Une thyroïde fabriquée à partir de cellules souches

Pour l’heure, couronnées de succès, les recherches ont été menées sur des souris. Mais si ces résultats pouvaient un jour être reproduits avec des cellules humaines, ces travaux pourraient s’avérer d’une importance cruciale pour les patients souffrant d’hypothyroïdie.

L.D.
Une thyroïde fabriquée à partir de cellules souches

Pour l’heure, couronnées de succès, les recherches ont été menées sur des souris. Mais si ces résultats pouvaient un jour être reproduits avec des cellules humaines, sans doute les travaux de l’équipe de Sabine Costagliola de l’Institut de recherche interdisciplinaire en biologie humaine et moléculaire (IRIBHM) à l’ULB pourraient-ils s’avérer d’une importance cruciale pour les patients souffrant d’hypothyroïdie. Menée en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Gand et deux équipes américaines, l’étude en question vient d’être publiée dans la revue Nature .

D’origine inconnue dans la grande majorité des cas (80 à 90 %), l’hypothyroïdie se caractérise par une production insuffisante d’hormones thyroïdiennes. On estime qu’un enfant sur trois mille environ naît avec une anomalie du développement embryonnaire de la thyroïde - que celle-ci soit absente, mal positionnée ou atrophiée -, laquelle va entraîner une carence hormonale. On parle alors d’hypothyroïdie congénitale. Or, en l’absence d’apport extérieur d’hormones thyroïdiennes dès les premiers jours de vie, les conséquences pour l’enfant vont s’avérer particulièrement lourdes. Non seulement il présentera un retard mental irréversible, mais en outre, un traitement hormonal à vie sera indispensable pour réguler sa croissance et son métabolisme.

La thyroïde est en effet une glande endocrine dont le rôle consiste à métaboliser l’iode apporté par l’alimentation pour produire des hormones. Ces hormones thyroïdiennes sont essentielles dans la mesure où elles agissent sur les cellules de presque tous les tissus et favorisent le développement des os, du foie, du cœur et du cerveau.

Et si l’on pouvait compenser l’absence de thyroïde fonctionnelle par une greffe de tissu thyroïdien qui serait fabriqué à partir de cellules souches afin de restaurer ainsi la production d’hormones et traiter l’hypothyroïdie ? C’est le défi qu’ont tenté de relever ces équipes. En exprimant une combinaison de gènes, les chercheurs de l’IRIBHM ont en effet réussi à différencier in vitro des cellules souches embryonnaires en tissu thyroïdien produisant des hormones.

Et mieux encore, en le transplantant à des souris dépourvues de thyroïde, ils ont pu observer, un mois plus tard, que le tissu "fabriqué" avait la capacité de produire des hormones thyroïdiennes, et cela, de manière " définitive, efficace et régulée ", d’après les scientifiques, et donc de guérir ainsi l’hypothyroïdie.

L’étape suivante consistera à tenter de reproduire ces résultats avec des cellules souches embryonnaires humaines ou en reprogrammant des cellules souches pluripotentes dérivées de cellules de la peau (iPS).

Quoi qu’il en soit, cette avancée permet d’ores et déjà de mieux comprendre les mécanismes moléculaires liés au développement thyroïdien. Alors que les médecins sont aujourd’hui confrontés à une augmentation croissante et quelque peu inquiétante des pathologies thyroïdiennes, en général, et des cancers de la thyroïde, en particulier, cette découverte offre des perspectives thérapeutiques nouvelles et prometteuses. " Ces résultats nous permettent d’observer le développement de la glande thyroïde et d’ainsi mieux comprendre comment ces enfants sont atteints d’un tel déficit. Une bonne maîtrise de ce nouveau protocole nous permettra très probablement de diagnostiquer et même peut-être de dépister l’hypothyroïdie ", a déclaré Sabine Costagliola.

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