Les dix techniques de lobbying les plus couramment utilisées par l’industrie du tabac

Le Belge Luk Joossens est l'un des principaux experts mondiaux dans la lutte contre la contrebande du tabac. Il nous a livré les 10 techniques de lobbying les plus couramment utilisées par l'industrie du tabac.

Laurence Dardenne
Les dix techniques de lobbying les plus couramment utilisées par l’industrie du tabac
©HBO - Scène de la série "Mad Men"

Le Belge Luk Joossens est l'un des principaux experts mondiaux dans la lutte contre la contrebande du tabac. Il nous a livré les 10 techniques de lobbying les plus couramment utilisées par l'industrie du tabac.

1. Payer des scientifiques pour semer le doute et la confusion.

Une tactique courante pour minimiser les dangers du tabagisme passif. Simplifiez et n’hésitez pas à exagérer, par exemple : "Manger des biscuits est plus dangereux que le tabagisme passif".

2. Mobiliser des particuliers pour mettre la pression sur les politiciens avec des campagnes ciblées.

Des lettres enflammées d’un tenancier de café, d’un libraire ou d’un hôtelier de Spa peuvent faire des miracles. Probablement la technique la plus efficace. Les politiciens doivent être à l’écoute de la population, même lorsque l’industrie du tabac ou ses alliés ont tout orchestré…

3. Embrigader des tiers pour faire du lobbying en faveur de l’industrie du tabac.

L’industrie du tabac n’a pas bonne réputation. Il est recommandé de faire réaliser le travail de lobby par des organisations respectées (groupements d’employeurs, Horeca, publicitaires, libraires) que les politiciens ne peuvent pas ignorer. Le secteur de l’Horeca, Unizo et le Syndicat Neutre pour Indépendants sont particulièrement mis à contribution.

4. Introduire un grand nombre de lobbyistes, à tous les niveaux décisionnels, afin de bloquer, amender ou reporter les décisions.

Ces nombreux lobbyistes contacteront le plus de politiciens possible dans le but d’affaiblir la législation. Un incontournable dans le contexte compliqué de la réglementation européenne, avec ses 28 Etats membres et des 751 parlementaires européens ! Et de toute façon, les adversaires de l’industrie du tabac n’ont pas les moyens d’en faire autant…

5. Engager des avocats pour faire annuler des lois par un tribunal ou réclamer des dommages et intérêts.

Une technique de plus en plus "populaire", par exemple lors des plaintes introduites contre les paquets de cigarettes neutres. Pas moins de 45 avocats de l’industrie du tabac étaient mobilisés à la Cour suprême du Royaume-Uni afin de plaider contre l’introduction des paquets neutres. Difficile pour les avocats indépendants de se faire entendre…

6. Publier des rapports alarmistes, de préférence juste avant un vote important.

Une technique qui largement utilisée pour contrer l’interdiction de fumer dans l’Horeca. Par exemple : "Une interdiction de fumer entraîne des fermetures en chaîne". Rien d’original, mais cela peut faire des dégâts.

7. Exagérer l’impact économique du secteur (chiffre d’affaires, emploi, bénéfices)

Toujours utile dans vos contacts avec le ministre du budget, des finances ou de l’industrie. Un classique des discussions sur Francorchamps. Même la Cour d’Arbitrage n’y a vu que du feu.

8. Faire en sorte de nuire à la crédibilité et au financement de vos adversaires.

Ne négligez jamais vos adversaires, même s’ils ont des moyens financiers très limités. Il est recommandé de faire reconnaître les organisations les moins efficaces, voire même de les encourager.

9. Proposer des alternatives qui sonnent bien, mais qui sont peu efficaces.

La plupart des politiciens sont partisans des campagnes de prévention et d’une interdiction de la vente aux mineurs. Cela fait plaisir à tout le monde, sans faire trop de dégâts… L’industrie sait être proactive et proposer volontairement des solutions indolores, comme la mise en place d’une Fondation avec un nom qui sonne bien, Rodin par exemple.

10. Miser sur le libre-échange, la sacro-sainte liberté d'expression, et s’opposer à tout excès de réglementation et de paternalisme.

Tout est dit : il n’y a rien à ajouter.