Frank De Winne : "Un astronaute doit pouvoir être un leader, mais aussi un follower"

Frank De Winne : "Un astronaute doit pouvoir être un leader, mais aussi un follower"
©AP

Le Belge Frank De Winne est astronaute et responsable du Centre d’entraînement des astronautes européens (EAC) à Cologne.

Quelles sont les meilleures aptitudes personnelles à détenir pour avoir une chance d’être sélectionné comme astronaute ?

Les astronautes doivent être flexibles : le planning change tout le temps, on doit pouvoir voyager partout dans le monde, on est souvent absent de la maison. En outre, on n’est jamais sûr de quand on va voler, de comment ça va se passer… On doit aussi pouvoir travailler avec d’autres gens, avec d’autres cultures, s’adapter à l’environnement… Pouvoir travailler en équipe, en tant que leader, mais aussi en tant que follower, donc en membre de l’équipe. Car parfois, on est aux commandes, parfois on ne l’est pas. Il faut aussi avoir de la motivation. Il faut rester motivé durant tout ce long parcours, qui a parfois des hauts, parfois des bas. Il faut un grand sens des responsabilités, parce qu’on est responsable de l’exécution d’un programme pour nos États membres, sur des équipements qui coûtent beaucoup d’argent.

L’époque de l’astronaute "mâle alpha" au style agressif et dominant, c’est donc fini ?

Le leadership agressif, cela n’a pas beaucoup de sens à l’époque actuelle dans l’espace ! Si vous me connaissez un peu, vous savez que je ne suis pas du tout du style "leader agressif" ! Un astronaute est davantage quelqu’un de très équilibré. Bien sûr, c’est quelqu’un qui doit prendre des décisions, mais ce sont des décisions qu’on prend en concertation avec les équipes en orbite et au sol. Ce qu’on voit dans le film L’Étoffe des héros, c’était au tout début, tout était inconnu, c’est très différent de l’environnement dans lequel on voyage aujourd’hui.

Quelle est l’épreuve la plus difficile ou déstabilisante de la sélection, selon vous ?

Je dirais que ce sont les tests psychomoteurs. Ils peuvent apparaître très surprenants aux candidats. Je sais que beaucoup de gens sortent de cette phase en pensant qu’ils ont très mal fait. Mais c’est parce que la barre est tellement haut que personne n’arrive à avoir de bons résultats ! Ou alors c’est vraiment très exceptionnel.

Cela consiste en quoi exactement ?

Ah, cela, on essaye de ne pas trop le diffuser ! Les tests spécifiques qui ne sont pas sur le site internet, on ne les rend pas publics. Disons que le but général est de regarder si les candidats peuvent penser en multidimension, faire du multitasking. On doit parfois faire cela en tant qu’astronaute, comme dans un avion, d’ailleurs. Il faut aussi examiner la dextérité des candidats. Les astronautes doivent travailler avec leurs mains et parfois faire des expériences très précises dans un environnement difficile. La mémoire est aussi importante : il faut apprendre beaucoup de choses en peu de temps. On reçoit parfois des informations par radio, et il faut bien comprendre et pouvoir bien discerner. Il y a enfin des tests de QI afin de vérifier les capacités cognitives des gens, à pouvoir reconnaître des choses, par exemple.