Une étape «considérable» dans le traitement de la leucémie

Des chercheurs britanniques ont annoncé lundi avoir réussi à isoler une cellule capable non seulement de détecter les cellules de la leucémie mais aussi de les détruire. Pour rappel, la leucémie est un cancer caractérisé par une prolifération massive des leucocytes et des cellules dont ils proviennent dans la moelle osseuse, ainsi que par une augmentation des leucocytes dans le sang.

NICOLE BURETTE

Des chercheurs britanniques ont annoncé lundi avoir réussi à isoler une cellule capable non seulement de détecter les cellules de la leucémie mais aussi de les détruire. Pour rappel, la leucémie est un cancer caractérisé par une prolifération massive des leucocytes et des cellules dont ils proviennent dans la moelle osseuse, ainsi que par une augmentation des leucocytes dans le sang.

On connaissait déjà les gènes WT-1 qui «marquent» les cellules malades. Le Dr Hans Stauss et son équipe, de l'Imperial College School of Medicine, affirment, pour leur part, avoir développé des cellules immunisées qui détectent les gènes WT-1 au sein des cellules cancéreuses et détruisent celles-ci.

En collaboration avec le département d'hématologie de l'hôpital de Hammersmith, dirigé par le Pr John Goldman, des tests cliniques devraient être mis en place dans les deux ans afin d'avoir une confirmation de l'efficacité de ce traitement sur des patients leucémiques. Ce n'est qu'au terme de ces deux années que l'on pourra se prononcer définitivement sur l'importance de cette découverte.

ÉVITER LES CELLULES SAINES

Selon le Pr Arsène Burny, président de la commission cancérologie du Fonds belge de la recherche scientifique, si cette information se confirme, elle est d'une importance considérable dans le traitement de la maladie. Parce qu'elle démontre qu' «il y a des cellules tueuses qui reconnaissent les marqueurs des cellules leucémiques et qui tuent les cellules cancéreuses sans toucher aux cellules saines».

En effet, rappelle-t-il, actuellement, la leucémie se soigne par chimiothérapie ou/et par une greffe de moelle. Mais ces deux traitements ont des effets secondaires. «Il n'existe aucune chimiothérapie qui détruit uniquement les parties malades. Celle-ci attaque également la moelle osseuse (anémie), la base de cheveux ou la muqueuse des intestins.» La greffe de moelle, de son côté, peut induire ce que l'on appelle la «maladie du greffon», c'est-à-dire que les cellules «étrangères» peuvent attaquer celles du receveur.

«Jusqu'à présent, poursuit le professeur, on avait observé que lorsque le greffon attaquait l'organisme-hôte, la leucémie ne réapparaissait jamais. On se demandait toujours si ces cellules tueuses de leucémie étaient les mêmes que celles qui attaquent le receveur.» Selon le cancérologue, le travail des professeurs Stauss et Goldman semble démontrer qu'il ne s'agit pas des mêmes cellules. «Cela signifie qu'il sera possible de détruire les cellules leucémiques en sélectionnant les cellules tueuses sans menacer l'organisme du receveur.»

POUR D'AUTRES FORMES DE CANCER

Le Dr Lucienne Michaux, hématologue aux cliniques Saint-Luc, adopte une attitude un peu plus réservée. Cette découverte s'inscrit effectivement dans le courant, très à la mode, de l'immunothérapie qui permet de détruire les parties malades par un mécanisme immunitaire. «La découverte est donc intéressante dans la mesure où elle est potentiellement moins toxique que les traitements classiques.» Mais d'autres types d'immunothérapies existent déjà, tempère-t-elle, et, avant de s'enthousiasmer prématurément, il faut attendre le résultat des tests cliniques qui permettront de vérifier l'applicabilité de la méthode et de vérifier si toutes les cellules sont accessibles à ce type d'approche.

Le Dr Stauss juge en tout cas sa découverte d'autant plus enthousiasmante qu'elle pourrait aussi, à terme, s'appliquer à d'autres cancers comme celui du sein ou du poumon, qui présentent la même sur-représentation du gène WT-1. «Les perspectives de nouveaux traitements sont considérables», a-t-il assuré. Pour le professeur Arsène Burny, «tout cela est incontestablement très prometteur».

© La Libre Belgique 2001