Seul dans son cabinet alors que sa salle d'attente ne désemplit pas, un généraliste reçoit un alcoolique pour un sevrage immédiat. