Elle danse sa thèse de biologie (VIDEO)

Une jeune médecin, chercheuse à l'ULB, mais aussi danseuse, a été sélectionnée en tant que finaliste d'un concours international organisé par la très sérieuse revue Science. Le concept: expliquer sa thèse de doctorat en dansant!

Laurence Dardenne

Retrouvez ci-dessous l'explication scientifique de la chorégraphie, séquence par séquence, d'Emmanuelle Alaluf.

"Dance your PhD" ou "Danse ton doctorat" : c'est l'idée géniale d'un concours qu'a lancé la très sérieuse revue scientifique Science. Inviter les doctorants en chimie, biologie, physique et sciences sociales à expliquer ou exprimer leur projet de recherche dans un spectacle de danse, plutôt que dans d'austères exposés power point et posters à l'appui. Aussi simple - façon de parler - que ça.

Danseuse depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvienne, diplômée en médecine et en cours de spécialisation en néphrologie ("ce sont les reins", nous précise-t-elle), Emmanuelle Alaluf a tenté sa chance à ce concours international. Et la voilà finaliste, dans la catégorie biologie.

Aujourd'hui en deuxième année de recherche, cette jeune scientifique de 29 ans, a sollicité et obtenu une bourse de recherche au Fonds Erasme, qui lui a permis de mener ses travaux. Le sujet du projet de recherche qu'elle mène à l'Institut d'immunologie médicale de l'ULB n'est autre que "l'implication de l'hème oxygénase-1 (HO-1) myéloïde dans l'échappement à la réponse antitumorale", nous dit-elle. Mais encore? "En fait, j'étudie l'impact qu'a l'enzyme hème oxygénase-1 se trouvant au niveau des cellules MDSC (NdlR: cellules immunitaires, d'origine myéloïde) sur les cellules du cancer. On voit qu'en bloquant cette enzyme dans ces cellules immunitaires, on favorise énormément la réponse du système immunitaire contre le cancer, à tel point que le cancer finalement régresse (dans un modèle tumoral de souris). C'est ce qu'on voit sur le graphique montré à la fin de ma vidéo", où les cellules tumorales sont représentées en noir et le système immunitaire en blanc.

Vulgariser son projet de recherche par le langage universel de la danse

C'est que, chaque morceau (ou plutôt extrait) musical de ces 9 minutes de vidéo a été choisi avec soin. "Quand j'ai vu cet appel lancé par la revue Science, j'ai tout de suite voulu participer, s'enthousiasme la jeune femme, qui a imaginé toutes les mises en scène et les chorégraphies. Mon souhait était de faire passer quelques messages simples, car je pense qu'il est super important de pouvoir vulgariser ses projets de recherche. Le fait de passer par la danse, qui est un langage tellement universel, me paraissait être une idée hyper intéressante."

Pour réaliser ce spectacle de danse, qui rassemble 25 danseurs et chercheurs, "j'ai demandé à quelques danseurs et danseuses de mon cours de danse, afin de présenter quelque chose de correct au niveau technique, parce qu'il y a dans le jury des artistes qui vont juger l'aspect artistique. Tout comme il y a des scientifiques qui vont évaluer la pertinence scientifique du projet. J'ai donc également demandé à des collègues du laboratoire où je travaille s'ils voulaient participer. Je trouvais chouette, l'idée de faire un spectacle où l'on mélange des danseurs et des chercheurs. J'ai aussi voulu varier les styles de danse. La créativité et l'originalité sont également des critères qui seront évalués par d'autres membres du jury, spécialisés en communication".

Votez pour Emmanuelle!

Finaliste dans sa catégorie, Emmanuelle Alaluf doit à présent affronter les deux autres concurrents, des Universités de Glasgow et d'Oxford, qui seront départagés par le vote du public. Si vous souhaitez lui accorder votre vote de soutien, n'hésitez pas. C'est ouvert à tous, jusqu’au 21 octobre. Tournée et montée par Mathieu Léonard de la cellule "Communiquez votre recherche" de l'ULB, la vidéo d’Emmanuelle Alaluf est la première de la page, il suffit de cliquer sur l'onglet 'v' pour valider votre vote.

