Le réchauffement climatique de plus en plus visible

Les experts mondiaux mandatés par l'Onu rendront en 2007 leur quatrième rapport sur le changement climatique qui confirmera les mauvaises nouvelles, notamment l'ampleur et la rapidité d'un phénomène devenu visible.

Le réchauffement climatique de plus en plus visible
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Anne Chaon - AFP

Les experts mondiaux mandatés par l'Onu rendront en 2007 leur quatrième rapport sur le changement climatique qui confirmera les mauvaises nouvelles, notamment l'ampleur et la rapidité d'un phénomène devenu visible.

"Ce qu'on a prévu depuis 1990 se vérifie aujourd'hui: un trajectoire d'environ +0,2°C par décennie. Le réchauffement est en outre devenu plus visible. Les sceptiques de l'effet de serre voient leurs arguments se réduire comme peau de chagrin", note le climatologue français Jean Jouzel, membre du bureau (l'exécutif) du Giec. Le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec), créé en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue), constitue la plus vaste expertise possible autour de ce sujet complexe.

Rien, malgré la multiplication des travaux depuis le précédent rapport en 2001, n'infirme la certitude du réchauffement. Le phénomène s'accélère même, là où il est le plus marqué, par effet d'amplification.

Ainsi, le retrait de la banquise au pôle nord, la fonte des glaciers au Groenland et du pergélisol (ou permafrost - sols gelés en permanence) en Sibérie, sont autant de phénomènes constatés. "Rien qu'Europe, on a perdu en 30 ans 2 millions de km2 de surface enneigée en hiver", reprend Jean Jouzel.

En Antarctique, continent gelé du pôle sud, la situation est plus contrastée en raison de la masse, mais le réchauffement de la péninsule ne laisse place à aucun doute. "Les modèles climatiques sont de plus en plus corroborés par les relevés de terrain", poursuit M. Jouzel.

Les incertitudes fondent elles-aussi, sauf sur le rôle exact des océans, encore riches en mystères, et sur la multiplication des événements climatiques extrêmes, comme les cyclones, qui continuent de "faire débat", ajoute-t-il.

Par rapport au précédent, l'exercice 2007 est plus large et plus complet et doit permettre d'affiner les prévisions régionales, souligne Serge Planton, responsable du Groupe de recherches sur le climat de Météo-France, également associé au Giec.

Certains scénarios, notamment français, prenant en compte une réduction des émissions de gaz à effet de serre montrent qu'en les stabilisant dès aujourd'hui (ce qui n'est pas le cas), la température continuerait d'augmenter jusqu'en 2300 en raison de l'inertie du climat.

"Ils montrent aussi que l'homme peut agir à une échelle d'une centaine d'années et que ça peut se traduire, au bout du compte, par un degré d'écart", relève M. Planton.

En 2001, le Giec s'était accordé sur un réchauffement moyen de la planète d'au moins +1,4 à +5,8° C d'ici 2100. Depuis, les simulations en laboratoires n'ont pas donné de résultats très différents, insiste Jean Jouzel. Même si la possibilité de s'en tenir désormais à une prévision ouverte de "+2°C au moins" a été évoquée par les climatologues.

La décision sera soumise, comme le veut la procédure pour l'ensemble des travaux du Giec, au consensus des scientifiques et des gouvernements, avant publication du rapport 2007 à partir de début février.

"Ce rendez-vous nous permet d'établir un état de nos connaissances rendu public tous les six ans, avec nos certitudes et nos incertitudes: je ne connais pas d'autre domaine où l'on fasse cet effort", souligne Valérie Masson-Delmotte, qui contribue au chapitre sur le climat du passé. C'est sur le sérieux de cette synthèse en quatre tomes que se fonde la communauté internationale pour affûter sa lutte contre le réchauffement, comme elle le fera à partir de lundi à Nairobi.