Ne couvrez plus ce sein…

Ce mercredi 16 octobre a lieu le 3e “Bra Day”, ou “Breast Reconstruction Awareness Day”. Une journée de sensibilisation et d’information pour les femmes qui envisagent une reconstruction mammaire, suite à une ablation partielle ou totale d’un sein.

Laurence Dardenne
Ne couvrez plus ce sein…
©d.r.

Près de trois femmes sur quatre pouvant prétendre à une reconstruction mammaire suite à un cancer du sein ne seraient, d’après la Société américaine de chirurgie plastique, pas suffisamment informées des possibilités qui s’offrent aujourd’hui à elles pour cette intervention. Afin qu’elles puissent “ retrouver leur corps d’avant la mutilation ”...

C’est précisément pour leur permettre de s’informer correctement qu’une journée internationale a été instaurée le 16 octobre, baptisée BRA Day, pour Breast reconstruction awarness day.

Dans ce cadre, les chirurgiens plasticiens de la Société royale belge de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique (RBSPS) souhaitent expliquer leur rôle et leur responsabilité au sein de l’équipe multidisciplinaire qui aura à accompagner les femmes tout au long de leur “reconstruction”, tant physique que morale d’ailleurs, comme nous l’explique le Dr Gaëtan Willemart, spécialiste en chirurgie plastique, esthétique et reconstructrice et vice-président de la RBSPS.

Quel est le but d’une reconstruction mammaire ?

Restaurer l’intégrité physique et la féminité d’une patiente qui a été mutilée par l’ablation, partielle ou totale d’un sein. Il s’agit d’une reconstruction physique mais aussi certainement psychologique.

Quels sont les différents types de reconstruction mammaire possibles ?

Il existe deux grands types de reconstruction : par implants ou par tissus autologues, c’est-à-dire prélevés sur la patiente. Pour la première, on pose des prothèses tout à fait similaires à celles utilisées pour les augmentations mammaires à visée esthétique, même si les volumes sont un peu plus importants puisqu’il s’agit de reconstruire l’intégralité du sein. Pour les tissus autologues, qui sont donc vivants et prélevés chez la patiente, il existe plusieurs sites donneurs, le principal étant la peau et la graisse du ventre. Mais il est aussi possible de faire des prélèvements au niveau du dos, d’une fesse, d’une cuisse…

Quels sont les avantages et les inconvénients de chacune de ces techniques ?

Le gros avantage d’une reconstruction par implants est que l’intervention s’avère plus simple, le temps opératoire est plus court ainsi que, vraisemblablement, la durée d’hospitalisation. Le plus souvent, il n’y a pas de cicatrice supplémentaire. Quant aux inconvénients, il y a la présence d’un corps étranger qui devra être changé 10 ou 15 ans plus tard. Les meilleurs résultats sont obtenus lorsqu’il s’agit d’une intervention immédiate, où l’on reconstruit le volume manquant en le remplaçant par une prothèse. Autre inconvénient de l’implant, le sein sera toujours plus rigide, plus froid, et insensible aux variations de poids. En ce qui concerne la reconstruction par tissus autologues, le sein est beaucoup plus vivant, il est vascularisé, plus chaud, plus souple et donc plus proche d’un vrai sein pour l’aspect affectif, même si un sein reconstruit reste insensible. En outre, une fois la reconstruction faite, elle est définitive. Quant aux inconvénients, il s’agit d’une intervention techniquement plus demandeuse, tant pour l’équipe chirurgicale que pour la patiente, plus longue aussi. De même que l’hospitalisation, de l’ordre de 5 ou 6 jours, en principe. Enfin, il y aura toujours une cicatrice supplémentaire à l’endroit où a été prélevé le tissu vivant.

Comment choisir, pour autant que l’on ait le choix, entre l’une ou l’autre ?

Pour les patientes qui ont le choix entre l’une ou l’autre technique, c’est à elles de peser le pour et le contre. Et à nous, médecins, de les guider. Certaines patientes n’ont cependant plus vraiment le choix. S’il y a eu une mastectomie avec, comme conséquence, un manque de peau au niveau de la région pectorale, et si cette peau a de surcroît été irradiée par la radiothérapie, elle n’est plus suffisamment élastique. L’opération avec implants peut s’avérer compliquée, si ce n’est pour des petits volumes. Dans ce cas de figure, on privilégiera plutôt une reconstruction par tissus autologues. Autre exemple, des opérations antérieures ou une physionomie individuelle pourraient compliquer un certain type de reconstruction par tissus vivants.

Existe-t-il un “meilleur moment” pour effectuer cette intervention ?

La reconstruction immédiate se fait au moment où l’on retire le sein. Les meilleures indications sont la mastectomie prophylactique où il n’y a pas encore de tumeur, pratiquée chez des patientes à très hauts risques de développer un cancer du sein. Ou alors des carcinomes in situ, c’est-à-dire qui en sont encore à un stade débutant et qui, a priori, ne devraient pas nécessiter de traitement complémentaire de type radiothérapie ou chimiothérapie après l’intervention. Tous les carcinomes in situ ne sont cependant pas candidats à une reconstruction immédiate. Ce n’est vrai que pour des lésions étendues ou multiples. Pour un petit carcinome in situ localisé ou même plus gros dans un sein volumineux, on va pouvoir faire une chirurgie conservatrice qui consistera à enlever la zone de la tumeur et remodeler le sein. À l’opposé, pour une patiente qui présente un cancer avancé, avec présence de ganglions touchés dans le creux axillaire, qui aurait déjà eu une chimiothérapie avant le traitement chirurgical pour faire fondre la tumeur et les ganglions, il n’est pas indiqué de proposer une reconstruction immédiate. Il faut donner priorité au traitement oncologique pour guérir la maladie. Et éventuellement envisager une reconstruction différée.

Quel message aimeriez-vous adresser aux femmes qui envisagent une reconstruction mammaire ?

Au moment de l'annonce d'un tel diagnostic, il arrive parfois que l'idée d'une reconstruction mammaire passe au second plan chez l'équipe soignante.Cette information ne paraît pas être une priorité. Donc, le message important est qu'il faut tendre une perche et dire que cette reconstruction mammaire existe; que ce n'est pas forcément une reconstruction immédiate, loin s'en faut, mais que cette solution sera proposée ultérieurement aux patients qui le souhaitent. Cette perspective fait partie du processus de guérison. Toute cette information pourra précisément être glanée au BRA Day, ce mercredi et dans les jours qui suivent, dans les 33 hôpitaux et cliniques du sein qui participent à cette initiative cette année. 

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