De la frime et du gaspillage?

De la frime et du gaspillage?
©Johanna de Tessières

Mir va disparaître pour être remplacée par une nouvelle oeuvre scientifique humaine. Quel sens, vous, Hubert Reeves, astrophysicien, donnez-vous à la conquête spatiale?

A «conquête», je préfère le terme «exploration» spatiale. A long terme, les êtres humains iront dans les planètes et autres étoiles. Ça me paraît logique. Ils sont nés quelque part en Afrique, ont émigré progressivement des Amériques en Australie. Maintenant, les hommes vont sur la Lune. Mars suivra. Et à l'échelle des siècles, des millénaires - quand on évoque l'espèce humaine - on ira probablement visiter les autres étoiles. Dans ce long terme, «l'International space station» est une étape «nécessaire». Mais l'opinion des scientifiques est, en règle générale, négative vu la complète démesure du coût de ce projet. Sur le plan scientifique, c'est de l'argent très mal dépensé. Un gaspillage énorme! Comme pour l'exploration de la Lune avec Apollo, une aventure très coûteuse et aux retombées scientifiques relativement minces. Mais quoi qu'il en soit, on ne demande pas aux scientifiques leur avis. Cela s'est fait et se fera sans nous, pour des raisons politiques, médiatiques et d'investissements. Notre attitude est alors de dire: profitons-en autant que l'on peut. Les expériences invoquées pour justifier scientifiquement les missions satellites et autres ne sont que de la frime, sans beaucoup d'intérêt. Et s'il faut trouver un intérêt, c'est le départ de ce mouvement: l'exploration de l'espace par des êtres humains et non par des sondes.

Quelle leçon de vie tirez-vous de l'étude du cosmos?

J'y trouve ce que j'appelle les dialogues du ciel et de la vie, c'est-à-dire les rapports des origines stellaires galactiques, des atomes qui forment des molécules qui forment la vie. Bref, ce rapport intime entre ce qui se passe dans le ciel et sur la terre et notre propre existence. Comment sommes-nous reliés au passé à travers des phénomènes de grande importance qui ont eu lieu dans le cosmos? C'est une sorte d'insertion. A l'opposé de la vision du début du siècle qui était «nous sommes de trop, nous n'avons rien à faire là», une vision prônée par des philosophes existentialistes en particulier. A tort. Aujourd'hui, nous voyons que nous faisons partie d'une histoire qui implique le cosmos. C'est un peu la recherche des racines. Et vous savez combien les gens ont besoin de s'attacher à leurs racines, à leur culture. D'où venons-nous?

L'intégralité de l'entretien accordé par Hubert Reeves à propos de son ouvrage "Intimes convictions". Il y aborde notamment la question de l'exploration spatiale.

© La Libre Belgique 2001