François Englert : "Il faut prendre des risques, mais le résultat en vaut la peine"

Ce 4 juillet quand le Cern a annoncé la découverte du boson de Brout-Englert-Higgs, ce fut une divine surprise ? Retour avec un futur prix Nobel.

François Englert : "Il faut prendre des risques, mais le résultat en vaut la peine"
©Christophe Bortels
Guy Duplat

En juillet, le Cern "découvrait" le boson de Brout-Englert-Higgs. Retour avec un futur prix Nobel.

Ce 4 juillet quand le Cern a annoncé la découverte du boson de Brout-Englert-Higgs, ce fut une divine surprise ?

Ce fut évidemment un très grand moment puisque tout le monde le dit. Mais en vérité, on s’y attendait depuis décembre déjà. Les résultats déjà obtenus alors, "sentaient" le boson ! Et je dois avouer que l’émotion fut encore plus grande en 1964 quand Robert Brout et moi, avions vu que notre thèse tenait le coup. Ce fut plus émotionnant encore.

Mais quand même, vous avez dû attendre cinquante ans pour voir cette thèse confirmée ?

J’ai fait bien d’autres choses entre-temps qui m’ont passionné. Je me suis beaucoup intéressé au problème toujours non résolu de l’unification de la relativité générale et de la mécanique quantique. J’ai étudié la gravité quantique, la supergravité, la théorie des cordes. J’ai analysé et suggéré l’émergence de certaines conformations de virus, en biologie physique. Le boson ne fut pas une occupation continue. Il faut bien se rendre compte qu’il y a d’un côté, le "mécanisme" dont on a vérifié depuis des années déjà qu’il devait être le bon (avec la découverte des bosons Z et W) en adéquation avec le "modèle standard" qui a été très précisément vérifié. Et il y avait d’autre part, la "réalisation de ce mécanisme", soit par une particule élémentaire, soit par quelque chose de plus complexe qu’on appelle "dynamique" et qui serait composite. Nous avions proposé les deux voies. La découverte du Cern est surtout extraordinaire parce qu’elle a montré que ce doit être une particule élémentaire, donc non divisible à nos énergies envisageables, comme le sont les quarks ou les électrons. Pour en arriver là, cela a pris effectivement du temps car on ne connaissait pas la masse de ce boson et peu à peu, on a vu qu’elle était élevée et que pour la créer, cela nécessitait de construire des accélérateurs plus puissants, comme le LHC au Cern.

Quel culot il fallait pour postuler un mécanisme dont la réalisation n’arrive que cinquante ans plus tard ?

Il faut prendre des risques, c’est vrai. Mais le résultat en vaut la peine. La découverte du boson confirme maintenant, aux échelles d’énergie atteignables, le modèle standard qui explique toute notre physique. On continue à mener des recherches au Cern pour déterminer par exemple le spin (le moment cinétique) de cette particule, un spin qui devrait être zéro. Ce serait la seule particule élémentaire qui a ce type de spin. Et, c’est compliqué à expliquer mais cela ouvre peut-être, la porte de la supersymétrie, un modèle plus large que le modèle standard.

N’avez-vous pas été surpris par l’impact planétaire de cette découverte ? Vous avez été propulsé à la “Une” des journaux du monde entier. Le boson est qualifié partout d’événement de l’année et de découverte du siècle !

La découverte, je le répète, est objectivement très importante car elle établit la justesse de l’ensemble du modèle standard. Cela décante aussi un ensemble de théories qui ont été développées et qui peuvent être abandonnées. Je crois aussi que le grand public a été touché par quelque chose de profondément humain : une découverte qui a demandé tant de temps, de développements technologiques aussi prodigieux qui ont nécessité tant d’intelligence et de collaborations internationales, de milliers de gens venus de tous les pays, travaillant ensemble. Cette quête du boson a transcendé toutes nos luttes économiques, idéologiques et politiques dans lequel le monde se trouve. Ce fut une recherche qui a valorisé l’humanité. Mais il reste un paradoxe : pourquoi les gens ont-ils été tant touchés alors que cela reste très compliqué à expliquer ? Pour bien comprendre le rôle de cette particule, il faut connaître la gravitation générale d’Einstein et la mécanique quantique.

Retrouvez l'intégralité de l'entretetien sur La Libre en PDF


Sur le même sujet