Peut-on s'armer contre le cancer ?

"Si nous avons tous des cellules cancéreuses en nous, nous avons tous aussi un corps fait pour déjouer le processus de formation des tumeurs. Il revient à chacun de nous de s'en servir. D'autres cultures que la nôtre y parviennent beaucoup mieux", écrit le psychiatre David Servan-Schreiber, dans son dernier ouvrage intitulé "Anticancer; prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles".

laurence dardenne
Peut-on s'armer contre le cancer ?
©E. Scholasse

entretien

"Si nous avons tous des cellules cancéreuses en nous, nous avons tous aussi un corps fait pour déjouer le processus de formation des tumeurs. Il revient à chacun de nous de s'en servir. D'autres cultures que la nôtre y parviennent beaucoup mieux", écrit le psychiatre David Servan-Schreiber, dans son dernier ouvrage intitulé "Anticancer; prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles" (Robert Laffont, 21 €).

Victime d'une tumeur au cerveau diagnostiquée une première fois il y a quinze ans, avant de récidiver il y a sept ans, l'auteur a voulu chercher, au-delà des traitements habituels, tout ce qui pouvait aider son corps à se défendre.

Il propose "quatre approches que chacun peut mettre en oeuvre pour se construire une biologie anticancer, à la fois du corps et de l'esprit : comment se prémunir contre les déséquilibres de l'environnement qui se sont installés depuis 1940, et qui alimentent l'épidémie actuelle de cancer. Comment ajuster son alimentation pour réduire les promoteurs du cancer et inclure le plus grand nombre de composés phytochimiques qui luttent activement contre les tumeurs. Comment comprendre - et s'en guérir - les blessures psychologiques qui alimentent les mécanismes biologiques à l'oeuvre dans le cancer. Et enfin, comment tirer parti d'une relation à son corps qui agisse sur le système immunitaire et calme l'inflammation qui fait croître les tumeurs". Un vaste programme.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ? Pour répondre à vos propres interrogations ou pour guider le lecteur ?

J'ai vraiment voulu écrire le livre que j'aurais aimé avoir lu pour ne pas tomber malade et que j'aurais aimé avoir à mon chevet lorsque je l'ai été.

Peut-il être mis entre toutes les mains ?

(Large sourire et bref moment de réflexion) Je ne vois pas entre quelles mains il pourrait avoir un effet délétère. Je crois que oui, il peut être lu par tous. Il se destine aux gens qui veulent faire cette démarche active de s'aider eux-mêmes. Je ne le vois pas comme une prescription. Je n'impose rien. Je propose simplement une série de pistes qui, scientifiquement, tiennent le mieux la route pour que les lecteurs puissent s'aider eux-mêmes.

Quel est, précisément, le message que vous souhaitez faire passer ?

Je suis médecin et scientifique, ce qui ne m'a pas empêché d'avoir un cancer. Par contre, cela m'a permis d'aller au bout de la démarche pour comprendre ce que l'on peut faire par soi-même, soit pour prévenir le cancer, soir pour s'aider à le combattre. Dans ce livre, j'ai voulu expliquer comment, en prévention ou en accompagnement des traitements conventionnels, que sont la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie, on peut se construire une biologie anticancer, pour se donner un maximum de chance. Il s'agit en fait de booster ses propres mécanismes de défense.

Vous dites que l'on peut se construire un mental anticancer. Comment, selon vous ?

Je suis pratiquement certain que le stress ne cause pas le cancer. En revanche, je suis convaincu que certaines réponses au stress peuvent favoriser certaines réponses au cancer. Tout comme l'alimentation, le manque d'exercice, la qualité de l'air et de l'eau, les stress psychologiques influencent profondément le terreau dans lequel la graine peut se développer. Pour se construire un mental anticancer, il faut avant tout se sortir de l'impuissance, qui est le mental procancer. Les êtres humains qui se trouvent, sans ressources et sans soutien, dans des situations d'impuissance et de stress intense de façon prolongée, ont plus de risque de développer un cancer. On peut se protéger de ce sentiment d'impuissance en développant des méthodes de gestion des émotions qui sont ancestrales.

Certaines affirmations ne risquent-elles pas d'induire un sentiment de culpabilité chez les patients victimes d'un cancer ?

La question de la culpabilité est effectivement importante. Mais je pense qu'il est réellement essentiel pour chaque personne atteinte d'un cancer de faire le nettoyage dans son mental et de voir comment il peut réagir différemment sans se culpabiliser. Ce n'est bien sûr pas de notre faute si nous avons développé un cancer. Par contre, il est aujourd'hui de notre responsabilité de faire tout ce qu'il faut pour se donner un maximum de chances.

