Laver plus propre, plus blanc. Et l'environnement?

Lessives, peintures et couches-culottes : autant de déchets difficiles à éliminer. Ces produits de grande consommation sont donc autant de déchets qui ont un impact négatif sur l'environnement.

PAUL DOMINIQUE

Les résines acryliques contenues dans les lessives et les matériaux super-absorbants présentent un inconvénient majeur: ils ne sont pas biodégradables. Ces produits de grande consommation sont donc autant de déchets que l'on élimine difficilement après utilisation. Avec pour conséquence un impact négatif sur l'environnement.

Les travaux de recherche (1) réalisés à l'Institut de recherches sur la catalyse du Centre national français de la recherche scientifique (CNRS) se concentrent de plus en plus sur la mise au point de produits de substitution aux acrylates et polyacrylates. La matière première de départ ne serait plus issue du pétrole mais de polysaccharides contenus dans les céréales (tel l'amidon de maïs ou de blé) ou dans la biomasse en général (cellulose par exemple).

LES PHOSPHATES

Les phosphates sont des molécules traditionnellement utilisées comme additifs dans les lessives. Ils servent à complexer les ions de calcium et de magnésium dont la présence, au-delà d'une certaine concentration, rend les eaux dures (2) et réduit l'efficacité du lavage. Les phosphates sont aussi responsables de l'eutrophisation (3) des lacs et cours d'eau. Heureusement, ils peuvent être remplacés dans les lessives par des polymères organiques polyacryliques qui possèdent en outre la propriété remarquable d'absorber jusqu'à 40 fois leur poids en eau. Ces résines acryliques entrent dans la confection de produits hygiéniques super absorbants, comme les couches-culottes, mais elles trouvent l'essentiel de leurs applications dans la fabrication d'émulsions pour peintures décoratives à l'eau.

L'acide acrylique et l'acide maléique, intervenant dans la préparation de ces résines, sont désormais obtenus par oxydation catalytique du propane ou du butane, une production d'un grand intérêt industriel étant donné que le procédé actuel fait intervenir deux étapes catalytiques avec des catalyseurs différents.

INTÉRÊT ÉCOLOGIQUE

Par ailleurs, les chercheurs français tentent, dans le cadre du programme européen Energie, environnement et développement durable, de mettre au point une oxydation sélective avec des catalyseurs appropriés mais qui conféreraient à ces produits des propriétés d'agent complexant, voire de super absorbant. Outre l'avantage d'être issus d'agroressources renouvelables, les dérivés oxydés des sucres sont biodégradables et bien tolérés par les organismes vivants.

Au cours de ces dernières années, des procédés catalytiques d'oxydation des hydrates de carbone ont été développés en laboratoire: en utilisant des catalyseurs bimétalliques à base de palladium et avec de l'air comme agent oxydant, le glucose est converti avec des rendements de 99pc en acide gluconique. Celui-ci est alors utilisé comme agent complexant pour les ions métalliques avec de multiples applications allant de la détergence à la pharmacie.

Ces travaux à visée initiale purement fondamentale ont donc conduit à des réalisations de grand intérêt économique mais aussi (et surtout) écologique, ceux-ci entrant dans le cadre d'une coopération active entre le CNRS et les entreprises confrontées à une évolution de leurs matières premières.

(1) CNRS Info, n°387, novembre 2000.

(2) Dureté: indice qui traduit une réduction de leur capacité de dissolution.

(3) Développement de micro-organismes et microvégétaux qui épuisent la ressource en oxygène dissous.

© La Libre Belgique 2000