Le lentigo, cette «fleur de cimetière»

De l'érythème actinique ou classique «coup de soleil» au mélanome malin, en passant par les épithélioma, les conséquences d'expositions solaires excessives sont variées, l'apparition de cancers ou photocarcinogénèse demeurant la plus grave.

L.D.

De l'érythème actinique ou classique «coup de soleil» au mélanome malin, en passant par les épithélioma, les conséquences d'expositions solaires excessives sont variées, l'apparition de cancers ou photocarcinogénèse demeurant la plus grave.

Atteignant principalement les régions découvertes comme le visage, les oreilles, la nuque, le décolleté ou le dos des mains, les épithéliomas sont les cancers de la peau les plus communs, et plus encore ceux dits basocellulaires d'évolution lente à malignité locale. Ne présentant pas de risque de métastase, ils peuvent toutefois s'avérer destructeurs s'ils ne sont pas soignés. Une intervention chirurgicale suffit néanmoins le plus souvent pour obtenir la guérison. D'évolution plus rapide, l'épithélioma spinocellulaire se développe généralement sur une tache verruqueuse préalable (kératose solaire, corne cutanée ou «crasse sénile») et négligée. Ici encore, une chirurgie précoce demeure la meilleure thérapie, même si l'on doit parfois avoir recours à des thérapeutiques plus lourdes.

La tumeur noire

Bien plus redoutable est cependant le mélanome malin, cette tumeur noire qui peut atteindre la peau ou les muqueuses. Sa dangerosité est liée à sa tendance à la dissémination rapide vers d'autres organes via les vaisseaux lymphatiques ou par voie sanguine. «Un mélanome se compose de cellules atypiques appelées mélanocytes malins, la forme maligne des mélanocytes normaux qui produisent le pigment de la peau, expliquent les Drs Boyden et Tromme, ces cellules, chez l'embryon, prennent leur origine dans la crête neurale et migrent vers la couche inférieure de l'épiderme. Les mélanocytes atypiques ont gardé cette capacité de migration, notamment dans les vaisseaux lymphatiques. Notre corps ne s'oppose que peu ou pas à cette migration, ces cellules n'étant vraisemblablement pas reconnues comme étrangères à notre corps.» Raison pour laquelle la détection et le traitement précoces du mélanome s'avèrent primordiaux, c'est-à-dire dès l'apparition d'une lésion pigmentée se modifiant en taille ou en couleur.

La tache brune

Nettement moins redoutables, mais très fréquents, les lentigos figurent parmi les principales préoccupations esthétiques des dames qui les classent en troisième position après les rides et le relâchement cutané. Si elles touchent une femme sur trois à partir de 40 ans, on estime que les lentigos concernent, à des degrés divers, 90pc des sujets blancs de plus de 50 ans, avec une fâcheuse tendance à se multiplier, à foncer et à s'agrandir au fil des ans.

Premiers signes visibles du vieillissement cutané, ces taches brunes seraient dues pour 13pc au poids des ans, selon les dermatologues qui estiment par ailleurs que 63pc d'entre elles sont la conséquence d'expositions solaires trop importantes ou prolongées. Elles résultent d'une augmentation du nombre des mélanocytes, cellules responsables de la pigmentation cutanée. On peut distinguer le lentigo sénile (fameuses «fleurs de cimetière» qui apparaissent notamment sur le dos des mains des personnes âgées) et le lentigo malin, qui peut atteindre plusieurs centimètres de diamètre, une lésion précancéreuse, de pronostic plutôt favorable, généralement traitée par ablation chirurgicale.

Et si l'âge et l'exposition solaire excessive sont les principales causes chez les plus de 40 ans, l'origine du phénomène chez les plus jeunes peut être liée à des modifications hormonales lors de la grossesse ou à une prise de contraceptif oral. On parle d'hyperpigmentation de type mélasma ou de masque de grossesse. Enfin, quel que soit l'âge, sous l'effet du soleil, certaines essences végétales ainsi que certains médicaments peuvent également provoquer ce type de manifestations.

Face aux lentigos, motifs d'un nombre croissant de consultations, les dermatologues proposent généralement des traitements correcteurs ponctuels. Une fois le type et l'origine de la pigmentation définis, on optera pour un traitement chimique local, un peeling à visée dépigmentante (pratiqué au cabinet), un traitement au laser, de la cryothérapie (neige carbonique ou azote liquide) ou encore de la microdermabrasion. Des techniques efficaces, à renouveler et qui peuvent entraîner certains effets secondaires (irritations, réactions allergiques, hypo ou hyperpigmentation). Appliquées régulièrement, des crèmes (Mela-D de La Roche Posay ou Retinova) permettent d'obtenir, dans une certaine mesure, une réduction de l'intensité des taches.

© La Libre Belgique 2003