Dans quelle mesure estimez-vous que l'on est "partie prenante" de son cancer ?

D'après le Fonds mondial de recherche contre le cancer, 30 pc des cancers sont liés à l'alimentation, alors que la génétique ne peut expliquer que 15 pc des cancers.

Selon vous, il existe des aliments procancer. Quels sont-ils ?

Parmi les principaux aliments procancer, il y a certainement le sucre, première nourriture des cellules cancéreuses. Deuxième facteur d'engrais : depuis que l'on a arrêté, après la Deuxième Guerre mondiale, de nourrir avec de l'herbe les animaux qui nous donnent la viande, les oeufs et le lait, pour les alimenter en batterie avec du maïs et du soja, qui ne contiennent pratiquement plus d'Oméga 3, on a complètement déséquilibré le rapport entre les acides Oméga 3 et les Oméga 6, qui contrôlent tous les facteurs d'inflammation dans le corps. Cela a contribué au développement de toutes les pathologies inflammatoires, dont le cancer.

Les pesticides, qui se comportent comme des hormones, constituent le troisième facteur d'engrais. Quand on sait qu'ils parviennent à changer le sexe des poissons dans les rivières, on imagine qu'ils peuvent avoir des effets sur la biologie. Il existe toute une série de produits chimiques capables de simuler l'action des oestrogènes qui contribuent au développement de certains cancers. Il ne s'agit pas de proscrire des aliments, mais bien de rééquilibrer pour arriver à une alimentation plus saine.

D'un autre côté, vous pointez des aliments capables de protéger contre la maladie, voire de diminuer la progression d'une tumeur. Quels sont-ils ?

Il s'agit presque uniquement de légumes et de fruits (voir encadré). Le principe clé consiste à inverser la proportion de la viande et des légumes lors des repas; c'est-à-dire à faire comme les Asiatiques qui mangent de grands plats de légumes avec quelques fines tranches de viande. Parmi les aliments anticancer, il y a aussi le thé vert et le curcuma, l'anti-inflammatoire naturel le plus puissant qui existe.

Et vous, à quelle cause attribuez-vous votre cancer ?

Je ne sais pas... Je ne connais pas la cause, mais je ne me sens en tout cas pas coupable.

Avez-vous le sentiment d'être maître de votre maladie ?

Pas du tout. J'ai simplement le sentiment de mettre toutes les chances de mon côté. Je sais qu'il n'y a pas de recettes miracle.


Quelques réflexes au quotidien Le livre "Anticancer" de David Servan-Schreiber s'accompagne d'un livret illustré de seize pages, résumant, en tableaux et en graphiques, des gestes et réflexes à pratiquer au quotidien. Extraits. - Evitez les produits chimiques industriels quand c'est facile : aérez les vêtements après le nettoyage à sec ; évitez l'aluminium sur la peau (notamment dans les déodorants avec antitranspirants), les produits de soin contenant des oestrogènes et les parfums contenant des phtalates. - L' assiette anticancer se compose surtout de légumes - dont des légumes secs - et de fruits et d'huile d'olive (ou d'huile de lin ou de beurre bio), d'herbes et d'épices (curry, thym, romarin, ail...), de céréales (pain multigrain, riz complet, quinoa...), et, en option, de protéines animales (poisson, viande bio et oeufs bio). - Parmi les fruits et légumes les plus contaminés, sont cités les pommes, poires, pêches, nectarines, fraises, cerises, framboises, raisins, poivrons, céleris, haricots verts, pommes de terre, épinards, laitues, concombres, courges, citrouilles. Les moins contaminés sont les bananes, oranges, mandarines, ananas, pamplemousses, melons, pastèques, prunes, kiwis, myrtilles, mangues, papayes, brocolis, choux-fleurs, champignons, asperges, tomates, oignons, aubergines, petits pois, radis, avocats. Mais mieux vaut manger des légumes et des fruits - y compris quand ils portent des traces de pesticides - que de ne pas en manger. Leurs composés phytochimiques anticancer sont en effet plus bénéfiques que les pesticides ne sont dangereux. - Parmi les aliments qui semblent inhiber la croissance des cellules de certains cancers, sont cités l'ail, le poireau, l'oignon vert, les choux de Bruxelles, la betterave, les épinards, le chou vert, les asperges, le chou-fleur, l'oignon, le brocoli, la chicorée rouge, le navet, l'aubergine, le chou rouge...