La dangereuse dénutrition des seniors

Cruel problème de santé, la sous-alimentation des personnes âgées était, entre autres sujets, au centre du 6e Congrès de nutrition et de santé qui vient de se tenir au Heysel. Si, petit et adulte, l'équilibre nutritionnel n'est déjà pas toujours respecté, autant dire qu'à un âge plus avancé, le problème ne fait que s'accentuer. Or à cet âge, la nutrition - et donc a fortiori la malnutrition ou la dénutrition - a de sérieuses répercussions sur la santé.

La dangereuse dénutrition des seniors
©JEAN-LUC FLÉMAL
Laurence Dardenne

Cruel problème de santé, la sous-alimentation des personnes âgées était, entre autres sujets, au centre du 6e Congrès de nutrition et de santé qui vient de se tenir au Heysel.

Si, petit et adulte, l'équilibre nutritionnel n'est déjà pas toujours respecté, autant dire qu'à un âge plus avancé, le problème ne fait que s'accentuer. Certains soucis financiers pour les uns ou la difficulté de se préparer un repas pour d'autres, font que, progressivement, la plupart des personnes âgées ont tendance à limiter la diversité de leur alimentation. Or à cet âge, aussi et peut-être même plus encore, la nutrition - et donc a fortiori la malnutrition ou la dénutrition - a de sérieuses répercussions sur la santé.

Pas assez diversifié

À cet égard, le message des spécialistes est clair: d'une part, une alimentation protéinée supplémentaire présente de l'intérêt, d'autre part, les personnes âgées ne consomment bien souvent pas assez de produits laitiers. De même, comme il en va pour tout un chacun quel que soit l'âge, on ne saurait que trop recommander, une fois encore, une alimentation aussi diversifiée que possible, à base de fruits, de légumes et de poisson notamment.

Plus fréquentes chez les personnes âgées que dans la population en général, les infections constituent un problème majeur dans ce groupe en raison de la perte fonctionnelle progressive liée au vieillissement. Dans ce contexte, le système immunitaire, qui met en oeuvre les mécanismes de défense contre les agressions extérieures, est particulièrement concerné. N'échappant pas à la règle, le système immunitaire s'altère avec l'âge, ce qui nécessite l'intervention de mécanismes d'adaptation.

L'immunité évolue

Cela dit, les chercheurs s'interrogent toujours quant à savoir dans quelle mesure le déficit immunitaire observé chez des personnes âgées est lié au vieillissement par lui-même ou dû à des contacts réguliers à des phénomènes infectieux entraînant une accélération du déficit, voire encore s'il faut l'imputer à des problèmes secondaires.

D'après des études assez approfondies, réalisées dans les pays scandinaves et en Italie, sur des personnes octogénaires, nonagénaires et même centenaires, il semblerait que, dans une situation physiologique, le système immunitaire évolue et subit des modifications tout à fait particulières.

«D'une part, il devient moins compétent lorsqu'il est en contact avec des agressions de type bactéries virales ou mycoses, nous explique le Pr Bernard Kennes du Service de médecine interne au CHU Charleroi, et, d'autre part, il développe une réaction inflammatoire progressive associée à des phénomènes délétères et, par exemple, favorise le diabète de type 2, la maladie d'Alzheimer, des phénomènes de type artériosclérose et interfère en provoquant un phénomène de cachexie (état d'affaiblissement profond de l'organisme lié à une dénutrition très importante) progressive, qui pourrait expliquer ce phénomène chez la personne âgée.»

Phénomènes secondaires

Les phénomènes secondaires susceptibles d'accélérer ce processus ont également été étudiés. On a ainsi pu démontrer que la nutrition joue un rôle important dans l'aggravation de ces mécanismes.

«Toutes les études qui ont tenté au départ de redresser le système immunitaire de la personne âgée ayant subi un vieillissement physiologique se révèlent dangereuses dans leurs résultats. Il ne faut effectivement pas provoquer une réponse immunitaire excessive au risque d'entraîner un processus inflammatoire trop important et donc des effets secondaires inflammatoires», explique encore le Pr Kennes, par ailleurs président de Société belge de gérontologie et de gériatrie.

«D'autre part, il faut tout de même redresser suffisamment le fonctionnement immunitaire pour que le patient puisse répondre correctement. À cet égard, des études nous ont permis de constater qu'il existait une relation entre l'importance du déficit immunitaire mais aussi l'importance du processus inflammatoire et la dénutrition.»

© La Libre Belgique 2003