Voici les morceaux de musique qu'a choisis Emmanuelle Alaluf et l'explication scientifique de la chorégraphie :

- "Love dream", de Franz Liszt : "Ce morceau accompagne le moment où l'on me voit avec mon promoteur de thèse Alain Le Moine (qui est le chef du service de néphrologie de l'hôpital Erasme) et mon superviseur au laboratoire de recherche. Il y a en effet au fil du temps (je commence ma 2ème année de recherche ce mois-ci) une sorte de lien très fort qui se crée entre moi et eux qui me suivent et m'encadrent dans mon projet. Il y a également presque une histoire d'amour obsédante qui se crée entre nous et nos idées de recherche et nos tortures d'esprit pour trouver un moyen d'éradiquer le cancer. La scène représente le moment où l'on discute du projet ensemble, ce qui a lieu bien sûr très régulièrement au laboratoire et à l'hôpital."

- "La danse macabre", de Saint Saens : "Cette chorégraphie représente les cellules tumorales qui prolifèrent au détriment des cellules saines, ingérant tous les nutriments du sang (symbolisé par le drap rouge) essentiel à leur survie et la prolifération dans le corps. C'est macabre car c'est la base de la prise du cancer dans l'organisme, qui conduit malheureusement encore à tant de décès dans le monde..."

- "La symphonie pastorale", de Beethoven : "Une danse classique et merveilleuse sur une musique classique pour revenir aux sources, nos défenses immunitaires naturelles, puisque l'on me voit en "T cell" c'est-à-dire en lymphocyte T, une cellule spécialisée du système immunitaire qui tue les cellules anormales de notre corps. Je virevolte sur la scène comme ce "T cell" patrouille en réalité dans l'organisme, pour surveiller ce qui se passe en s'infiltrant partout dans le corps".

- "Valse n°2", de Shostakovich : "Les cellules "MDSC" sont des cellules qui aident le cancer à échapper aux défenses du système immunitaire et à cause d'elles, le cancer survit et grandit ! Elles sont représentées ici par des danseurs qui valsent autour du cancer, se moquant complètement des T cell qui essayent d'attaquer le cancer. Les MDSC sont méchantes et donc représentées en noir au même titre que le cancer puisqu'elles le protègent".

- "Can Can", d'Offenbach : "Des vaccinations thérapeutiques contre le cancer sont à l'essai en phase expérimentale à l'heure actuelle, et cela ne fonctionne pas bien pour l'instant pour éradiquer le cancer. Ceci est représenté par le ballon noir où il est écrit "tumor antigen" qui symbolise le vaccin (un antigène simulant une cellule cancéreuse + un adjuvant). Ce ballon est lancé aux T cells qui s'excitent dans tous les sens, représentant la stimulation du système immunitaire après l'injection vaccinale. A la fin de la scène, on voit que les MDSC et les cellules du cancer sont heureuses et toujours là, survivant au système immunitaire et persistant dans notre corps, en chassant les cellules du système immunitaire (qui sont en blanc)".

- "Mon promoteur de thèse, mon superviseur et moi-même, avons une idée géniale : bloquer l'enzyme hème oxygénase-1 dans les MDSC et observer la croissance tumorale dans ces conditions (chez la souris)".

- "Le sacre du printemps", de Stravinsky : "Les MDSC sont alors affaiblies et ne peuvent plus protéger le cancer ! Elles s'effondrent ! Une bataille acharnée se fait alors entre les T cells du système immunitaire et le cancer, et on voit finalement que les cellules du cancer meurent de manière spécifique (ce qui est un avantage particulier de l'immunothérapie par rapport à la chimiothérapie, par exemple). On sent bien un stress permanent et une lutte dans la musique de Stravinsky (musique de fantasia)".

- "William Tell Overture", deRossini : "J'ai choisi une musique flamboyante et triomphante pour un final où l'on voit que moi (T cell, système immunitaire), j'encercle finalement la tumeur et que celle-ci se dissout petit-à- petit".

- "Enfin, on voit le lien avec le graph scientifique bien concret que nous devrions publier bientôt dans la littérature scientifique, ou l'on voit la différence de croissance tumorale dans les groupes de souris traitées et non traitées".


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