Le conflit ukrainien aura probablement raison de la mission "belge" vers Mars prévue cette année

Selon l'agence spatiale européenne, la mission ExoMars, qui devait envoyer le premier instrument belge à la surface martienne, "n'aura très probablement pas lieu cette année". Et ce en raison de la guerre en Ukraine car il s'agit d'une mission russo-européenne.

Le conflit ukrainien aura probablement raison de la mission "belge" vers Mars prévue cette année
©ESA

Les inquiétudes des scientifiques belges étaient bien justifiées. La mission russo-européenne ExoMars, qui devrait emmener le premier instrument belge à la surface de Mars, sera sans doute une fois de plus repoussée, cette fois en raison du conflit en Ukraine. Suite à une réunion de crise qui a eu lieu lundi, l'agence spatiale européenne (Esa) a annoncé qu'il était " très improbable" que le lancement prévu en septembre de cette année, ait lieu en 2022. La mission robotique martienne était pourtant quasi prête et sur le point d'être envoyée à Baïkonour, le cosmodrome loué par la Russie au Kazakhstan. "Concernant la poursuite du programme ExoMars, les sanctions et le contexte plus large rendent un lancement en 2022 très improbable. Le directeur général de l'Esa analysera toutes les options et préparera une décision formelle sur la voie à suivre par les États membres de l'Esa", précise un communiqué.

L'un des scientifiques belges du projet, Özgûr Karatekin, nous disait vendredi : "ExoMars, c'est un projet qu'on attend depuis 2008 ! On a déjà reporté de deux ans (NdlR, de 2020 à 2022), mais je ne suis pas sûr qu'on pourra attendre encore deux ans ! Le lancement est prévu pour fin septembre. Là, ils sont à Turin pour des tests et si tout se passait bien, ils allaient envoyer l'engin au Kazakhstan, au cosmodrome de Baïkonour dans les semaines qui viennent. Les collègues de l'Esa étaient censés y aller. Et il n'y a pas moyen de faire ExoMars sans les Russes ou il faut tout recommencer ! Ce sont les Russes qui font le bouclier (thermique), ils ont changé tout le système d'entrée et de descente sur Mars... Ce sont juste les parachutes qui sont européens ! "

Une mission vers Mars, vu la nécessité de rapprochement des planètes, ne peut avoir lieu que tous les deux ans."Ne pas employer les instruments, cela coûte aussi de l'argent. Il faut les entretenir", précise le scientifique de l'Observatoire royal de Belgique.

Dans son communiqué, l'Esa poursuit : "Nous déplorons les pertes humaines et les conséquences tragiques de la guerre en Ukraine. Nous donnons la priorité absolue à la prise de décisions appropriées, non seulement pour le bien de notre personnel impliqué dans les programmes, mais dans le plein respect de nos valeurs européennes, qui ont toujours fondamentalement façonné notre approche de la coopération internationale. L'Esa est une organisation intergouvernementale régie par ses 22 États membres et nous avons construit un solide réseau de coopération internationale au cours des dernières décennies, qui sert la communauté spatiale européenne et mondiale à travers ses programmes très réussis. Nous mettons pleinement en œuvre les sanctions imposées à la Russie par nos États membres. Nous évaluons les conséquences sur chacun de nos programmes en cours menés en coopération avec l'agence spatiale étatique russe Roscosmos et alignons nos décisions sur les décisions de nos États membres en étroite coordination avec des partenaires industriels et internationaux (notamment avec la NASA sur la Station Spatiale Internationale )."

On se souvient aussi que la Russie avait décidé samedi d'interrompre ses lancements à bord de fusées Soyouz depuis le port spatial européen en Guyane française, en guise de mesures de rétorsion face aux sanctions. Cela concernait notamment l'envoi de deux satellites Galileo (le "GPS européen") dans l'espace en avril. La fusée européenne Ariane 5 est néanmoins capable d’envoyer depuis Kourou tout type de satellites dans l’espace. Cela suppose cependant d’adapter la configuration de la charge utile et du lanceur. Donc, au minimum, des retards dans les lancements.

"Concernant la campagne de lancement de Soyouz depuis le port spatial européen de Kourou, nous prenons note de la décision de Roscosmos (l'agence spatiale russe) de retirer ses effectifs de Kourou. Nous évaluerons en conséquence pour chaque charge utile institutionnelle européenne sous notre responsabilité le service de lancement approprié en fonction notamment des systèmes de lancement actuellement en exploitation et des futurs lanceurs Vega C et Ariane 6 (dont le premier lancement est prévu fin de l'année, NdlR)", commente l'Esa.

L'Esa continue de suivre la situation en contact étroit avec ses États membres, conclut-elle.