Un gène de prédisposition au diabète?

S'il n'est pas question, à ce stade, de crier à la découverte d'un traitement pour les diabétiques de type 2, les travaux menés par des chercheurs belges, mais également français et canadiens, méritent à l'évidence d'être salués. Publiées jeudi dans la très sérieuse revue scientifique britannique Nature, les expériences réalisées sur des souris génétiquement modifiées ont permis de mieux définir le rôle d'un gène baptisé SHIP 2, pour arriver à la conclusion qu'il régulait la sensibilité à l'insuline au niveau cellulaire. Une découverte qui laisse entrevoir d'importantes applications thérapeutiques et diagnostiques,

LAURENCE DARDENNE
Un gène de prédisposition au diabète?
©Jean-Luc Flemal

ENTRETIEN

Composée de chercheurs belges, français et canadiens, une équipe vient de voir ses travaux, susceptibles de changer à terme la vie des diabétiques de type 2, publiés dans la très réputée revue scientifique britannique Nature.

Explications de la découverte avec Stéphane Schurmans, biologiste moléculaire à l'Institut de biologie et de médecine moléculaire de l'Université libre de Bruxelles à Gosselies.

{Q.}En quoi a consisté l'expérience menée dans votre laboratoire?

{R.}Nous avons étudié la fonction d'un nouveau gène, appelé SHIP 2, qui a été découvert en 1996 dans notre laboratoire de l'Institut de recherche interdisciplinaire en biologie humaine et nucléaire par le Pr Erneux. Les travaux ont consisté à générer des souris génétiquement modifiées de telle sorte que SHIP 2 soit complètement absent chez celles-ci. En comparant des souris normales qui comportent ce gène avec les souris chez lesquelles SHIP 2 a été inactivé, nous avons constaté que les différences observées étaient le reflet de la fonction du gène.

{Q.}Qu'est-ce que cela vous a permis de démontrer?

{R.}Nous avons ainsi pu démontrer que ces souris déficientes pour SHIP 2 mouraient quelques jours après leur naissance d'une sévère hypoglycémie, c'est-à-dire un taux de sucre dans le sang trop bas par rapport à la normale. Nous avons donc conduit une série d'expériences avec des collaborateurs belges de l'UCL et de l'ULB, ainsi qu'étrangers, de France et du Canada.

{Q.}Quelle est la conclusion à laquelle vous êtes arrivés?

{R.}Nous avons pu déduire de ces expériences que ce gène régulait la sensibilité à l'insuline au niveau cellulaire. En d'autres mots, ce gène agit un peu comme un frein sur la cascade de signalisation de l'insuline. En retirant ce frein chez les souris génétiquement modifiées, nous avons effectivement remarqué qu'elles étaient beaucoup plus sensibles à l'insuline, au point d'en mourir.

{Q.}De la souris à l'homme, il y a un pas. Quelles sont donc les applications que l'on peut raisonnablement attendre?

{R.}Il faut avant tout bien préciser qu'il ne s'agit que d'applications potentielles. Nous n'avons effectivement à ce jour aucune preuve de ce que l'on avance au niveau des applications. Elles sont toutefois d'ordre thérapeutique et diagnostique. Au niveau thérapeutique, on pourrait imaginer que l'on trouve des molécules qui interagissent avec SHIP 2 et qui diminuent l'activité de cette enzyme ou sa concentration, comme c'est le cas chez la souris, et qui augmenteraient ainsi la sensibilité à l'insuline.

Or, une des caractéristiques des patients souffrant de diabète de type 2 est qu'ils présentent une résistance à l'insuline. On pourrait donc imaginer qu'en administrant ces molécules qui interagissent avec SHIP 2, on arriverait à rétablir une sensibilité normale à l'insuline. SHIP 2 constitue de ce fait une nouvelle cible thérapeutique contre laquelle il faut à présent chercher des molécules qui interagissent avec elle.

{Q.}Qu'en est-il de l'application diagnostique?

{R.}La deuxième application potentielle consiste à dire que SHIP 2, de par son rôle dans la cascade de signalisation de l'insuline, devient un bon candidat pour un gène de prédisposition au diabète de type 2. On sait en effet que dans ce type de diabète, interviennent à la fois des facteurs génétiques et environnementaux, comme l'obésité qui confère une résistance à l'insuline. Actuellement, des études cliniques en cours avec différents hôpitaux comme le Centre hospitalier universitaire de Charleroi, l'hôpital civil de Jumet, l'AZ VUB de Jette et l'hôpital Erasme, tentent de définir si SHIP 2 est effectivement l'un de ces gènes de prédisposition. Nous sommes donc en train d'étudier et de séquencer le gène SHIP 2 chez des patients atteints de diabète de type 2.

© La Libre Belgique 2000