Le pouvoir de l'amour est à gauche

Si l'homme - ou la femme - qui vous parle agite la main gauche, commandée par le cortex droit, à savoir l'émotionnel, c'est qu'il est sincère. S'il avance l'épaule gauche vers vous, c'est également qu'il entrouvre son coeur. S'il rassemble les miettes sur la nappe et les ramène à lui, c'est qu'il s'éloigne. Et sa pupille gauche? Est-elle plus dilatée que la droite? Infographie : le cortical gauche est en éveil chez l'homme

LAURENCE BERTELS
Le pouvoir de l'amour est à gauche
©Belga

ENTRETIEN

Si l'homme - ou la femme - qui vous parle agite la main gauche, commandée par le cortex droit, à savoir l'émotionnel, c'est qu'il est sincère. S'il avance l'épaule gauche vers vous, c'est également qu'il entrouvre son coeur.

S'il rassemble les miettes sur la nappe et les ramène à lui, c'est qu'il s'éloigne. Et sa pupille gauche? Est-elle plus dilatée que la droite?

Bel et bien réel, le langage du corps relève de la synergologie, science dans laquelle Philippe Turchet est passé maître.

En effet, de l'anodin, et flagrant croisement des jambes au micromouvement de l'oeil, tout a un sens, selon ce psychologue, consultant en communication. Il est à l'origine du Profilscan, système expert dont une des interfaces informatiques est dédiée aux différences cérébrales et comportementales hommes-femmes.

Voilà comment il en est arrivé, geste après geste, à publier «Pourquoi les hommes marchent-ils à la gauche des femmes?» Pour mémoire, on lui doit aussi «La Synergologie» qui a remporté un franc succès.

Essai sur les gestes inconscients des couples qui trahissent le déséquilibre des relations, «Pourquoi les hommes marchent-ils à la gauche des femmes?» tente également d'expliquer le besoin de possessivité et de contrôle des uns envers les autres.

Il révèle, en outre, le syndrome d'amour dont beaucoup d'entre nous seraient atteints.

Pour bien établir la différence entre l'amour et son syndrome, l'auteur écrit pour le premier, que les hommes et les femmes, parce qu'ils s'aiment, reproduisent le modèle traditionnel; pour le deuxième, que l'homme et la femme reproduisent le modèle amoureux traditionnel pour s'aimer.

Mais avant de développer tout cela, Philippe Turchet part d'un constat, lié au syndrome d'amour, et pas vraiment nouveau: les hommes et les femmes ne se sont jamais autant séparés.

Vous qualifiez ce grand nombre de divorces ou de séparations de paradoxal...

En effet, car les hommes et les femmes n'ont jamais été aussi proches l'un de l'autre par leur éducation, leur activité professionnelle. Ils n'ont jamais été aussi mélangés, ont le droit de se choisir.

S'ils se séparent autant, c'est parce qu'aujourd'hui, les femmes ont pris leur indépendance. Il est prouvé, statistiquement, qu'on trouve le plus grand nombre de femmes seules à Genève, c'est-à-dire, là où le niveau de vie est le plus élevé.

Vous avez ensuite étudié la relation amoureuse par le prisme de la synergologie...

Ma spécialité étant le langage non verbal, je me suis dirigé vers le langage non verbal amoureux. Celui-ci révèle, entre autres, que plus les couples se tiennent proches et s'enlacent, plus l'homme est à la gauche de la femme - dans 73pc des cas! - et ce déplacement est inconscient.

Quand l'homme se place à gauche de la femme, au-delà du rôle de l'oeil, qui s'active de manière à assurer une plus grande vigilance, c'est tout l'hémisphère gauche qui travaille davantage, celui qui repère les obstacles à la droite du corps et gère la partie droite de l'espace. J'ai réalisé une étude auprès de 20000 couples, en villégiature, dans des lieux sans danger ou sans voiture puisque l'homme se met ancestralement du côté du danger.

Quelles sont les conclusions de l'étude?

Seul un couple sur sept fonctionne avec d'autres schémas. Chez ce couple-là, que je qualifie de rare, l'homme n'est pas toujours à gauche et la femme pas toujours à droite. Ou inversement. Car il existe bien entendu des femmes dominantes.

Les autres couples sont divisés en deux catégories, les conditionnés inconscients et les conditionnés conscients, qui pour leur part, essayent de changer. Ces couples conditionnés ont un besoin de contrôle, une pression sociale, cherchent à ressembler à ce qu'on attend d'eux.

D'une manière générale, l'étude montre donc le besoin de possession de l'autre avec ce que cela génère, qui est contraire à l'amour.

Cette possession est-elle aussi d'ordre sexuel?

Imaginons des êtres exclus de toute hiérarchie sociale, comme les 110 enfants sauvages, retrouvés au cours de ces trois derniers siècles. Ils étaient dépourvus de pulsions sexuelles. A contrario, les gens qui dominent socialement ont une sexualité exacerbée. Il est apparu que les gens fortement socialisés ont des besoins sexuels supérieurs à ceux des classes moyennes. Dans l'amour, le besoin de possession est aussi sexuel. Et ceci contribue au syndrome d'amour.

Peut-on guérir de ce syndrome, et si oui, comment?

En revenant à la sagesse des Grecs anciens qui parlaient d'Eros, d'Agapè et de Philia, trois mots servant à décrire les trois versants de l'amour. Il faut donc parvenir, sans s'étouffer, à fusionner dans l'Eros, affirmer dans Philia une indépendance distincte de l'indifférence et s'ouvrir sur le monde grâce à Agapè, sans se perdre.

«Pourquoi les hommes marchent-ils à la gauche des femmes?»; Philippe Turchet; éd.de l'homme.; 290 pp., 20,39 €.

© La Libre Belgique 2003


Le langage du corps Et si le corps disait tout haut ce que l'esprit pense tout bas? Tel est en tout cas l'hypothèse de Philippe Turchet, auteur de «La Synergologie. Pour comprendre son interlocuteur à travers sa gestuelle». Pour le consultant en communication, le corps porte le tatouage des états d'être. Si les mains sont révélatrices d'extraversion ou d'introversion, par exemple, les microfixations sont, quant à elles, synonymes de concentration. Les microdémangeaisons peuvent également révéler les mensonges comme celles, au nez, de Bill Clinton pendant son interrogatoire. Les yeux restent le miroir de l'âme. Le cerveau gauche, qui régit la logique, actionne la partie droite du corps. Dès lors, quand on réfléchit, l'oeil droit s'ouvre plus grand. En situation d'émotion, c'est l'oeil gauche qui s'agrandit. Quand au croisement des bras et des jambes, il n'est pas forcément négatif. Méfions-nous donc des idées reçues.