Le premier observatoire de magma souterrain va être créé dans le volcan islandais Krafla

La première phase du forage prévoit plusieurs trous d’exploration autour et en dessous du magma et devrait débuter en 2024.

Le premier observatoire de magma souterrain va être créé dans le volcan islandais Krafla
©AFP
Sophie Devillers (d'après AFP)

Avec son cratère rempli d’une eau bleu turquoise, ses fumerolles d’où jaillissent vapeur, soufre et eau boueuse bouillante dans une odeur d’œuf pourri, le volcan Krafla est une des merveilles naturelles de l’Islande, trônant au nord-est de l’île.

C’est là qu’une alliance internationale s’apprête à forer à plus de deux kilomètres de profondeur, directement dans le volcan, afin d’y créer le premier observatoire de magma souterrain au monde, un projet à la Jules Verne qui a aussi des visées énergétiques.

Lancé en 2014 et avec un premier forage prévu en 2024, ce grand plan estimé à 100 millions de dollars (90 millions d’euros) est porté par des scientifiques et des ingénieurs de 38 instituts de recherche et entreprises de onze pays dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France.

Géothermie et éruption

Baptisé "Krafla Magma Testbed" (KMT), il vise à atteindre une poche remplie de magma. Car contrairement à la lave de surface, la roche en fusion à des kilomètres de profondeur reste encore une "terre inconnue".

"Il n'existe aucun observatoire de ce type et nous n'avons jamais observé du magma souterrain, en dehors de trois rencontres fortuites lors de forages" à Hawaï, au Kenya et en Islande, explique Paolo Papale, vulcanologue d'une institution italienne et associé au projet. Le projet vise à la fois à des progrès en science fondamentale, dans l'exploitation de l'énergie géothermique dite "superchaude" ainsi que la prédiction d'éruptions volcaniques et ses risques. "Savoir où le magma se trouve est vital pour être bien préparé", souligne M. Papale. "Grâce au projet, nous voulons développer une nouvelle technologie pour pouvoir forer plus profondément et exploiter cette énergie qui ne l'a encore jamais été", ajoute Vordís Eiríksdóttir, directrice de l'exploitation géothermique locale. À des kilomètres sous terre, l'énergie produite y est cinq à dix fois plus importante que dans un puits conventionnel.

La première phase du forage, qui doit coûter 25 millions de dollars (22.5 millions d'euros), prévoit plusieurs trous d'exploration autour et en dessous du magma et devrait débuter en 2024. La possibilité que cela déclenche une éruption volcanique est une "inquiétude naturelle" selon John Eichelberger, professeur à l'Université d'Alaska, mais elle équivaut selon lui à "piquer un éléphant avec une aiguille". "Une douzaine de trous ont touché du magma à trois endroits différents (dans le monde, NdlR) et rien de grave ne s'est produit."