A/H1N1: des différences régionales

A la fin octobre, une étude réalisée par l’Institut national de l’assurance maladie-invalidité tordait le cou à un vieux canard: non, les francophones n’abusent pas des soins de santé. Dossier: grippe A

A/H1N1: des différences régionales
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Vincent Rocour

A la fin octobre, une étude réalisée par l’Institut national de l’assurance maladie-invalidité tordait le cou à un vieux canard: non, les francophones n’abusent pas des soins de santé. En tenant compte du statut social et de l’âge des malades, on s’apercevait en effet que les dépenses moyennes de santé ne sont pas plus élevées pour un patient wallon ou bruxellois que pour un patient flamand. Certains comportements diffèrent cependant fortement d’une région à une autre. Ainsi, les généralistes flamands et francophones ont des attitudes parfois très opposées vis-à-vis de certaines politiques initiées par les autorités publiques.

Un exemple: la campagne de vaccination contre la grippe A/H1N1. Cette campagne a débuté le 7 novembre. Au dernier comptage, effectué le 31 décembre 2009, on recensait 610 812 personnes vaccinées en Flandre, seulement 48 387 en Wallonie et 17 975 à Bruxelles. Cela représente un taux de couverture de 9,9 % de la population au nord du pays contre 1,4 % au sud et 1,7 % au centre.

Ces chiffres ne représentent cependant pas le nombre de personnes réellement vaccinées. Il n’indique que le nombre de vaccinations enregistrées. Nuance importante. Une instruction avait été donnée aux généralistes d’enregistrer chaque vaccination qu’ils effectuent via la plateforme informatique e-health. Les autorités publiques ont rendu cet enregistrement obligatoire pour assurer le bon suivi de la campagne et repérer rapidement un éventuel lot de vaccins défectueux. Mais les organisations de médecins s’étaient indignées. Elles se méfient du portail e-health, y voyant une menace contre le secret médical malgré les garanties qui leur ont été données. Elles avaient dès lors appelé leurs membres à effectuer les vaccinations, mais de ne pas les enregistrer. De toute évidence, le message a davantage été entendu en Wallonie et à Bruxelles

Et ce n’est pas la seule politique qui inspire, chez les généralistes, des comportements différents selon les Régions. Il y a l’exemple du dossier médical global (DMG). Pour rappel, le DMG est géré par le médecin de famille et rassemble toutes les informations médicales du patient. Il doit permettre un suivi optimal des soins et éviter des examens médicaux redondants. A la fin 2008, 4,49 millions de dossiers médicaux ont été ouverts. Mais les taux de couverture sont très différents selon les Régions. En Flandre, 54 % des habitants disposent d’un dossier médical à leur nom. Ce taux n’est que de 26 % en Wallonie et de 24 % à Bruxelles Or l’ouverture du dossier médical global est rémunérée. Le médecin reçoit 28 euros par an pour le gérer. Et le patient bénéficie d’une réduction de 30 % du ticket modérateur à chaque consultation.

Il est un autre exemple frappant: les aides Impulseo I et II. Les premières sont destinées à soutenir les jeunes généralistes lors de leur installation et à les inciter à choisir de préférence des zones où la densité de médecins est faible. Les secondes couvrent une partie du salaire d’un employé assurant des tâches de secrétariat médical lorsque des généralistes se regroupent en réseaux. Or que constate-t-on? Que ces aides emportent un succès nettement plus important en Flandre qu’ailleurs dans le pays. Pour Impulseo I, il y a eu au total 637 dossiers: 400 en Flandre, 66 à Bruxelles et 171 en Wallonie (un chiffre d’autant plus étonnant que c’est en Wallonie qu’on retrouve le plus de zones peu densément peuplées). Même proportion pour Impulseo II: 307 demandes d’aides en Flandre, contre 62 en Wallonie et 28 à Bruxelles. Des différences de comportement qui étonnent.