La dyslexie est une souffrance, et non pas une maladie

Quatre à six pour-cent des enfants souffrent de troubles de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, dont trois fois plus de garçons que de filles. De l'importance d'un diagnostic précoce.

LAURENCE DARDENNE

Il ne souffre pas de troubles intellectuels, pas plus d'ailleurs que neurologiques, psychiatriques ou sensoriels, il n'évolue pas dans un milieu social particulièrement défavorisé et, pourtant, il éprouve manifestement des difficultés d'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Peut-être est-il dyslexique? Ils sont, à des degrés divers, 4 à 6pc, dont trois fois plus de garçons que de filles, à souffrir de ce trouble.

Un handicap, certes, qu'il convient néanmoins de dédramatiser et, surtout, de dépister au plus tôt, afin de le corriger dès que possible. Tel est l'objet d'une publication éditée, sous forme de bande dessinée, par l'association Initiatives pour l'enfance et la jeunesse (IPEJ), qui vient de distribuer 11.000 exemplaires de ce précieux ouvrage dans les écoles de la Communauté française, comme elle l'avait déjà fait pour les 5.000 premières éditions en septembre 1999 (1).

Enseignants, bien sûr, mais aussi pédiatres, logopèdes, assistants sociaux et parents d'enfants dyslexiques trouveront, dans cet intéressant document rédigé par Marianne Klees et Eleni Grammaticos, l'information indispensable pour poser le juste diagnostic, d'abord, et envisager la prise en charge, ensuite.

QUELQUES INDICES

Car prévenir la dyslexie est bel et bien possible, pour autant que l'on soit correctement informé. Aux parents et aux enseignants d'être attentifs à certains signaux d'alerte, sans s'alarmer pour autant. Ainsi ne peut-on raisonnablement commencer à s'inquiéter que si les difficultés persistent au-delà de 7 ans, à moins que des troubles instrumentaux (liés à la parole ou à la psychomotricité) ne semblent préoccupants au point de compromettre le bon démarrage en première année primaire.

Un certain nombre d'indices qui doivent attirer l'attention ont été mis en avant par les spécialistes: le fait que l'un ou les parents sont dyslexiques; une naissance prématurée, un bavage persistant; des difficultés de coordination lors de l'alimentation ou de l'habillage; une acquisition tardive de la propreté; des troubles moteurs mineurs au niveau de la motricité fine des doigts, du poignet et des lèvres notamment, une lenteur excessive d'exécution chez un enfant qui apprendra tardivement à nager, à rouler à vélo, ou encore à colorier sans dépasser; une écriture irrégulière et pointue; un retard persistant du langage et de la parole; des troubles du rythme, des problèmes de mémoire à court et à long termes; des difficultés d'orientation spatio-temporelle, des confusions gauche/droite, une volonté de faire mieux sans pour autant y parvenir

Une longue liste d'indices à prendre en compte dès la troisième maternelle, voire avant, par l'institutrice qui devrait se montrer réservée par rapport à l'état de maturité de l'enfant pour entrer en première année primaire.

EN PREMIÈRE PRIMAIRE

Pratiquement, chez l'enfant de plus de six ans, ces difficultés vont se traduire par des erreurs de lecture, d'orthographe, de grammaire et de calcul. Confusions visuelles (p et b, q et d) et auditives (fache pour vache) de lettres, omissions (camel au lieu de caramel), inversions (pormener au lieu de promener) et additions de certaines lettres ou syllabes constituent les erreurs de lecture. Fusion de mots (lenfanva pour l'enfant va), découpage incorrect (il et coute pour il écoute) sont les principales erreurs d'orthographe. Quant à la grammaire, l'enfant dyslexique confond souvent le genre et le nombre, tout comme la nature et la fonction. Au niveau des calculs, il inversera les chiffres.

RÉPERCUSSIONS PSYCHOAFFECTIVES

Quant à déterminer les éventuelles répercussions psychoaffectives, selon les auteurs, on peut schématiquement dire que, confrontés à des troubles d'apprentissage, les élèves intelligents adoptent deux types de comportement, symptômes de troubles affectifs qu'ils développent: soit une conduite de retrait, d'inhibition, de déni, d'indifférence apparente, de dépression, soit des comportements agressifs, de provocation, de passage à l'acte. Ils souffrent d'une étiquette de paresseux, d'opposants. Il n'est pas rare de les voir développer des réactions psychosomatiques comme des maux de tête ou de ventre.

Si elle n'est pas considérée comme une maladie, la dyslexie est plus exactement définie comme un ensemble de symptômes psychopédagogiques révélés par l'apprentissage de la lecture et de l'orthographe très souvent associés à des troubles instrumentaux (langage, perceptions visuelles et auditives, intégration psychomotrice).

Parce qu'elle peut avoir des conséquences importantes sur les résultats scolaires, mais également sur le comportement psychologique de l'enfant et sur ses relations, il est essentiel de la prendre en charge dès que possible.

Dyslexie, où est la différence?, Eleni Grammaticos et Marianne Klees, IPEJ, 37, rue Falise, 1470 Baisy-Thy. Association belge de parents d'enfants en difficultés d'apprentissage, 02.653.11.60 - 02.344.10.13 - 02.673.80.40

© La Libre Belgique 2000


Que faire si l'on suspecte? Avant tout, il convient de s'assurer que l'enfant ne souffre pas d'un trouble visuel et/ou auditif. Des examens psychologiques, logopédiques, psychomoteurs et neurologiques peuvent également être envisagés, comme on l'explique en détail dans l'ouvrage de l'Ipej, Dyslexie, où est la différence?. Une fois le diagnostic posé après ces examens, on peut entrevoir diverses techniques de rééducation logopédique. L'approche syllabique et gestuelle en est une, parmi d'autres. Parallèlement, la rééducation psychomotrice, souvent très utile, est axée sur la maîtrise progressive de la perception du corps. On a notamment recours à des séances de rythme (frapper dans les mains, par exemple), partant de l'idée que le langage s'écoule selon un certain rythme. Si la dyslexie est d'intensité moyenne à sévère, sans doute faut-il envisager d'intégrer l'enfant dans un enseignement spécial de type 8, destiné aux enfants qui, tout en n'étant pas déficients au point de vue mental, sensoriel ou neurologique, présentent des troubles sévères d'apprentissage dans le domaine du développement du langage, de la parole, de la lecture, de l'écriture et du calcul. L'enfant doit être examiné par un centre PMS ou un autre centre agréé pour déterminer s'il peut fréquenter ce type d'enseignement, propre à la Belgique.(L.D.) © La Libre Belgique 2000