Habiter sur Mars grâce à la terraformation?

Serait-ce possible de transformer Mars pour permettre à l'Homme d'y vivre un jour? Il y a peu de chances que des fonds soient un jour alloués au développement de ces technologies mais, en attendant, des études théoriques existent.

Habiter sur Mars grâce à la terraformation?
©REPORTERS
Jessica Flament (st.)

La terraformation, directement issue du monde de la science-fiction, étudie la possibilité de transformer les caractéristiques de planètes comme Mars ou Vénus pour les rendre semblables à la Terre. Mais, est-ce vraiment possible de transformer Mars à l'heure où l'être humain n'a même pas encore foulé le sol de cette planète? A vrai dire, ces études restent extrêmement théoriques et se basent sur un grand nombre d'hypothèses sans offrir aucune garantie de succès. Mais, malgré tout, certains scientifiques rêvent de pouvoir tester un jour ces théories et ont déjà prévu une série d'étapes à accomplir pour faire de Mars une deuxième Terre.

Tout d'abord, il faut savoir que l'atmosphère de la planète rouge est différente de sa consœur bleue à bien des égards. La pression atmosphérique de Mars est de 6 millibars tandis que celle de la Terre est de 1013 millibars. La température martienne moyenne est de -60°C tandis que celle de la Terre est de 15°C. Enfin, l'atmosphère de Mars est composée de dioxyde de carbone (95°C), d'azote (3%) et d'argon (1,6%). L'atmosphère terrestre, elle, est composée de diazote (78%), de dioxygène (20,95%) et d'argon (0,93%). Autant de différences que la terraformation est censée gommer pour que l'Homme puisse vivre sur Mars sans combinaison spécifique. Ici, la question de la subsistance n'est pas abordée, juste celle de la résidence. 

Pour Roland Lehoucq, astrophysicien et administrateur de l'Association française d'astronomie, la terraformation de Mars est possible étant donné tout ce qui a déjà été fait sur Terre. L'Homme a déjà modifié le visage de notre planète par « la déforestation, l'exploitation forcenée des combustibles fossiles, le détournement de fleuve ou creusement de canaux, l'assèchement de grands lacs ou de mers, l'émission de gaz à effet de serre, l'extension du trou de la couche d’ozone ». Comme cet expert en terraformation l'explique dans son livre "SF: la science mène l'enquête", aux éditions Le Pommier et dans l'article "La terraformation" du n°35 de la revue Bifrost , il suffit donc de « remplacer l'anarchie de notre activité actuelle en un accomplissement raisonné ». 


Quelles étapes?

Il faudrait beaucoup de transformations pour que l'Homme puisse vivre sur Mars comme sur Terre mais, pour Roland Lehoucq, épaissir l'atmosphère contribuerait déjà à un sensible accroissement du confort de vie sur Mars: « Cela fera un excellent bouclier contre les particules cosmiques et les rayonnements de haute énergie, et cela permettra de se promener à la surface sans scaphandre, avec un simple respirateur ». Mais comment épaissir l'atmosphère? Du gaz carbonique serait piégé dans la surface de cette planète. « Libérer ce gaz ferait augmenter la pression atmosphérique et la température et, là, le phénomène pourrait s'entretenir étant donné qu'augmenter la pression et la température augmentera la production de CO2 » explique Roland Lehoucq. Cependant, comme il le dit lui-même, « nous ne connaissons pas la quantité de gaz piégé sur Mars ». 

Il serait également intéressant d'augmenter la température d'une autre manière. Pour ce faire, l'hypothèse de placer des miroirs géants revient assez souvent dans les travaux de terraformation. « Idéalement ce miroir devrait mesurer 100 kilomètres de rayon. Il devrait être léger et habilement placé de sorte à éclairer la planète » explique Roland Lehoucq. Les scientifiques parlent également de recréer un effet de serre. 

Lorsque la température aura suffisamment augmenté pour devenir positive, l'eau disposerait de tous les éléments pour être présente sous forme liquide. Certains pensent que les sillons présents sur la planète Mars sont les traces d'écoulement antérieurs d'eau. Ainsi, les passionnés de terraformation rêvent de réintroduire l'eau sur la planète rouge afin de répondre aux besoins de l'Homme. Roland Lehoucq a une solution pour y parvenir : « S'il est impossible de recréer le cycle complet de l'eau sur Mars, il faudra se résoudre à l'importer en capturant un gigantesque bloc de glace dans les anneaux de Saturne pour le fracasser à la surface de Mars ». 

Après l'eau, il faudra réintroduire de l'oxygène en implantant des bactéries capables de vivre dans des conditions extrêmes. Ces bactéries pourraient ainsi transformer le dioxyde de carbone présent en masse en oxygène, ce qui permettrait à l'Homme de pouvoir se déplacer sur Mars sans respirateur.

Le processus de terraformation est donc extrêmement long, vaste et se compte en millénaires.


Est-ce pour demain?

Au-delà des préoccupations purement éthiques qui pousseraient l'Homme à se demander s'il a réellement le droit de modifier intentionnellement ce qui a été créé des milliards d'années avant lui, se pose bien évidemment la question de la réalisation pratique et du coût. 

Si la NASA s'intéresse réellement à ce processus, toutes les études n'en sont qu'au plan théorique voire hypothétique. Le montant des technologies qui permettraient d'épaissir l'atmosphère de Mars – qui est souvent vue comme la première étape à réaliser – comporterait sans doute un nombre incroyable de zéros. Récolter une telle somme d'argent s'avérerait donc extrêmement compliqué étant donné qu'il est impossible de garantir la réussite d'un tel chantier à 100%.

D'autant que, pour l'instant, la NASA consacre son budget à d'autres programmes dont les bénéfices sont bien plus importants à court terme. Sa priorité actuelle est d'ailleurs... d'envoyer des humains sur Mars dans les vingt prochaines années.