Bien qu’à la baisse, le taux d’infections par le VIH reste élevé en Belgique

En 2013, 1 115 nouveaux cas d’infections par le VIH ont été diagnostiqués dans notre pays, soit une baisse de 9 % par rapport à 2012. L’épidémie de VIH concerne, chez nous, essentiellement des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et la population originaire d’Afrique. Quelques faits marquants parmi d’autres, issus du rapport VIH/Sida 2013, communiqué vendredi par l’Institut scientifique de santé publique.

Laurence Dardenne
Bien qu’à la baisse, le taux d’infections par le VIH reste élevé en Belgique
©Photo News

Rarement, depuis le début de l’épidémie de sida, on avait vu, en Belgique, une diminution de cet ordre. En 2013, le nombre de diagnostics par VIH a diminué de 9 % par rapport à 2012, a fait savoir, vendredi, André Sasse, de l’Institut scientifique de santé publique (ISP), lors de la présentation du rapport VIH/sida 2013. Tempérant l’enthousiasme qui pourrait se dégager d’un tel constat, l’épidémiologiste a avancé quelque explication à cette"diminution statistiquement significative".

Cette baisse s’explique en effet essentiellement par une diminution du nombre de diagnostics VIH parmi la population provenant d’Afrique subsaharienne. Selon l’ISP, cette réduction pourrait à son tour s’expliquer par une diminution du nombre de migrants atteints du VIH en Belgique ou par un recul des tests diagnostics dans cette population. Quoi qu’il en soit, les 230 nouveaux diagnostics établis au sein de cette communauté en 2013 représentent en effet une baisse de 24 % par rapport à 2012, alors que dans la population belge, le recul n’est que de 6 % et en progression de 4 % par rapport à 2011 !

Toujours dans le rouge

Qualifiant pour sa part la baisse de "légère", Thierry Martin de la Plate-forme prévention sida souligne que "les chiffres restent dans le rouge" et qu’il s’agit de"maintenir l’action contre le VIH et les IST comme prioritaires". L’utilisation du préservatif reste insuffisante, a-t-il encore rappelé, indiquant qu’un jeune sur deux déclare ne pas avoir utilisé de préservatif lors de sa dernière relation sexuelle. Pour lui, si les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et la population migrante originaire principalement d’Afrique subsaharienne sont deux publics prioritaires, dans la mesure où ils représentent les groupes les plus importants au niveau des nouvelles contaminations, il ne faudrait pas pour autant négliger les jeunes et les injecteurs de drogues, notamment.

Reste que, avec en moyenne 3,1 nouvelles infections par jour, la Belgique a l’un des plus hauts taux de nouveaux diagnostics.

Tous coupables

A qui la faute ? "Nous avons honte !" a réagi Ex Aequo, ASBL de promotion de la santé et de prévention du VIH/sida et des autres IST auprès des HSH. "Nous sommes tous coupables; que ce soient les responsables politiques en charge de la santé, une partie du corps médical qui reste encore trop frileuse et corporatiste sur les avancées biomédicales et le lien avec les acteurs de terrain, les acteurs de prévention qui, pour certains, ont du mal à renouveler leurs messages et leurs outils."

Un an après le lancement du Plan national VIH/sida, la Plateforme prévention sida regrettait l’absence de plan de dépistage. "Une lacune et une priorité pour les années à venir", selon Thierry Martin, estimant qu’il faut à tout prix améliorer l’accès aux strcuctures de dépistage, seules trois étant à ce jour reconnues en Belgique. "Il faut renforcer l’offre de dépistage, notamment les tests anonymes et gratuits. Pour ce faire, il faut impliquer les médecins généralistes et spécialistes, et les inviter à proposer de manière plus systématique le recours à un test de dépistage. Délocaliser le dépistage, hors d’une structure médicale, et le démédicaliser, en le rendant praticable par du personnel non médical formé, sont également essentiels."

Bien qu’à la baisse, le taux d’infections par le VIH reste élevé en Belgique
©IPM


Pour la première fois, à Anvers, un sondage ciblé sur les migrants originaires d’Afrique

"Together" est le nom du projet, soutenu par le Fonds pour la recherche scientifique contre le sida et géré par la Fondation Roi Baudoin. L’idée de cette étude menée par l’Institut de médecine tropicale d’Anvers (IMT), en collaboration avec les communautés africaines, consistait à mieux cerner la situation sur le plan du VIH au sein des migrants originaires d’Afrique subsaharienne (SAM). Pour ce faire, en collaboration avec les "chercheurs communautaires" (enquêteurs volontaires issus de la communauté), l’IMT a enquêté dans 51 églises, cafés, fêtes, salons de coiffure, magasins africains et autres lieux publics de la ville d’Anvers. C’est ainsi que 744 Africains ont bien voulu répondre au questionnaire et ont accepté de donner un échantillon de leur salive pour une analyse VIH en laboratoire.

Résultats : 4,6 % des SAM sont séropositifs et la moitié d’entre eux ignoraient qu’ils vivaient avec le VIH. L’étude a par ailleurs montré que près des trois quarts (71 %) des participants avaient cependant déjà réalisé un test de dépistage dans leur vie et 40 % au cours de l’année précédente. Mais les personnes qui font le test sont souvent celles qui présentent le moins de comportements à risque.

Peu de dépistage par peur d’être stigmatisé

"Les Africains ne se font pas souvent dépister car ils ont peur d’être stigmatisés s’ils apprennent qu’ils sont séropositifs, explique un "chercheur communautaire". Révéler ma séropositivité m’a demandé beaucoup de courage."

Selon la socio-anthropologue Jasna Loos, qui a coordonné le projet "Together", "les Africains ont généralement des partenaires au sein de leur propre communauté. Ce qui les expose plus à l’infection, vu que ces partenaires viennent d’Afrique, là où l’épidémie est très élevée. Plus il y a de personnes séropositives au sein d’une communauté donnée, plus la probabilité d’y être infectée est forcément élevée".