Et si l’industrie chimique n’existait pas...

En 2005, l’industrie chimique a émis au total 3,3 gigatonnes de gaz à effet de serre. Mais les produits fabriqués ont permis d’économiser 8,5 gigatonnes de CO2 de plus que ce qui aurait pu être obtenu avec des produits alternatifs ne provenant pas du secteur de la chimie.Vers notre dossier Planète

Et si l’industrie chimique n’existait pas...
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Bruno Fella

En 2005, l’industrie chimique a émis au total 3,3 gigatonnes de gaz à effet de serre. Mais les produits fabriqués ont permis d’économiser 8,5 gigatonnes de CO2 de plus que ce qui aurait pu être obtenu avec des produits alternatifs ne provenant pas du secteur de la chimie", s’est félicité Yves Verschueren, administrateur délégué d’Essencia, la fédération de l’industrie chimique et des sciences de la vie, lors d’une conférence présentant les résultats d’une enquête internationale commanditée auprès de la société McKinsey.

L’étude, relue par l’Institut allemand de recherche en environnement OKO, a comparé une centaine de familles de produits et applications. Par exemple, il a ainsi été calculé l’émission en gaz carbonique de la production de pièces automobiles en plastique et de son meilleur substitut non-chimique, autrement dit le métal. Une comparaison dont le chimique sort vainqueur, surtout en ajoutant à cela le dégât collatéral d’une voiture plus lourde avec des pièces en métal, consommant par conséquent plus de carburant. L’enquête note que les meilleures performances en économie de CO2 sont, dans l’ordre, pour les isolants, les engrais, les produits de protection des plantes, etc. On en arrive ansi à ce que pour chaque tonne de gaz carbonique émise par l’industrie chimique, 2,6 tonnes sont économisées au cours du cycle complet de ses produits. Un rapport qui pourrait même passer de 1 à 4,7 à l’horizon 2030 avec des "mesures appropriées pour faciliter l’utilisation de produits chimiques générateurs d’économies en CO2".

Fort de cette enquête flatteuse, l’administrateur délégué d’Essencia a laissé poindre son amertume : "Quelques fois, j’ai l’impression que notre industrie n’est pas forcément comprise dans l’apport qu’elle peut donner à notre société." Yves Verschueren d’ajouter : "C’est une étude qui, quelque part, ouvre une voie vers un monde qui peut être décarbonisé. Je pense que tous ensemble, il faut que l’on réalise qu’une industrie n’est pas uniquement une partie du problème, mais que c’est également à travers une industrie et son innovation que l’on arrivera à des solutions tout en maintenant une qualité de vie."

L’industrie chimique, une partie de la solution L’Europe de l’Ouest a une efficacité carbone de 40 % supérieure à celle de l’Amérique du Nord et même de 60 % à celle du continent asiatique. Le secteur est on ne peut plus conscient de cette différence. S’il a montré patte verte avec ce rapport, c’est bel et bien pour faire un appel du pied aux hommes politiques et garder sa compétitivité. Comme l’analyse Julien Vandeburie, chargé de mission Energie-Climat chez Inter-Environnement : "Si on demande à un produit d’être très efficace et très fiable en émissions de CO2 en Europe, on ne peut pas alors importer des produits équivalents mais qui ont une énorme quantité de CO2 associée. On peut demander beaucoup de choses à la chimie, mais il faut lui donner les conditions pour y arriver économiquement, sans quoi elle va faire des bonds et bloquer toute négociation à venir."

Dans un secteur concurrentiel, où la Belgique a de nombreuses billes (94 700 personnes y travaillent), la chimie montre donc sa bonne volonté environnementale pour appuyer sa revendication d’un cadre réglementaire global régissant les émissions de CO2 et sa demande d’aides supplémentaires en matière de recherche et développement. Si le ministre de l’Entreprise et de la Simplification, Vincent Van Quickenborne, a honoré de sa présence la conférence de presse de présentation de l’étude de McKinsey, ça a surtout été pour rappeler ce qui avait déjà été fait pour soutenir l’industrie et l’innovation, comme l’extension des baisses des charges pour les chercheurs, des primes à l’innovation ou une baisse des taxes sur la recherche. Dans un contexte budgétaire difficile, le ministre n’a pas été beaucoup loin, sinon de souhaiter une meilleure information du secteur quant aux facilités déjà octroyées ou désirer l’accélération de la délivrance de permis d’environnement et de construction pour des entreprises désireuses de s’implanter.

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