Des effets plus graves que prévu

Un réchauffement climatique aux effets plus rapides que prévu. Tel est le principal enseignement et la mise en garde qu’ont adressée lundi 15 scientifiques internationaux dans le cadre d’un article publié dans la revue américaine "Proceedings of the National Academy of Sciences". Des effets plus rapides La pollution au mercure, un enjeu mondial Vers notre dossier spécial

Solenn Paulic
Des effets plus graves que prévu
©AP

Un réchauffement climatique aux effets plus rapides que prévu. Tel est le principal enseignement et la mise en garde qu’ont adressée lundi 15 scientifiques internationaux dans le cadre d’un article publié dans la revue américaine "Proceedings of the National Academy of Sciences".

Ces chercheurs, issus des Etats-Unis, d’Australie, d’Inde, de Cuba ou encore de la Belgique, avaient pour objectif de mettre à jour les cinq motifs de préoccupations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) associés aux différents scénarios de hausse des températures mondiales et fixés pour la dernière fois en 2001. Des motifs qui identifient les cinq catégories de conséquences majeures du réchauffement climatique, entre celles concernant les systèmes et populations les plus fragiles, à l’image des Inuits ou des écosystèmes de montagne, les risques liés aux événements extrêmes (inondations, sécheresses, vagues soudaines de chaleur), les risques liés à la distribution dans l’espace de ces conséquences (impact sur les populations pauvres, effets négatifs pour certains, positifs pour d’autres), le coût économique total du réchauffement climatique ou encore les risques associés aux dérèglements de grande amplitude comme la fonte des calottes glaciaires.

Or, et c’est ce que viennent de mettre en évidence les 15 coauteurs de l’article, parmi lesquels le Belge Jean-Pascal van Ypersele, ces risques seraient en réalité atteints plus rapidement que ce que l’on prévoyait en 2001 et sont désormais susceptibles d’apparaître à un niveau de réchauffement climatique plus bas qu’estimé jusqu’ici, soit " de 0,5 à 1 degré de moins qu’il y a 8 ans ", explique le professeur de l’UCL Jean-Pascal van Ypersele. Ainsi, en ce qui concerne, par exemple, les risques aux populations et écosystèmes les plus fragiles (1er risque), s’ils étaient considérés en 2001 comme significatifs et très forts à partir d’une hausse de la température mondiale de 1,5 degré par rapport au niveau de 1990, ils le deviennent en 2008, selon l’étude, dès une hausse de 1 degré. En d’autres termes : à hausse de température identique, " la zone rouge ou le niveau de risques considérés comme très substantiels sont atteints plus vite qu’il y a 8 ans ", poursuit le chercheur belge, " ce qui renforce le sentiment d’urgence ". A agir de manière encore plus décisive contre le réchauffement climatique, en l’occurrence. " Il faudrait donc avoir un objectif plus bas" que les 2 degrés de hausse de la température mondiale (au-dessus de la valeur préindustrielle, soit 1,5 degré au-dessus de sa valeur en 1990) à ne pas dépasser, faisant notamment consensus dans l’Union européenne depuis 1996 ou au Giec, même si " ce seuil de 2 pc est déjà difficile à atteindre" , dit encore le chercheur. Mais la "situation est plus grave que l’on ne le pensait" . Et ce sont bien les récents "événements" qui ont amené les chercheurs à revoir les seuils. Parmi eux : la canicule de 2003, " les glaciers qui reculent" , les menaces sur l’approvisionnement en eau des populations des Andes ou des contreforts de l’Himalaya ainsi " que toute une nouvelle littérature depuis 2001" . Une série de phénomènes très " concrets" et sortant désormais " des simples modèles théoriques" qui seront discutés le 10 mars à Copenhague. Les climatologues s’y retrouveront, en effet, pendant 3 jours pour discuter de ces dernières découvertes mais aussi et justement pour remettre tous les objectifs faisant consensus sur la table.