La Réserve de la Biosphère Maya envahie

C’est en 1977 que le Français Jacques Billy alias Santiago met les pieds pour la première fois au Guatemala pour ne plus le quitter. Chercheur biologiste au CNRS, il s’émerveille face à la forêt tropicale qui recouvre la moitié nord du pays et se rend compte que ce patrimoine naturel n’est pas protégé.Dossier: "Notre planète"

Camille Perotti
La Réserve de la Biosphère Maya envahie
©D.R.

C’est en 1977 que le Français Jacques Billy alias Santiago met les pieds pour la première fois au Guatemala pour ne plus le quitter. Chercheur biologiste au CNRS, il s’émerveille face à la forêt tropicale qui recouvre la moitié nord du pays et se rend compte que ce patrimoine naturel n’est pas protégé.

Traçant des routes d’écotourisme d’aventure dans la jungle, il découvre avec d’autres scientifiques une biodiversité époustouflante -dont les chicleros, sapotilliers, les arbres dont la sève sert à fabriquer la gomme à mâcher.

En 1982, Santiago Billy est nommé responsable de la faune et de la flore du Guatemala puis, en 86, responsable du Patrimoine naturel, ce qui lui permet d’avoir accès au Congrès. Après plusieurs études pour élaborer un système de zone protégée, il fonde avec d’autres biologistes, la Biosphère Maya, réserve immense couvrant la totalité du Péten, la région du nord du Guatemala. D’une surface de plus de deux millions d’hectares -délimitée par la frontière avec le Belize à l’est et les Etats mexicains de Campeche et Tabasco au nord-, elle constitue la plus grande réserve naturelle d’Amérique centrale.

En 1989, un conseil des zones protégées se forme et définit différents règlements pour la biosphère (CONAP : Consejo Nacional de Áreas Protegidas, Conseil national pour les zones protégées du Guatemala).

Partant du principe que les communautés indigènes mayas vivant dans la forêt tropicale depuis des siècles ont un faible impact sur la biodiversité, le Conseil a délimité les zones où elles peuvent continuer à exploiter les ressources naturelles renouvelables (le bois, les palmes, etc.) en quantités contrôlées et dans la mesure où elles protègent leur environnement. D’autres zones sont de véritables couloirs biologiques vierges, garants de la forêt primaire.

Aujourd’hui, l’un des défis de développement de la Réserve de la Biosphère maya serait de ne faire qu’une avec la réserve contiguë de Calakmul au Mexique sous le contrôle d’une seule entité internationale. Malheureusement, les menaces contre la biodiversité sont telles que le Conseil est entièrement préoccupé par la sauvegarde de la Biosphère.

Si Santiago Billy s’est retiré du gouvernement pour ne plus figurer à la CONAP qu’en tant que conseiller ad honorem, c’est pour mieux se consacrer à son projet d’écotourisme mais aussi parce qu’il se sentait victime de nombreuses pressions.

Les menaces pesant sur la Biosphère maya sont de plusieurs ordres. La croissance démographique joue un rôle important, les Guatémaltèques doivent jour après jour subvenir à leurs besoins, les produits de l’agriculture étant souvent mal répartis. Depuis quelques années, les associations protectrices de l’environnement ont vu le déboisement s’intensifier à une vitesse effrayante. "Ces gens (les agriculteurs illégaux) sont des gangsters, des manipulateurs en relation avec le crime organisé. Ces mots font peur mais c’est ainsi. Devant un obstacle, ils n’hésitent pas à en venir aux armes. Ils déplacent les petits paysans en rachetant leurs terres à prix d’or. Non habitués, ils dépensent vite l’argent et pour se nourrir, ils doivent de nouveau cultiver. De cette manière, les habitants eux-mêmes entrent dans ce cercle vicieux et déboisent la forêt qui leur apporte leurs richesses". Ces exploitants peu scrupuleux déboisant la forêt à coups d’incendies ne pratiquent pas seulement l’agriculture intensive, ils élèvent aussi des bovins, "ce qui est pire que tout étant donné que ces animaux produisent du méthane, un gaz responsable du réchauffement climatique que la forêt secondaire ne peut absorber".

Outre l’agriculture et le braconnage - il n’est pas rare de croiser un autochtone se vantant d’avoir des bottes en peau de jaguar, comme les empereurs mayas -, une autre menace importante s’ajoute : le narcotrafic. Santiago Billy explique que pas moins de 70 pistes d’atterrissage ont été dénombrées en pleine forêt tropicale, les avions en provenance de Colombie chargés de cocaïne font escale au Guatemala, les camions prenant le relais pour passer la frontière mexicaine jusqu’aux Etats-Unis. "Les avions n’atterrissent pas directement au Mexique car la législation fonctionne, au Guatemala non. Un tel désastre est parfaitement visible. Impossible de faire tant de dégâts sans l’accord des puissants. La mafia finance les partis politiques, on ne sait jamais d’où vient l’argent. La corruption règne."

Depuis 2007, le social-démocrate Alvaro Colom (souvent controversé) dirige le Guatemala après des décennies d’ultra-libéralisme et axe son action sur la lutte contre la pauvreté et l’injustice mais ne néglige pas l’environnement. Depuis janvier 2009, il mobilise l’armée pour déloger les criminels qui affluent en nombre depuis les cinq dernières années et enrayer cette situation devenue incontrôlable. L’intervention militaire n’est cependant pas la bonne solution, soit les bataillons trop peu nombreux ne parviennent pas à dénicher les plus grands délinquants, soit la situation dérape car les malfaiteurs lourdement armés ont recours à la prise d’otages pour négocier la libération de l’un des leurs, et des meurtres, des deux côtés, ont lieu.

Le Guatemala, seul, ne peut endiguer ce phénomène, une solution internationale doit être envisagée. Si les micro-projets de préservation de la forêt tropicale des ONG avancent peu à peu et que l’ONU soutient les initiatives, les Organisations Internationales pariviennent à freiner le processus mais ne l’arrêtent pas encore. "Répondant aux appels urgents des écologistes guatémaltèques, une délégation de l’Onu est venue pour rechercher ces gens mais ils ont largement eu le temps de se cacher, la délégation est rentrée bredouille. La mafia se solidarise de plus en plus et n’hésite pas à prendre les armes, le gouvernement est inefficace, nous appelons désormais l’aide d’autres pays."