteigne tous les coins du globe".