Les urgences, un service accessible 24 h sur 24

Vendredi, comme un peu tous les soirs, c'est la course contre la montre au service des urgences des Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles. C'est que vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, le service assure l'accueil en première ligne des patients qui arrivent à Saint-Luc: des petits bobos aux cas difficiles.

PAR PHILIPPE LAWSON

Vendredi, il est environ 18h, au service des urgences des Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, c'est la course contre la montre. Un patient transféré d'un hôpital mobilise l'attention de quelques éminences grises de l'hôpital. «C'est un cas difficile. Il y a là un diabétologue, un infectiologue et un orthopédiste. Le but de la discussion est de trouver l'antibiotique adéquat pour contrer l'infection qu'il développe à la jambe suite à une plaie et réguler en même temps son diabète qui est déstabilisé», explique le docteur Philippe Meert, le superviseur de service, celui qui a la responsabilité clinique de tous les patients qui passeront aux urgences cette nuit-là.

Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, le service assure l'accueil en première ligne des patients qui arrivent à Saint-Luc: des petits bobos aux cas difficiles. «Nous accueillons 50.000 personnes par an (20 pc sont des enfants de moins de 15 ans), soit une moyenne de 150 personnes par jour. Seuls 15 pc de nos patients arrivent par ambulance. Lundi est un jour lourd pour nous. Les plaies, les bosses, les fractures et les entorses qui sont ce que nous appelons des cas traumatologiques constituent 50 pc de nos activités», dit l'homme en blouse blanche.

Au centre névralgique du service, infirmiers et médecins (pédiatres, neurologues, etc.) s'activent. Une assistante consulte des données sur un écran d'ordinateur. «En fonction du code d'accès, on peut consulter, soit des résultats d'analyses de sang, soit des dossiers plus complets de patients», lance une jeune doctoresse.

A la réception, les patients sont pris en charge par une aide infirmière et une secrétaire. Elles les orientent vers le secteur approprié à leur pathologie et établissent le dossier qui les suivra durant leur passage à Saint-Luc.

Dans le couloir B, réservé aux pathologies d'ordre traumatologique, une pédiatre tente de rassurer - avec l'aide de la maman - un jeune garçon de 4 ans qui doit passer une radio. «C'est comme une photo et ça ne te fera pas mal», sourit-elle au petit Axel s'agrippant aux bras de sa mère.

UN SERVICE SANS TEMPS MORT

Dans le local de contention, une infirmière et un médecin posent un plâtre sur la jambe d'une dame qui a reçu un meuble sur ses orteils lors d'un déménagement. Conséquence: une petite fracture à la base du gros orteil. «Vous allez avoir besoin de béquilles pour vous déplacer. Dans 15 jours, voire 4 semaines au maximum, le morceau sera recollé»,

tente de rassurer l'infirmière devant la mine crispée de douleur de l'accidentée.

Dans la salle d'attente, des proches de malades font des va-et-vient pour tuer le temps et éliminer le stress. Une mère panique pour son petit garçon dont l'urine contient de traces rouges. Diagnostic du pédiatre après quelques minutes: l'enfant a juste mangé des betteraves rouges.

Dans le local principal, c'est toujours la même agitation, mais pas de panique. Vêtus de blouses blanches ou d'ensembles verts, des membres de l'équipe des urgences consultent les tableaux remplis de petites fiches individuelles de patients. «En traumatologie, les fiches nous renseignent sur le nombre de patients que nous avons. Dans le secteur «non traumato», on a en plus des informations sur la localisation du patient dans le service», confie une infirmière en train de remplir une nouvelle fiche. Il est 20h et cela n'arrête pas.

21h. Une dame débarque dans le couloir A (cas non traumatologiques comme les infarctus, bronchites, crise d'asthme, etc.) poussant une patiente à la respiration accélérée dans une chaise roulante. Verdict de l'infirmier Alain Hendrickx: une simple crise d'angoisse. Traitement: le principe du sac plastique sur le nez. «Concentrez-vous sur votre respiration» dit-il, soulignant qu'ainsi elle respire son propre CO 2, ce qui fait diminuer l'oxygène dans le sang et la crise disparaîtra au bout de quelques minutes.

UN TRAVAIL PLAISANT MALGRÉ TOUT

Vers 22h, tout semble relativement calme quand soudain le service 100 appelle pour une intervention. Un médecin urgentiste et un infirmier montent en vitesse dans l'ambulance qui démarre. Direction: Wezembeek.

A l'accueil, un couple débarque avec Alec, 15 mois, en pleurs dans les bras de sa mère. Par un faux mouvement, son frère lui a envoyé un papier à dessin dans l'oeil droit. Résultat: le p'tit loup se retrouve avec une érosion de la cornée. Heureusement l'ophtalmologue de garde est là. Les parents soupirent.

Quelques minutes plus tard, l'ambulance partie à Wezembeek est de retour tout klaxon dehors. En débarque sur une civière poussée par deux pompiers, un homme d'environ 70 ans. Apparemment, le cas semble délicat. On s'active. Couloir A, salle de réanimation, etc. L'homme est victime d'un accident vasculaire cérébral. «C'est le genre d'accident qui peut déboucher sur une paralysie partielle du corps. Lui a déjà récupéré et ça se limite pour l'instant à des picotements dans les jambes»,

dit un médecin. L'homme passera la nuit dans le secteur d'hospitalisation provisoire et «demain on évaluera».

Jusque minuit, la ronde n'a pas désempli. Il est 1h du matin. On se relâche en mangeant une assiette froide. Sans oublier les problèmes auxquels on est confronté. «Il y a très peu de lits dans les hôpitaux. Certains patients font preuve d'une agressivité gratuite», dit-on. Mais ici, « on ne compte pas les «heures sup'», car on aime ce qu'on fait et on ne peut pas laisser un patient en plan sous prétexte qu'on a fini sa journée ».

© La Libre Belgique 2000


Le service affiche complet Au début du mois de décembre de l'an dernier, l'hôpital Erasme avait lancé un appel pour le moins inquiétant, indiquant que les services d'urgence de la capitale se trouvaient momentanément devant la quasi-impossibilité d'hospitaliser des patients supplémentaires, faute de lits disponibles dans les unités de soins, et tout particulièrement au service des urgences. Après avoir administré les premiers soins, certaines grandes structures hospitalières ont ainsi été obligées de diriger des patients dans des établissements de la périphérie. Si le problème fut aigu et bien que la situation soit restée sous contrôle, les directeurs de différents centres hospitaliers n'ont pu s'empêcher de lancer un appel au bon sens de la population. Trop de gens ont effectivement tendance à recourir au service d'urgences comme à une consultation permanente, accourant pour le moindre petit bobo dans un lieu qui devrait être exclusivement réservé aux cas graves, nécessitant une intervention d'urgences. Une autre raison qui peut expliquer l'affluence à ce service tient au fait que les patients n'ont pas à payer sur place les frais médicaux qui leur sont envoyés par la suite, ce qui laisse aux moins scrupuleux le loisir de pas honorer leur facture. (L. D.) © La Libre Belgique 2000