Les dangers du clonage d'un bébé humain

Malformations, vieillissement et mort prématurés, utilisation de femmes comme cobayes et dérives mercantiles, le clonage d'un bébé humain comporte risques médicaux et éthiques, selon les spécialistes

AFP
Les dangers du clonage d'un bébé humain
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Malformations, vieillissement et mort prématurés, utilisation de femmes comme cobayes et dérives mercantiles, le clonage d'un bébé humain comporte risques médicaux et éthiques, selon les spécialistes.

Les réactions restent vives autour de l'idée du clonage humain qui horrifie la communauté médicale et scientifique, alors que le gynécologue italien Severino Antinori aurait annoncé aux Emirats arabes unis qu'une femme serait enceinte de huit semaines d'un embryon humain cloné.

Une telle grossesse, si elle était avérée, serait "d'un point de vue médical, un saut dans l'inconnu et d'un point de vue moral, une aberration", a commenté samedi le ministre de la Santé italien, Girolamo Sirchia, en évoquant Hiroshima.

Parmi les mammifères, souris, vaches, cochons, moutons, chat, lapins notamment ont déjà été clonés. Mais les scientifiques ont, à maintes reprises, signalé les dangers multiples menaçant les clones (anomalies du coeur, des poumons, du système immunitaire, obésité, morts fréquentes avant ou juste après la naissance, cancers...). On se souvient également du vieillissement prématuré et de l'arthrite de Dolly, premier animal cloné, née en juillet 1996, après 277 tentatives, avec une cellule de mammifère adulte. Sa naissance n'avait été révélée qu'en 1997.

"Le clonage des animaux est très inefficace chez toutes les espèces. Les fausses couches, les naissances prématurées et diverses malformations chez les clones survivants sont très courantes et on peut s'attendre à observer les mêmes échecs lors du clonage d'êtres humains", expliquait le "père" de Dolly Ian Wilmut l'an dernier lors d'une intervention devant l'Académie nationale des sciences américaine. Selon lui, le clonage était une réponse "inefficace" à la stérilité.

Schématiquement, la méthode de clonage reproductif, inspirée de Dolly, consiste à expulser le noyau d'un ovule (ou ovocyte) de femme en le remplaçant par le matériel génétique provenant de l'un des parents, prélevée sur sa peau par exemple.

Pour Rudolf Jaenisch, expert en clonage au MIT (Massachusetts Institute of technology), "Antinori semble se servir d'être humains comme cobayes".

"Il doit être stoppé", déclare-t-il au magazine britannique New Scientist on-line, en jugeant "irresponsables et répugnantes" les tentatives de clonage d'un être humain.

"Tout ça ne tient pas la route", a déclaré dimanche à l'AFP un spécialiste français, le Pr Jacques Montagut. "On ne peut prendre en considération que ce qui sort d'une publication scientifique, c'est à dire filtré par un comité de lecture et un contrôle préalable des travaux", a-t-il ajouté.

Il reste beaucoup à faire avant de comprendre ce qui ne va pas chez les animaux clonés, selon les spécialistes. Le Dr Antinori s'est dit capable de réduire le risque d'anomalies en effectuant des tests sur les embryons. Mais, cela permettrait seulement de déceler que de grosses anomalies visibles des chromosomes ou du développement qui n'expliquent pas tout, comme les cancers, rétorquent les scientifiques.

Le clonage est une technique "gourmande en ovules", d'où le risque d'un "marché de femmes transformées en productrices d'ovules", selon le Pr Axel Kahn, généticien membre du Comité d'éthique français.

Les chances de réussite sont extrêmement faibles dans l'état actuel des connaissances, 1 à 5% à peine, selon les spécialistes qui déplorent de "formidables pressions d'argent" dans ce domaine.