Plus d'un adulte sur trois est hypertendu

L’hypertension est la maladie chronique la plus répandue dans le monde. Elle est pourtant évitable, peut être facilement diagnostiquée et traitée. L’Organisation mondiale de la santé a choisi d’en faire le thème central de sa journée mondiale, ce 7 avril.

Plus d'un adulte sur trois est hypertendu
©Reporters
Laurence Dardenne

Vingt-huit ans à l’époque, ni fumeuse, ni grande consommatrice d’alcool. Pas trop sportive, c’est vrai, mais de corpulence normale, ayant une alimentation équilibrée et menant un mode de vie plutôt sain malgré tout. Stressée ? Oui, sûrement, mais qui ne l’est pas… Migraineuse à ses heures. A part ça, RAS. Et puis un jour, au boulot, assise sur sa chaise, comme l’impression que le bateau tangue. Le plafond, en l’occurrence. Vertiges. Quelque chose ne va pas, c’est évident, mais quoi ? Direction les urgences. Verdict : les chiffres indiquent la tension d’une femme de 80 ans… pour une qui n’en a pas encore 30 ! Mise immédiate sous perfusion avant de trouver quelques mois plus tard, après quelques tâtonnements, l’hypotenseur adéquat. Hypertendue, la “gamine”. Qui l’eût cru ?

Une chance, finalement, que l’hypertension se soit manifestée car, la plupart du temps, elle s’avère asymptomatique. A ses débuts du moins. Le corps s’adapte, il apprend à vivre bien avec sa tension, qu’elle soit trop élevée ou trop basse d’ailleurs. C’est bien ça le danger. Faute de symptômes et par manque de contrôle, elle reste trop souvent non diagnostiquée.

Or, ses conséquences ne sont pas insignifiantes. Plus la pression artérielle est forte, plus le risque est élevé d’endommager le cœur et les vaisseaux sanguins au niveau d’organes aussi essentiels que le cerveau et les reins. Non contrôlée, l’hypertension artérielle peut entraîner une crise cardiaque et un grossissement du cœur, aboutissant à une insuffisance cardiaque. Risque accru de développer des anévrismes (renflements dans les vaisseaux sanguins), de provoquer une hémorragie dans le cerveau et un accident vasculaire cérébral. Autres issues possibles : l’insuffisance rénale, voire une cécité ou une déficience cognitive.

Si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a choisi, cette année, pour thème de sa journée mondiale de la santé, célébrée ce dimanche 7 avril, l’hypertension artérielle, ce n’est donc pas par hasard. Moins encore lorsque l’on sait que, dans le monde, un adulte sur trois a une tension artérielle trop élevée. Ce qui fait de l’hypertension la maladie évitable la plus répandue au monde. Pour diminuer les risques, l’OMS préconise cinq mesures simples : limiter sa consommation d’alcool, pratiquer une activité sportive régulière et maintenir un poids normal, cesser de fumer, apprendre à gérer son stress et adopter une alimentation saine.

Un régime trop pauvre en sel serait-il délétère ?

Sur ce point, on recommande de limiter la consommation de sel à 5 g par jour, en Europe, et à 4 aux Etats-Unis. Or, avec tout le sel (environ 80 %) contenu dans les aliments industriels, on tourne généralement plutôt aux alentours de 10 ou 11 g. Mais le sujet de la juste quantité de sel fait actuellement débat. “Plusieurs études ont en effet récemment démontré qu’une trop forte diminution de la consommation de sel pouvait augmenter le risque cardio-vasculaire, nous explique le Pr Christophe Scavée, cardiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc. D’après ces travaux, un régime pauvre en sel (mesuré dans les urines) trop strict pourrait avoir des effets délétères par des boucles réflexes qui agissent contre l’objectif poursuivi qui est de diminuer la tension artérielle. Rien n’est prouvé et le débat n’est pas clos. On se demande donc aujourd’hui si 6 ou 7 g de sel par jour, ce qui correspond à la consommation des enfants, ne serait pas une bonne moyenne et l’objectif à poursuivre. Cela dit, diminuer le sel a déjà un impact positif important sur les taux d’accidents vasculaires cérébraux et de maladies coronaires, mais aussi des asthmes sévères et de l’obésité.

Le plus souvent asymptomatique, l’hypertension artérielle peut néanmoins se manifester par des symptômes comme des céphalées, des problèmes de concentration, des palpitations, des troubles visuels, des vertiges, un malaise général… En l’absence de symptôme, à chaque consultation médicale, une mesure de la pression artérielle devrait être effectuée, selon ce cardiologue, estimant qu’il s’agit d’un bon dépistage. Et pour les personnes diagnostiquées hypertendues, ce médecin conseille les petits appareils d’auto-contrôle. Pour autant qu’ils soient utilisés correctement. Car si environ 40 % des patients hypertendus en possèdent, moins de 10 % savent comment bien s’en servir…

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