L’analyse ADN, le calvaire des criminels

Les criminels devront à l’avenir plus encore s’en méfier. Une cellule suffira à les pister.

Forensics. Scene of crime officers (SOCOs) marking out the boundaries of a crime scene. They are tying police tape to sticks, which are acting as boundary posts. A kit bag containing tools needed to collect evidence is on the left. The SOCOs are wearing protective clothing in the form of paper suits, overshoes and masks to prevent contamination of the crime scene. SOCOs provide scientific support to police forces. They establish what evidence is required from a crime scene and the best way to obtain it.
Forensics. Scene of crime officers (SOCOs) marking out the boundaries of a crime scene. They are tying police tape to sticks, which are acting as boundary posts. A kit bag containing tools needed to collect evidence is on the left. The SOCOs are wearing protective clothing in the form of paper suits, overshoes and masks to prevent contamination of the crime scene. SOCOs provide scientific support to police forces. They establish what evidence is required from a crime scene and the best way to obtain it. ©Reporters / SPL
Devillers Sophie

Le 17 avril 1991, Sarah, 6 ans, est retrouvée étranglée dans un bois à Voreppe (Isère, France). Ce 25 juillet 2013, un homme de 37 ans a été mis en examen pour assassinat dans cette affaire remontant à plus de 22 ans, après avoir été confondu par son ADN.

"C’est l’extraordinaire avancée de la science et de la biologie qui a permis de résoudre ces affaires", a déclaré Jean-Yves Coquillat, le procureur de Grenoble. "La science a progressé de façon considérable ces trois dernières années et le laboratoire de Bordeaux a pu analyser des scellés qui avaient été conservés dans d’excellentes conditions; En outre, on est maintenant capable d’analyser l’ADN à partir d’une seule cellule".

Le laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux est le seul en France à pouvoir extraire un profil génétique à partir d’une seule cellule, à partir de la microdissection laser.

Neuf laboratoires agréés en Belgique

"Nous avons tous l’un ou l’autre cas exceptionnel de profil génétique réalisé au départ d’une ou deux cellules, mais malheureusement cette technique n’est pas du tout une technique de routine, détaille Angelo Abati, médecin légiste à l’Institut médico-légal de l’ULg. Tous les labos développent en recherche et développement la micro-dissection laser, mais l’objectif d’ "une cellule - un profil génétique" dans 100 % des cas n’est pas encore atteint, et ce par personne dans le monde".

Il faut savoir que tout individu qui manipule un objet va déposer des cellules. Le but du jeu, en criminalistique, est de retrouver ces cellules, et sur base de celles-ci d’obtenir un profil génétique. Les améliorations techniques aujourd’hui vont dans deux directions : réduire le délai d’analyse et surtout, le nombre de cellules nécessaires.

Au départ, les légistes avaient besoin de taches de sang, de sperme, de salive, pour établir un profil génétique. A présent, les techniques d’extraction chimique de l’ADN à partir des prélèvements se sont améliorées, pour arriver à réduire le nombre de cellules nécessaires. "Aujourd’hui, on est déjà arrivé à avoir un profil génétique avec beaucoup moins de cellules, avec des "micro-traces". Et dans la grande majorité, ce qu’on nous demande d’analyser, ce sont justement des microtraces ou des traces de contact cutané, c’est-à-dire quelqu’un qui a touché quelque chose avec la main."

Quelques dizaines de cellules au moins sont cependant actuellement nécessaires pour obtenir un profil. Ce qu’on peut retirer de l’analyse ADN ? Pas un portrait-robot de la personne, avertit le Dr Abati. Même si certains y rêvent.

VisiGen, un collectif de chercheurs, s’est fixé pour mission de découvrir tous les gènes impliqués dans nos traits physiques visibles. Ces chercheurs viennent de développer une puce capable de définir, à partir d’un simple échantillon d’ADN, certains traits physiques, établissant un profil type. Et le labo de Bordeaux mène des études sur l’analyse de différents caractères morphologiques "apparents", qu’une analyse ADN peut aider à "prédire" : couleur des yeux, fossettes, oreilles décollées….

Son responsable plaide pour que la justice française utilise ce type d’analyse. "En terme de portrait-robot ADN, la route est encore longue et, outre les aspects techniques, il y a pas mal d’embûches éthiques qui ralentiront les avancées, estime Angelo Abati. Par exemple la détermination de l’origine ethnique de l’individu, ou encore, de certaines particularités physiques, sans même penser aux maladies éventuelles où le secret médical est alors bafoué ! En outre, problème majeur : les résultats sont toujours en termes de probabilités, donc sans certitude."

Actuellement, les médecins légistes ne peuvent de toute façon pas utiliser n’importe quoi dans l’ADN : "La loi belge prévoit que nous utilisions les séquences non codantes, c’est-à-dire qui ne comportent pas d’information génétique sur l’individu (NdlR : du type : présence de telles maladies ou traits physiques). On utilise donc le matériel non codant avec une très grande variabilité dans la population. On en obtient un code avec des chiffres, que l’on compare avec un autre profil génétique. Donc si l’on n’a pas un prélèvement de référence, cela ne sert à rien. D’où l’intérêt d’avoir des banques de données, comme celles qui existent à l’INCC (Institut national de criminalistique et de criminologie) et dans lesquelles on encode tous les profils déjà analysé s".

De manière générale, en matière d’analyse ADN, les techniques évoluent "très rapidement" mais ces banques de données constituent en quelque sorte un obstacle. "Pour que les analyses soient beaucoup plus rapides et beaucoup plus performantes, nous devrions changer de techniques et obtenir des résultats qui ne seraient plus comparables avec les résultats obtenus et encodés jusqu’à ce jour…"

Statistiquement, la confusion entre plusieurs personnes est impossible

Lorsqu’ils mènent des analyses ADN, les médecins légistes traitent deux types d’échantillons : les traces, soit les prélèvements réalisés par la police scientifique sur les lieux d’un crime/délit et susceptibles de permettre l’identification de l’auteur des faits (par exemple des objets saisis sur les lieux). Mais aussi les prélèvements sur les individus vivants (victimes ou suspects), via des frottis buccaux, qui fournissent des centaines de milliers voire des millions de cellules.

En justice, l’analyse ADN a actuellement pour but de disculper ou d’incriminer une personne. "Notre analyse des traces permet de dire, à partir des prélèvements et du profil génétique, si M. Tartempion est à l’origine ou pas du matériel génétique retrouvé par exemple sur une clenche de porte, note le Dr Abati (Ulg). Je ne dis pas autre chose. Je n’explique pas, moi, comment l’ADN est arrivé là. Les policiers poseront la question. On est un maillon dans l’enquête, on amène une expertise technique aux enquêteurs". Les résultats sont fiables. "Dans mon labo avec les kits que nous utilisons, les probabilités de concordance fortuite (qu’une deuxième personne ait le même profil génétique) sont plusieurs centaines de millions de fois supérieures à la population mondiale : donc statistiquement, c’est impossible qu’une deuxième personne ait le même profil, sauf si elle a un vrai jumeau. On va analyser 24 très petits fragments d’ADN (molécule support physique de l’information génétique) qui se trouvent sur des chromosomes différents. Ces fragments font entre 100 et 400 nucléotides (unité de base de l’ADN); nous en avons 3,2 milliards !

Ce travail demande du temps : la nouvelle loi ADN accorde 30 jours ouvrables pour réaliser les tests (c’est 90 actuellement), mais ils sont techniquement réalisables en moins de 5 jours.

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