Les odyssées de 2001

Depuis le roman d'Arthur C. Clarke et son adaptation cinématographique par Stanley Kubrick, l'année 2001 était synonyme de voyages commerciaux dans l'espace, d'intelligence artificielle, de contact divin ou extraterrestre... Que reste-t-il du mythe face à la réalité?

ALAIN LORFÈVRE
Les odyssées de 2001
©(NASA)

ANALYSE

Tout fout le camp! Nous y voici donc en cette fameuse année 2001. En 1968, Stanley Kubrick livrait au monde un film destiné à devenir culte. Prouesse technique, anticipation que l'on disait plausible et appuyée par les conseils de nombreux scientifiques, «2001: A Space Odyssey» fit rêver des générations entières.

Que reste-t-il aujourd'hui du mythe? Arthur C. Clarke lui-même, auteur du scénario et de l'adaptation romanesque qui en suivit, relativise l'oeuvre. Dans un article paru dans le quotidien britannique «The Times» daté du 30 décembre, l'écrivain âgé de 83 ans rappelle d'emblée que le titre était de Kubrick et non de lui. Mieux pire? il confesse n'avoir même pas réalisé à l'époque de l'écriture que 2001 était une année charnière, celle d'un nouveau millénaire! Voilà pour la légende.

LOIN DES PRÉVISIONS

La réalité, elle, donne un coup de vieux à nos rêves d'antan. La vie dans l'espace? Le programme de la Station spatiale internationale, auquel participent seize pays, a accumulé dix-huit mois de retard, alors que la station russe Mir devrait être détruite fin février après quinze ans de service pour autant qu'elle tienne jusque-là Remarque: comme dans l'oeuvre de Clarke, les Russes sont toujours dans l'espace, mais la guerre froide est finie. Les Américains caracolent en tête et l'Europe se défend très honorablement. Mais si tout va bien, ce n'est qu'en 2004 que nous verrons valser un laboratoire permanent et habité au-dessus de nos têtes. Au mieux. La Chine, dernière puissance communiste, annonce elle son premier homme dans l'espace pour l'an prochain.

Quant aux vols commerciaux dans l'espace, si certaines sociétés étudient sérieusement la question, la réalisation se fait attendre: les entreprises aéronautiques participant au Cheap Acces to Space Prize

ont, jusqu'ici, toutes échoué. Ce ne sont sans doute pas encore nos générations qui feront leur baptême spatial avec Space Travels chaperonné par des hôtesses de l'espace en costume Courège.

Avons-nous établi un contact avec une forme d'intelligence extraterrestre? Le plus ambitieux programme de détection de signaux extraterrestres, SETI@Home, lancé le 15 mai 1999, a analysé en vain 121 millions de blocs de données regroupant une multitude de signaux captés dans l'infini sidéral. Avec l'aide des ordinateurs personnels de milliers d'internautes, c'est l'équivalent de 278.741 années de travail d'une seule unité qui ont été effectué en un an et demi. Fin 2000, les scientifiques dirigeant la manoeuvre décevaient pourtant les espoirs des ufophiles: on n'a décelé aucune trace de signaux intelligents. Il n'y a pas de monolithe noir au-dessus de nos têtes...

Et l'intelligence artificielle, incarnée par le paranoïaque ordinateur de bord HAL? Nous en sommes loin, même si certains y travaillent d'arrache-pied, comme Hugo de Garis avec son projet Starlab. Un paradoxe alors que le développement de l'électronique domestique et sa miniaturisation sont largement au-delà des prévisions de Clarke et Kubrick qui n'avaient pas prévu d'équivalents à l'Internet, les SMS et les virus, lesquels provoquent plus d'angoisse que les improbables états d'âme des petits frères de HAL

OBJECTIF TERRE

Plus que vers «l'infini et au-delà» c'est vers cette bonne vieille Terre qu'est aujourd'hui orientée la conquête de la nouvelle frontière chère au président Kennedy. Alors que le premier homme (la première femme?) sur Mars est une antienne ayant plus de succès à Hollywood qu'à la Nasa qui se contente d'observer la planète rouge par robots interposés , les cinq nouvelles missions retenues par l'Agence spatiale européenne sont avant tout destinées à l'observation de la Terre et à la surveillance de l'évolution de l'environnement, qui suscite aujourd'hui plus de craintes que l'espace n'apporte d'espoirs.

Certains gardent pourtant la tête dans les étoiles. On a trouvé en décembre dernier un océan d'eau salée souterrain sur Ganymède, donnant virtuellement à ce satellite de Jupiter le statut de planète et faisant à nouveau fantasmer les tenants de formes de vie extraterrestre (tient: c'est dans cette banlieue-là du système solaire que se déroulait l'épisode spatial de «2001»).

MESSAGES À LA POSTÉRITÉ

Mais c'est de Jean-Marc Philippe, un artiste français, que viendra peut-être le salut de 2001. Un peu poète, un peu rêveur, il s'est mis en tête de léguer un message aux Terriens de l'an 52001. Mine de rien, le bonhomme a persuadé l'Esa, le Centre national français d'études spatiales, Aérospatiale et quelques autres de concevoir un petit satellite, Keo, qui emportera à 1.400 kilomètres d'altitude ses messages à la postérité: une carte postale gravée sur une plaque de verre, un diamant de zircon contenant une goutte d'eau, une bulle d'air, une pincée de terre et une goutte de sang, une copie du tableau de la classification des éléments de Mendeleïev et une pile de CD-Roms où seront enregistré un état des connaissance humaine ainsi que les messages de tous ceux qui voudront en formuler sur son site. Si le projet aboutit, 2001 retrouvera une odyssée à sa mesure et une légende pour l'éternité.

© La Libre Belgique 2000


L'ADN d'Arthur C. Clarke vers l'infini Arthur C. Clarke enverra en 2003 un message signé de sa main et un échantillon de son ADN dans l'espace avec l'espoir que «quelqu'un» les recueille un jour et s'y intéresse. L'écrivain figure au nombre des 55.000 volontaires intéressés par l'idée lancée par la société Encounter 2001 LLC d'envoyer un message dans les profondeurs de l'espace. «Au revoir mon clone!» est le message qu'a choisi d'ajouter Arthur C. Clarke à sa photographie et à son échantillon d'ADN, à l'adresse des éventuels extraterrestres qui intercepteraient la capsule spatiale. Le vaisseau devrait être lancé par une fusée Ariane 5 depuis Kourou en Guyane au dernier trimestre 2003, tourner trois semaines autour de la Terre avant de déployer sa voilure solaire pour une odyssée de 13 années et demie au-delà de Pluton et jusqu'aux confins de l'univers. (D'après BELGA) © La Libre Belgique 2000