"Des mini-robots dans les veines pour tuer les cellules du cancer": les futurs usages du prix Nobel

Pour Bernard Feringa, lauréat du prix Nobel de chimie, ses "machines moléculaires" pourraient être utilisées à l'avenir en matière médicale. Exemple : transporter avec des nano-machines des médicaments au bon endroit dans le corps.

Sophie Devillers
"Des mini-robots dans les veines pour tuer les cellules du cancer": les futurs usages du prix Nobel
©Nanotechnology 4 Today

Pour Bernard Feringa, lauréat du prix Nobel de chimie, ses "machines moléculaires" pourraient être utilisées à l'avenir en matière médicale. Exemple : transporter avec des nano-machines des médicaments au bon endroit dans le corps.


"Les plus petites machines du monde, mille fois plus petites qu'un cheveu". C'est l'invention des lauréats du prix Nobel de chimie, remis ce midi à Stockholm. Leurs "machines moléculaires" qui leur a valu ce prix prestigieux sont faites "d'un petit élévateur, de muscles artificiels, et d'un minuscule moteur". L'un des trois lauréats, le Français Jean-Pierre Sauvage définit ces machines moléculaires comme "un assemblage moléculaire capable de se mettre en mouvement de manière contrôlée en réponse à divers signaux: lumière, changement de température, etc."
Ces minuscules machines bougent donc selon la volonté du scientifique, selon qu'il leur "injecte" de l'énergie ou pas. Ces "nano-machines", contrôlables par l'homme, sont encore expérimentales. De ce fait, "le moteur moléculaire en est au même stade que le moteur électrique dans les années 1830, lorsque des chercheurs présentaient différentes bielles et roues tournantes sans se douter qu'ils aboutiraient à des trains électriques, des machines à laver, des ventilateurs ou des appareils de cuisine", note l'Académie.

Des transporteurs au sein du corps

Mais on peut déjà penser à des applications, à des usages concrets ; les machines moléculaires pourraient être utilisées pour développer des nouveaux matériaux, des capteurs ou pour stocker l'énergie. Mais aussi en matière médicale, comme le pense un autre lauréat, le Néerlandais Bernard Feringa.
Pour Feringa, ses machines moléculaires pourraient aussi être utilisées comme transporteurs de médicaments dans le corps, aux endroits précis visés par ces traitements. "Nous en sommes au début, bien sûr (de cette découverte) mais avec les machines moléculaires, nous sommes capable de contrôler un mouvement, nous avons un moteur, donc on peut penser à toutes une série de fonctions pour ces machines. On pense en effet à des transporteurs, semblables à ces nombreusesmachines et ces nombreux moteurs, qui dans notre corps, rendent possible la division des cellules, le fonctionnement des muscles,le transport au sein des cellules... Mais on peut aussi voir beaucoup plus large : pensez à des nanomachines, des micro-robots... Imaginez un docteur, qui dans le futur, injecterait un micro robot dans les veines d'un patient pour aller tuer une cellule cancéreuse ou apporter un médicament au bon endroit. Mais on peut aussi penser à des matériaux intelligents, des matériaux qui changent, s'adaptent en fonction d'un signal extérieur, un peu comme nos fonctions corporelles. Ce sont toutes sortes d'exemples d'utilisation auxquels on peut songer", énumère-t-il.



Une promesse, pas une menace

Pour le comité Nobel, de telles applications potentielles sont fascinantes. Malgré les effrayantes histoires de science-fiction autour des nano-technologies et des nano-robots qui s'autorépliquent, Sara Snogerup Linse, du comité Nobel de chimie, ne craint pas ces nano-machines moléculaires. "Pour l'humanité, elles sont surtout une grande promesse, pas une menace, assure la scientifique.
Ces machines moléculaires ne sont pas vivantes, elles n'ont pas la propriété de s'autorépliquer. Elles ne peuvent vraiment pas "prendre le contrôle" ; elles sont totalement contrôlées par le besoin en énergie. Si vous ne voulez pas qu'elles fassent quelque chose, vous stoppez l'ajout d'énergie, et elles arrêteront de fonctionner." Pour la chimiste, la médecine est effectivement une perspective de développement pour les machines moléculaires. La scientifique du comité Nobel évoque ainsi des antiobiotiques qu'on l'on pourrait "activer" au bon moment de l'extérieur du corps.