Et si l'exploitation minière des astéroïdes était pour bientôt ?

jessica flament
Et si l'exploitation minière des astéroïdes était pour bientôt ?
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L’espace compte une multitude d’objets célestes aussi fascinants que mystérieux. Parmi eux se trouvent les astéroïdes : des résidus rocheux de planètes non formées, qui se situent principalement entre Mars et Jupiter. Il en existe des milliards aux tailles, formes et compositions différentes. Certains, nommés géocroiseurs, gravitent près de la Terre et peuvent de temps à autre croiser son orbite. Ce sont ces "proches" voisins de la Terre qui intéressent particulièrement les scientifiques. Ils peuvent en effet être constitués de matériaux précieux ou de ressources utiles aux missions spatiales. Bref, ils pourraient rapporter des milliards de dollars !

Des entreprises comme Planetary Resources (financée par Larry Page, le cofondateur de Google ; Eric Schmidt, un ex-PDG de Google, et le réalisateur James Cameron) et Deep Space Industries cherchent donc un moyen d'exploiter ces richesses inestimables. Pour l’instant le projet est théorique, mais elles espèrent qu’un jour leur rêve deviendra réalité. Toutefois, le chemin sera long… très long.

Pourquoi se tourner vers l'espace ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette envie d'aller puiser dans les réserves spatiales.

D'une part, certains astéroïdes renferment des quantités impressionnantes de métaux qui, sur Terre, sont rares et précieux. L’astéroïde 2011 UW-158 qui a "frôlé" la Terre en 2015 pourrait par exemple contenir 90 millions de tonne de platine, soit l'équivalent 5.000 milliards d’euros.

D'autre part, exploiter les astéroïdes pourrait faciliter la conquête spatiale. Des astéroïdes riches en eau pourraient ainsi servir de carburant pour fusées (voir ci-dessous). Ils se transformeraient donc en des espèces de "stations-service spatiales" capables de ravitailler les capsules et navettes pour les emmener plus loin à moindre coût.

Comment débusquer les astéroïdes intéressants ?

Avant même d’envisager une exploitation minière spatiale, encore faut-il trouver des astéroïdes à la fois proches de la Terre et composés de gisements intéressants... ce qui n'est pas une mince affaire ! Pour y arriver, il faut en effet analyser chaque astéroïde à l’aide de petits satellites ou sondes développés expressément pour l’occasion. Des satellites qui doivent en plus traverser un espace rempli de radiations. Mais tout cela ne décourage pas les entreprises...

Deep Space Industries compte lancer son Prospector 1 en 2020, après avoir précédemment testé toutes les technologies en orbite basse. Ce petit vaisseau spatial de 50 kg, conçu en partenariat avec le gouvernement luxembourgeois, aura pour mission d’aller à la rencontre d’un astéroïde et d’en analyser la composition, le tout à très bas coût.

"L’astéroïde de destination sera choisi parmi un groupe de candidats sélectionnés par Deep Space Industries. Lorsqu’il arrivera à destination, Prospector 1 cartographiera la surface et la sous-surface de l’astéroïde en prenant des images infrarouges pour évaluer la teneur en eau jusqu’à une profondeur d’un mètre. Prospector 1 utilisera ensuite ses propulseurs à eau (qui expulsent de la vapeur d’eau surchauffée pour générer une poussée) afin de se poser sur l’astéroïde et en compléter l’étude", peut-on lire sur leur site internet.

Comme sa concurrente, l’entreprise Planetary Resources cherche réduire les coûts. Son secret à elle : construire des sondes de très petite taille. Pour prospecter les astéroïdes, Planetary Resources compte donc utiliser de puissants capteurs à l’intérieur de son nanosatellite Arkyd. Ils auront la capacité de voir ce que d’autres satellites ne peuvent pas voir.

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A terme, la forme la plus développée de l’Arkyd pourrait se rendre à proximité d’un astéroïde pour en analyser la composition.

Comment exploiter ces gisements après les avoir découverts ?

Théoriquement, deux modèles sont envisageables : soit ramener l'astéroïde près de la Terre, soit l'exploiter directement sur place. C'est cette deuxième idée qu'ont choisie les deux sociétés.

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La première cible de Deep Space Industries sera à coup sûr un astéroïde contenant de l’eau. Une fois identifié, l’astéroïde recevra la visite d'objets robotisés qui commenceront à récolter le liquide.

Mais pourquoi chercher de l'eau dans l'espace? Tout simplement parce qu'il s'agit d'un liquide précieux qui a plusieurs utilités : il peut servir de propulseur (en expulsant de la vapeur d'eau surchauffée) et de carburant s'il est séparé en hydrogène liquide et oxygène. L'or bleu pourrait donc se transformer en or noir.

Planetary Resources compte elle aussi tenter d'extraire de l’eau pour être indépendante en carburant spatial. "Cela créera l’équivalent des routes commerciales, dans l’espace", explique la compagnie.

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La société souhaite réaliser cette prouesse sans même se poser sur l'astéroïde mais simplement en utilisant la technique de l'enrobage. Autrement dit, l'astéroïde sera fait prisonnier à l'intérieur d'une structure. L'énergie solaire mise à disposition gratuitement sera employée pour chauffer l’ensemble ainsi créé et "faire sortir" l'eau . Une fois que suffisamment d'eau aura été collectée, l'astéroïde sera relâché et le liquide restera à l'intérieur de ce caisson qui pourra être transporté ailleurs. Une technique bien ficelée sur papier mais hautement complexe à mettre en oeuvre.

Est-ce autorisé ?

Au-delà de la question purement technique se pose également celle de la légalité d’une telle opération. En effet, qui est le propriétaire des astéroïdes se trouvant dans l’espace?

Pour répondre à cette question, il faut se référer à l’US Commercial Space Launch Competitiveness Act qui a, depuis 2015, force de loi aux Etats-Unis. Il fixe les règles des vols spatiaux à caractère commercial mais également l’exploitation minière des astéroïdes... qu’il rend légale. Selon ce texte, n’importe quel citoyen américain peut commercialiser des ressources spatiales. Et tout matériau trouvé dans les astéroïdes lui appartiendra légalement.

Au Luxembourg, le vice-premier ministre de l’économie, Etienne Schneider, a annoncé en 2016 mettre également en place un cadre légal autour de l’exploitation minière des astéroïdes.

Est-ce vraisemblable ?

A l’heure actuelle, difficile d’imaginer des astronautes "mineurs de l’espace". En effet, le montant de fabrication de toutes ces technologies serait… astronomique.

Notons toutefois que des missions spatiales ont déjà réussi à ramener des échantillons d’astéroïdes, mais seulement de quelques grammes. Lancée en 2003, la sonde japonaise Hayabusa est par exemple parvenue à ramener un échantillon de poussières issues de l’astéroïde géocroiseur Itokawa. Un voyage qui a duré 7 ans pour un coût de 120 millions d’euros. En 2016, la NASA a également lancé la mission OSIRIS-Rex afin de ramener un échantillon du géocroiseur Bénou, le tout pour un coût de 755 millions d’euros et une durée de 8 ans.

Des missions qui en plus d'être très longues, ramènent des quantités qui sont loin d'approcher les tonnes convoitées.

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