La menace de l'embolie après un vol aérien

Un passager d'un vol long-courrier meurt en moyenne chaque mois après son arrivée à l'aéroport londonien de Heathrow du «syndrome de la classe économique»

L. D.

Croire que seul le risque du crash guette les passagers des vols aériens est une fatale erreur. Souvent bénignes mais parfois graves, variées sont en effet les pathologies qui sont favorisées à bord. Ainsi peut-on citer au rayon des dix problèmes médicaux les plus fréquemment rencontrés, dans l'ordre, et loin devant, les troubles gastro-intestinaux, suivis des affections cardiaques, neurologiques, vasculaires, respiratoires, infectieuses, psychiatriques, musculo-squelettiques, urologiques et allergiques.

S'ils restent malgré tout rares, les incidents médicaux en vol existent néanmoins. D'après une étude réalisée par la British Airways qui ne transporte pas moins de 37 millions de passagers par an, on compterait un incident pour 11.000 passagers. Bien que la plupart sont généralement résolus avec l'aimable collaboration des membres d'équipage, certains nécessitent toutefois l'intervention d'une infirmière ou d'un médecin.

L'embolie pulmonaire, bien mal appelé «syndrome de la classe économique» -puisqu'il apparaît aussi bien en première ou en business class- est sans conteste de ceux-là. D'après une enquête de l'hôpital de Ashford à l'ouest de Londres qui vient d'être rendue publique, un passager d'un vol long-courrier meurt en moyenne chaque mois après son arrivée à l'aéroport londonien de Heathrow des suites de ce fameux syndrome. En trois ans, une trentaine de personnes ont effectivement succombé de la sorte à leur descente d'avion.

PLUSIEURS FACTEURS EN CAUSE

Lié à une station assise prolongée, l'accident thrombo-embolique, qui touche majoritairement des femmes, ne se révèle pas toujours mortel. L'embolie pulmonaire, qui consiste en la migration d'un caillot sanguin dans la circulation des poumons, s'explique par plusieurs facteurs. On peut en effet définir certaines circonstances classiques de survenue.

La principale cause tient au fait que le passager reste, des heures durant dans un espace réduit, assis immobile, jambes pendantes ou, pire, croisées, et abdomen comprimé, freinant le retour du sang vers le coeur. La circulation sanguine ainsi entravée, la coagulation du sang dans les veines est favorisée. En se levant après l'atterrissage, le passager va immobiliser le caillot de sang qui s'est formé au cours du vol, et l'envoyer dans la circulation pulmonaire, ce qui va entraîner l'embolie, qui peut survenir dans les jours suivant l'arrivée.

Outre la position, d'autres facteurs favorisant l'apparition d'embolies pulmonaires ont été mis en évidence, comme la déshydratation résultant de l'air sec continuellement recyclé qui est respiré dans la cabine, ce qui entrave également la circulation sanguine des membres inférieurs.

D'aucuns évoquent encore les effets pervers de la ceinture de sécurité en tant que stase sanguine.

Plusieurs mesures préventives peuvent être prises. À cet effet, la compagnie aérienne British Airways diffusera dès le mois de février un prospectus dispensant un certain nombre de conseils afin d'éviter l'accident vasculaire, qui touche prioritairement les personnes souffrant d'obésité et les personnes âgées, même si l'on se souvient qu'il y a peu, une jeune Australienne de 28 ans est décédée d'une embolie pulmonaire à sa descente d'avion. On conseille ainsi de boire régulièrement, soit au moins un verre d'eau toutes les deux heures; marcher dans le couloir, soit faire au moins sept pas toutes les trois heures; s'adonner à des exercices, en contractant par exemple les mollets On recommande encore de porter des vêtements amples pour les longs trajets et, pour les personnes sujettes aux problèmes veineux, des bas de contention. En cas d'antécédent de phlébite, un traitement préventif par anticoagulant est également indiqué.

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