La mer à respecter

C’est, selon le gouvernement, "une politique maritime ambitieuse, exemplaire et intégrée". C’est, selon certains observateurs plus critiques, un "festival de bonnes intentions", voire un "tissu de poncifs et de généralités". Nicolas Sarkozy a donné le coup d’envoi à la deuxième phase de ce vaste processus de concertation et de réflexion sur l’environnement marin.Vers notre dossier spécial Planète

La mer à respecter
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Bernard Delattre

C’est, selon le gouvernement, "une politique maritime ambitieuse, exemplaire et intégrée". C’est, selon certains observateurs plus critiques, un "festival de bonnes intentions", voire un "tissu de poncifs et de généralités". C’est, selon des associations comme France Nature Environnement, "un réel début de prise de conscience des enjeux". C’est, selon l’animateur d’un des ateliers de ce processus, "un inventaire à la Prévert". C’est, en tout cas, le dernier gros chantier environnemental en date dans lequel la France vient de se lancer. Cela s’appelle le "Grenelle de la Mer". Rien que cette appellation est lourde de sens, puisqu’elle renvoie aux accords dits de Grenelle, qui, jadis, mirent fin au mouvement de contestation historique de Mai 68.

Nicolas Sarkozy en personne jeudi, à l’occasion d’un déplacement au Havre, a donné le coup d’envoi à la deuxième phase de ce vaste processus de concertation et de réflexion sur l’environnement marin. Celui-ci avait été entamé en avril dernier entre Etat, élus, partenaires sociaux et associations, et vient de déboucher sur un demi-millier de propositions. La France entame à présent la phase de mise en œuvre de ce "Grenelle de la Mer". Afin, selon l’aveu même de l’hôte de l’Elysée, de "réparer l’oubli historique qu’a fait la France de sa vocation maritime".

Parmi tous les projets, il en est un qui traduit un spectaculaire changement de ton, même s’il est nié en haut lieu - vendredi encore, le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, a démenti tout "revirement". Il s’agit de la préservation des ressources halieutiques. Paris, depuis toujours, sensible au lobby des pêcheurs et à leur audience médiatique, traînait les pieds dans l’application de la politique européenne des quotas de pêche, destinés à protéger les espèces menacées à terme d’extinction. Désormais, a assuré Nicolas Sarkozy, l’Hexagone reconnaît officiellement que "le choix n’est pas de pêcher ou de protéger, mais toujours de protéger pour mieux pêcher". S’il n’est toujours pas question de laisser "disparaître" la pêche française, l’Hexagone prend l’engagement "solennel" de veiller dorénavant au "respect des avis scientifiques rendus".

Concrètement, l’objectif sera d’arriver à une gestion concertée des pêches entre pêcheurs et scientifiques, les premiers jouant par exemple le rôle de "sentinelles de la mer" pour renseigner les seconds sur l’état de la ressource. L’on va réfléchir aussi à la limitation du chalutage en eau profonde, une technique de pêche très destructrice. Soutenir l’inscription du thon rouge (mais pas du requin-taupe) à l’annexe de la convention internationale sur les espèces menacées d’extinction. Ou interdire le "finning" (mutilation des requins) sur le territoire marin tricolore. Et, d’ici à 2012, la superficie des aires marines françaises bénéficiant d’une protection (contre les excès de la pêche, singulièrement) sera multipliée par dix.

Autre gros chantier lancé : le développement des énergies marines (hydroliennes, géothermie, usage des marées, etc.) C’est le plan "Energie bleue". L’objectif est que, dans les dix ans, ces énergies marines produisent 6000 mégawatts : "l’équivalent de 3000 éoliennes ou de quatre réacteurs nucléaires EPR". Sans oublier de réduire la pollution aboutissant dans la mer. Ici, primera l’objectif "zéro rejet urbain non traité" rejeté en mer d’ici à 2030. Ce sera ardu en Outre-mer, où 30 % des eaux usées sont à présent rejetées dans les flots sans avoir subi le moindre traitement. Pour progresser, l’on promet par exemple de moins recourir aux engrais agricoles aux nitrates (qui entraînent la prolifération d’algues vertes dans les mers) ou en dépolluant mieux et plus les sédiments dragués dans les ports et estuaires (pour moins rejeter de vases et de boues polluées à la mer).

Il y a du pain sur la planche, donc. Mais comment payer ? Les associations réclamaient qu’une fiscalité spécifique (sur le principe du pollueur payeur) soit appliquée à tous les usagers de la mer (transporteurs, plaisanciers, etc.). Cela a été encommissionné. On parle d’affecter aux océans une part des recettes du futur grand emprunt national pour les priorités stratégiques. Mais c’est loin d’être fait. Et, en attendant, nul n’ignore que, selon un célèbre mot sarkozyste, "les caisses sont vides"...


Des promessesLittoral. D’ici à 2020, un tiers du littoral (contre 15 % à présent) sera préservé de l’urbanisation. Navires. Création d’une filière française de démantèlement des navires civils ou militaires en fin de vie. À l’inverse de la plupart des chantiers de démantèlement établis aujourd’hui dans les pays du Sud, elle sera respectueuse de l’environnement (amiante, etc.). Animaux . D’ici à 2020, diminution de 80 % de la nourriture animale à base de farines et d’huiles de poissons marins.