Une éclipse sous le feu des projecteurs

Spectacle garanti pour les citoyens d'Europe occidentale ce mardi, en fin de soirée, probablement nombreux au rendez-vous de la première éclipse totale de Lune du millénaire. Le phénomène, l'alignement quasi parfait du Soleil, de la Terre et de son satellite, touchera au même moment une grande partie de la planète, au contraire de l'éclipse de Soleil, dont la dernière mobilisa son charroi de spectateurs et la multitude d'embouteillages qui en découla. Au programme des amateurs de sensations fortes, trois heures et quart d'un panorama mémorable.

N.D. (st.)

Spectacle garanti pour les citoyens d'Europe occidentale ce mardi, en fin de soirée, probablement nombreux au rendez-vous de la première éclipse totale de Lune du millénaire.

Le phénomène, l'alignement quasi parfait du Soleil, de la Terre et de son satellite, touchera au même moment une grande partie de la planète, au contraire de l'éclipse de Soleil, dont la dernière mobilisa son charroi de spectateurs et la multitude d'embouteillages qui en découla. Au programme des amateurs de sensations fortes, trois heures et quart d'un panorama mémorable pour une manifestation qui se révèle, à l'autopsie, pourtant fréquente: «on constate, en moyenne, cinq éclipses solaires ou lunaires par an, précise Yves Coene, calculateur à l'Observatoire Royal de Belgique. «Néanmoins, elles ne sont pas toujours visibles chez nous et l'observation dépend fortement des conditions climatiques. La dernière éclipse totale de Lune date du 21 janvier dernier. Malheureusement, les conditions exécrables et l'heure matinale ne favorisaient pas sa contemplation».

Mardi, si la chance accompagne les passionnés, la Belgique, comme tout le reste de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, scrutera le ciel, les yeux rivés vers notre surprenante voisine. Moins de chance, par contre, outre-Atlantique, où seuls quelques privilégiés profiteront, et en partie seulement, de cette première éclipse.

LA LUNE COULEUR ROUGE BRIQUE

En passant dans le cône d'ombre de la Terre, la Lune restera néanmoins visible, au contraire de notre astre solaire, masqué en partie ou en totalité, lors des éclipses de Soleil. Ceci en raison de la réfraction de la lumière solaire par l'atmosphère terrestre, véritable lentille qui focalise certaines couleurs vers notre satellite naturel. Le rouge étant la couleur la plus réfractée, le cône d'ombre terrestre baignera dans ces teintes rougeâtres et envahira le disque lunaire. Impossible néanmoins de prévoir sa couleur exacte, qui découle, en particulier, de la nature des couches atmosphériques: «tout dépend de la quantité de poussières présentes,

indique M. Coene. «Une éruption volcanique, par exemple, peut faire augmenter la concentration de poussières de manière significative pendant plusieurs mois». Autre facteur d'importance, la distance Terre-Lune joue aussi un rôle primordial dans la couleur empruntée, lors de l'éclipse, par notre satellite: «là aussi les indices apparaissent comme très favorables à l'apparition de couleurs rouges vives. En effet, nous constatons que cette distance est sensiblement plus courte que la moyenne généralement observée».

Presque à son périgée (point de son orbite le plus proche de la Terre), la lune devrait prendre, pendant l'éclipse, une coloration rouge brique foncée, avec peut-être une ombre bordée d'une zone grise tirant sur le jaune clair: «la couleur de la lune nous permet une classification qui nous conduit à comparer l'activité atmosphérique habituelle à celle particulière d'une éclipse», résume notre interlocuteur. «Il nous est dès lors possible de mesurer la portée de l'influence solaire ou de la terre, et de mieux comprendre le fonctionnement des hautes couches de l'atmosphère».

Par ailleurs, juste après l'entrée dans la pénombre et juste avant sa sortie, notre satellite paraîtra plus lumineux qu'à l'habitude. Il se révélera même le plus brillant du saros (période de 18 ans qui règle les éclipses de Lune et de Soleil). Et maintenant, que le spectacle commence.

© La Libre Belgique 2000


Méfions-nous de la météo... Affublés, voici deux ans, des indispensables lunettes, les passionnés d'astronomie troqueront, cette fois, leur matériel de circonstance pour les traditionnelles lunettes ou jumelles. «Contrairement à une éclipse de Soleil, comme nous l'avions vécu en 1999, observer l'éclipse à l'oeil nu ne représente aucun danger. Néanmoins, mieux vaut éviter, comme d'habitude, toute pollution lumineuse et privilégier un matériel approprié.» Facilement observables, les différentes phases de l'éclipse s'offriront aux regards profanes, à condition néanmoins de se munir de jumelles à l'indice de luminosité élevé. Plus frustrant peut-être pour l'oeil non aguerri, mais tellement spectaculaire, le déplacement de l'ombre de la Terre sur la surface lunaire nécessite en revanche l'utilisation d'une lunette astronomique ou d'un télescope. Autre moment fort de cette découverte spatiale, la présence, à proximité visuelle de notre satellite naturel, de deux «proches» voisines: «La Lune vient de passer juste au-dessous de la conjonction de Saturne et de Jupiter, explique réjoui Yves Coene. «L'éclipse lunaire représente donc l'occasion unique de pouvoir observer ces deux planètes, même à l'oeil nu. Sans oublier également la constellation des Gémeaux que nous devrions observer très facilement». Pour saisir l'occasion, rendez-vous est pris pour ce mardi 9 janvier à 18h44. Entrée à cette heure dans la pénombre de la Terre, la Lune passera ensuite dans la phase dite de «totalité», d'une durée de 1h01, qui connaîtra son apothéose à 21h21, avant de ressortir de la pénombre à 23h57. Et si la météo et notre climat frivole réussissaient, en fait, à tout gâcher? Décevantes et pourtant de saison, les dernières prévisions météorologiques de l'Institut royal météorologique de Belgique présagent le pire à quelques heures à peine du dénouement. «Nous prévoyons une augmentation de la nébulosité pour le début de l'après-midi», explique M. Broyaux, porte-parole de l'IRM. «Le temps restera normalement sec mais pas très serein.» Un ciel nuageux donc qui laisse peu de chance d'accueillir une embellie: «un trou dans une nébulosité variable est toujours possible mais il faut beaucoup de chance». © La Libre Belgique 2000