Bientôt un premier cœur artificiel en Belgique ?

Outre la France, quatre centres dans le monde ont été sélectionnés pour participer à ces essais d’implantation du cœur Carmat, qui devraient inclure 25 patients pour ce premier essai.

Entretien Laurence Dardenne
Bientôt un premier cœur artificiel en Belgique ?
©AFP

Outre la France, quatre centres dans le monde ont été sélectionnés pour participer à ces essais d’implantation du cœur Carmat, qui devraient inclure 25 patients pour ce premier essai. En l’occurrence, la Slovénie, la Pologne, l’Arabie saoudite et… la Belgique. Pour avoir travaillé avec le Pr Alain Carpentier, le Dr Dider de Cannière, chirurgien cardiaque au CHU Saint-Pierre, participera donc à "cette aventure", comme nous l’a expliqué le Pr Nathan Clumeck, directeur du CHU St-Pierre.

Pour vous, c’est une "aventure" ?

Oui, car on se lance dans quelque chose qui reste encore expérimental. Il est évident que tout le monde attend avec beaucoup d’intérêt et d’attention la manière dont le premier patient va évoluer. Le fait que le cœur a été implanté, que le patient est sorti de la salle d’op’ constitue la première étape. Mais il y a une survie à un mois qui est essentielle, puis celle à un an et, enfin, sur le plus long terme. Cela dit, si, après un mois, le cœur fonctionne bien, qu’il n’y a pas de problème mécanique, électronique ou physiologique, on peut se dire qu’il n’y a, a priori, pas de raison qu’il y ait de souci à long terme, étant entendu que le problème de la majorité des greffes cardiaques reste le rejet. Or, il s’agit d’un cœur biocompatible qui devrait en principe écarter ce risque de rejet.

Certains patients sont-ils déjà programmés au CHU St-Pierre ?

Non, à l’heure actuelle, il n’y a pas encore d’intervention programmée, même si nous restons évidemment vigilants et en "stand by". Ceci dit, nous disposons bien sûr d’une "short list" de patients. Pour qu’un cas se déroule en Belgique, il faut savoir que nous travaillons en collaboration avec l’hôpital Erasme qui a demandé une autorisation au niveau du Comité d’éthique national, lequel a émis quelques questions que nous sommes occupés à traiter. Mais je ne vois pas d’opposition éthique majeure à pratiquer ce genre d’intervention. Je pense qu’il est essentiel que le patient soit extrêmement bien informé que c’est expérimental, qu’il n’y a encore aucune expérience. Le patient doit évidemment donner son consentement éclairé; il n’est pas question de prendre un patient confus. Je pense que les conditions éthiques sont très rigoureuses et rencontrées. Dès que nous aurons le feu vert du Comité national, nous pourrons réaliser le premier cas en Belgique.

Qui sera candidat à ce type d’opération ?

Seront candidats des patients qui sont vraiment "en bout de course" et pour lesquels cette option s’avère vitale. Il s’agit de personnes figurant sur des listes d’attente de greffe cardiaque, et qui, si la greffe n’intervient pas dans un intervalle raisonnable, risquent une issue fatale.

Cette opération reste "expérimentale", mais vous n’aimez cependant pas que l’on parle d’expérimentation ?

Non, parce que cela suggère que l’on utilise les gens comme des cobayes, ce qui n’est pas le cas. Nous offrons aux patients une alternative à un moment où il n’y a plus grand-chose d’autre à leur proposer. C’est une chance supplémentaire.

Mais cela reste dans le cadre d’une étude ?

Oui, ce qui signifie que la technique n’est pas en routine, qu’il y a des conditions très rigoureuses d’encadrement, qu’il n’y a pas d’intérêt financier. Il est très important d’expliquer au grand public que lorsque l’on fait des études, on ne le fait pas pour un intérêt uniquement scientifique mais bien dans l’intérêt du patient.

Ce cœur est la solution d’avenir ?

Je pense que les grandes voies en médecine aujourd’hui sont, d’une part, les cellules souches et le génie génétique et, d’autre part, l’homme bionique. Peut-être arriverons-nous un jour à créer un cœur à partir de cellules souches et peut-être cette technique sera-t-elle beaucoup plus avancée dans dix ans que la technique électronique, avec des pompes et des piles.

Selon vous, le cœur artificiel Camrat est-il davantage un exploit technologique qu’une prouesse médicale ?

Non, ce sont les deux. Il ne faut pas négliger la prouesse médicale. On place quand même un appareil de 900 g dans le thorax qui doit rester en place, sans blesser les organes.

Quels sont les "plus" de ce cœur artificiel ?

D’abord, le fait qu’il est le plus proche possible de la physiologie puisque c’est un cœur à deux ventricules. Un autre "plus" est qu’il est adaptable à l’effort, ce qui signifie que lorsque le patient marche, voire court, le débit cardiaque suit. En outre, par rapport aux greffes, cela nous dégage de toute la problématique du greffon et du donneur. Ce sont les trois avantages majeurs, selon moi, si l’on arrive à étendre la technique et si la technologie répond à tous les espoirs. Cela dit, il reste le coût.

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