Recycler ou brûler ?

Recycler ou incinérer pour produire de l’énergie? Dans un communiqué diffusé ce mardi, la Fedis (qui regroupe les entreprises du secteur de la distribution) dénonce un risque de "conflit entre la politique de recyclage et la politique énergétique".Vers notre dossier Planète

Recycler ou brûler ?
©Jean-Luc Flémal
Gilles Toussaint

Recycler ou incinérer pour produire de l’énergie ? Dans un communiqué diffusé ce mardi, la Fedis (qui regroupe les entreprises du secteur de la distribution) dénonce un risque de "conflit entre la politique de recyclage et la politique énergétique" mises en place par les pouvoirs publics.

Depuis 1997, la gestion des déchets d’emballages industriels est en effet régie par un accord de coopération entre les trois Régions du pays. Celui-ci définit un certain nombre d’obligations que doivent respecter les entreprises qui mettent des emballages sur le marché. Ainsi, fin de l’année dernière, le niveau de recyclage de ces déchets, qui était fixé à 50 % en 2008, a-t-il été porté à 75 % pour 2009 et à 80 % à partir de 2010. Jusqu’ici fixé à 80 %, le seuil de valorisation globale, quant à lui (qui inclut le recyclage et l’utilisation des déchets comme combustibles à des fins de valorisation énergétique), passera à 85 % à l’échéance 2010. Des objectifs qui découlent d’une directive européenne et qui sont peu ou prou identiques à ceux fixés pour les déchets d’origine ménagère.

Pour faire face à ces obligations, les opérateurs concernés ont créé Val-I-Pac, un organisme agréé chargé de gérer les déchets industriels produits par les entreprises adhérentes - en quelque sorte le "jumeau" de Fost Plus qui, pour sa part, concerne les déchets ménagers. Or, dans le rapport annuel que cette plate-forme a récemment publié, celle-ci s’est inquiétée du glissement de plus en plus important du volume des déchets d’emballages en bois (palettes ) vers les filières de valorisation énergétique. Entre 2007 et 2008, le pourcentage de recyclage du bois a ainsi chuté de 73 % à 60,6 %. Un matériau qui représente environ un quart du tonnage des emballages industriels.

"Les déchets font l’objet d’un tri sélectif au sein des entreprises, puis ils sont récupérés par des recycleurs agréés avec lesquels celles-ci ont passé des accords. Ceux-ci vont ensuite les orienter vers les filières de leur choix en fonction de leurs intérêts commerciaux. Jusqu’ici, les déchets d’emballages de bois étaient en grande partie recyclés pour la fabrica tion de panneaux agglomérés, mais nous constatons qu’ils sont à présent plutôt orientés vers l’incinération avec récupération d’énergie. Ceci dit, les résultats du recyclage pour les autres matériaux que le bois ne sont absolument pas menacés", précise la porte-parole de Val-I-Pac, Yvette Mortier.

Aux yeux de la Fedis, cette situation découle du système de "certificats verts" mis en place par les autorités pour encourager le développement de la production d’énergie renouvelable, à base de biomasse notamment. Les recycleurs se tournent naturellement vers cette filière souvent plus rentable. Ce qui risque "de rendre irréalisables les objectifs légaux fixés en matière de recyclage" et ce, d’autant plus que le climat économique entraîne également une réduction de la demande pour les matériaux recyclés.

Sans contester la nécessité de développer des sources d’énergie alternatives aux énergies fossiles, la Fedis estime donc que la politique qui est actuellement menée relève de la "schizophrénie". Elle demande aux responsables politiques "de coordonner d’urgence les politiques en matière de recyclage et d’énergie. Si, dans leur politique énergétique, les autorités souhaitent stimuler la valorisation énergétique de la biomasse comme source d’énergie alternative, elles doivent alors tenir compte des conséquences de cette option sur la politique en matière de recyclage". Elle souhaite également que cette problématique soit prise en compte dans le cadre des négociations en cours dans les trois Régions en vue de former de nouveaux gouvernements. "Nous avons des contacts réguliers avec les autorités qui ont jusqu’ici fait preuve de compréhension par rapport à ces enjeux", souligne M. Mortier.


OverdoseLe monde produit de plus en plus de déchets même si la prise de conscience environnementale et la baisse de la consommation en ces temps de crise économique contribuent à freiner un peu la tendance, affirme l’institut des matières premières Cyclope, dans une étude publiée mardi. En 2006 , entre 3,4 et 4 milliards de tonnes de déchets ont ainsi été générées ; dont 1,7 à 1,9 milliard de tonnes de déchets municipaux, 1,2 à 1,67 milliard de déchets industriels non dangereux et 490 millions de déchets dangereux. La collecte reste en revanche inférieure à la production puisque seulement 2,74 milliards de tonnes de déchets ont été ramassées. Les auteurs soulignent toutefois l’absence de statistiques sur les chiffonniers, qui jouent un grand rôle de collecte et de recyclage dans les zones urbaines des pays émergents. La Chine est devenue le premier producteur de déchets municipaux avec 300 millions de tonnes en 2005, devant les Etats-Unis et l’Europe des Quinze, alors qu’elle était le troisième en 2004. Cependant, avec la crise, le volume des déchets a tendance à diminuer. " Les gens achètent moins et en gamme inférieure", ce qui induit moins de déchets, note Denis Gasquet, directeur général de Veolia Propreté, branche déchets de Veolia Environnement et partenaire de Cyclope. Sur les trois premiers mois de 2009, "les déchets ont baissé de 5 à 10 %". " C’est la première crise où l’environnement est considéré comme une solution, pas comme un problème", ajoute-t-il. (AFP)