Dur dur d'être bébé in vitro

La naissance, en 1978, de Louise Brown, premier bébé issu de la fécondation in vitro (FIV), a fait (re)naître l'espoir d'innombrables parents qui ne croyaient plus que ce bonheur pourrait un jour être leur. Depuis, nombreux sont ceux qui, après quelques tentatives infructueuses selon le mode disons «classique», se sont dirigés assez naturellement vers cette technique, persuadés que tout miracle était possible.

Dur dur d'être bébé in vitro
©Olivier Pirard
L. D.

La naissance, en 1978, de Louise Brown, premier bébé issu de la fécondation in vitro (FIV), a fait (re)naître l'espoir d'innombrables parents qui ne croyaient plus que ce bonheur pourrait un jour être leur.

Depuis, nombreux sont ceux qui, après quelques tentatives infructueuses selon le mode disons «classique», se sont dirigés assez naturellement vers cette technique, persuadés que tout miracle était possible.

Il faudra néanmoins déchanter. Les chiffres de deux récentes études viennent en effet quelque peu contredire une situation décrite de façon parfois un peu trop idyllique.

Une étude belge

Alors que l'on a coutume d'avancer un taux de réussite généralement supérieur à 50 pc d'accouchements à la suite d'une tentative FIV, des travaux belges et allemands, tout récemment publiés, laissent à penser qu'il s'agirait de revoir ces chiffres très nettement à la baisse.

Récemment parue dans Tijdschchrift voor geneeskunde (vol. 60, n°13, 2004), une étude, portant sur dix années d'enregistrement de la procréation médicalement assistée (PMA) en Belgique, analyse les résultats du Belrap, système dans lequel sont consignées toutes les données des FIV et ICSI (Intra Cytoplasmic Sperm Injection). Rappelons que la FIV simple consiste à extraire les ovules du corps de la femme et à les féconder en dehors de celui-ci avec le sperme du mari, avant de réimplanter l'embryon, contrairement à la technique ICSI qui consiste à introduire avec une fine aiguille en verre un spermatozoïde à l'intérieur de chaque ovule. Cette technique a été développée il y a une dizaine d'années par la VUB.

Il apparaît dans cette étude que la proportion des couples traités en général et surtout par ICSI a fortement augmenté. En 2001, près de 10000 couples ont en effet été traités par PMA, dont 3000 environ par FIV simple et les autres par ICSI.

Toujours dans cette étude, on observe que le taux moyen de grossesses normales, c'est-à-dire se terminant par la naissance d'un ou de plusieurs enfants par cycle entamé, n'est que de 18,8 pc. Par ailleurs, il apparaît également que le poids des enfants à la naissance est inférieur (3,187 kg) par rapport à la moyenne observée dans la population générale.

L'étude conclut que, depuis dix ans, ce taux demeure faible et en tout cas nettement inférieur au taux de succès généralement avancé.

Dans les centres allemands

Une seconde étude, diffusée dans le Reproductive Biomedicine Online et à laquelle ont participé quatre centres allemands, a permis d'inclure 2.130 couples ayant suivi un traitement pour un total de 4.102 cycles.

Le taux cumulatif de grossesses qui a été observé s'élevait ici à 31,2 pc, après quatre cycles de traitement, alors que les auteurs, se basant sur des valeurs théoriques, avaient calculé un taux de 53,3 pc, un taux qui est d'ailleurs d'habitude avancé.

Mais plutôt que de s'interroger sur le faible taux de succès de la PMA en termes de naissance par tentative, en pointant du doigt des techniques qui ne seraient pas encore optimales, peut-être faut-il envisager l'hypothèse selon laquelle d'autres causes auraient entravé une évolution plus favorable des statistiques. De plus en plus déficiente, la qualité du sperme semble en effet avoir une large responsabilité dans les résultats plutôt décevants livrés par ces deux études, comme nous l'explique, ci-contre, le Pr Comhaire, de l'Hôpital universitaire de Gand.

© La Libre Belgique 2004