Comment se passe la vie affectivede l'autiste?

Françoise, sur lalibre.be

C'est une question évidemment essentielle que se pose Ycar, sur Lalibre. be: «Comment se passe la vie affective d'une personne autiste? Tomber amoureux, se marier, devenir parent?»

Sans être spécialiste, comme elle le dit elle-même, Françoise tente de communiquer ce qu'elle a cru comprendre: «Chez une personne autiste, le besoin d'être aimé et reconnu est certainement fondamental, comme chez tout un chacun. Mais les nuances à faire sont plus difficiles.

Pourquoi une personne qui m'aime, se fâche-t-elle sur moi? Soit on m'aime, soit on est fâché sur moi, mais pas les deux.... Il est important de préciser les choses : Dire : «Je t'aime bien, mais si tu demandes de courir encore une heure pour le jogging alors que je te dis que suis fatiguée, je serai fâchée car je trouve que la demande est exagérée pour mes capacités». Plutôt que : «TU exagères, TU ne me respectes pas». Un psychologue dira que c'est la manière de communiquer la meilleure pour tous, mais pour un autiste c'est tout à fait essentiel, car c'est lui montrer qu'on n'oublie pas où lui est aveugle.

L'autiste peut aimer de façon très cartésienne. Il aime telle capacité et tel trait de caractère ou du physique d'une personne. Pour aimer plus la personne, il aura tendance à lui demander de correspondre de plus en plus à tout ce qu'il apprécie. Là, il peut, sans s'en rendre compte, devenir exigeant selon notre point de vue. Mais il peut aussi expliquer qu'il voudra par là aider la personne à devenir meilleure. Dans ce domaine, il faudra ensemble bien rechercher les critères des limites à placer ensemble. À nouveau, sa bonne volonté sera patente et nous aidera à avancer.

Son besoin de stabilité le rend naturellement très fidèle et confiant. L'attirance semble bien exister, mais pour des raisons souvent bien précises et il semble qu'il n'existe pas le côté «tempête» que les amoureux non autistes ressentent sans même vraiment comprendre pourquoi.

Il n'entre pas en sympathie

Dans un couple, comme avec ses enfants, il est important surtout que les interlocuteurs de l'autiste acceptent le concept qu'il n'entre pas vraiment en sympathie. Qu'il faille lui expliquer théoriquement ce qu'on ressent et pourquoi.

Par ailleurs, il apprend à chercher à interpréter avec plus ou moins de bonheur les expressions émotionnelles des autres, mais l'absence d'intuition donne un côté un peu pataud à sa démarche.

Un couple se construit, sur l'admiration réciproque, sur la confiance mutuelle et sur la tendresse. Il est important de décortiquer ce qu'est l'amour pour un autiste.

Si une personne arrive à admirer les capacités d'un autiste, elle pourra surmonter le côté surprenant de l'absence de sympathie et les difficultés de «submergence» émotionnelle et leurs conséquences. Mais pour certains individus c'est intolérable.

La tendresse peut être merveilleuse

La tendresse chez un autiste s'exprimera parfois de façon plus étonnante ou inattendue, mais elle peut être merveilleuse.

Dans un couple, il me semble qu'il est surtout fondamental de fonctionner sur base de valeurs et de projets. Dans ce domaine, il y a réellement moyen de trouver les bases d'une vie harmonieuse.

Pour les enfants, je crois, que c'est surtout le partenaire qui est en devoir de jouer l'interface. Ce qui peut les aider à comprendre pourquoi papa ou maman est parfois différent (e) des autres parents. La fameuse théorie de verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide est très importante à développer. Mais aussi la valorisation des qualités spécifiques du parent handicapé.».

© La Libre Belgique 2006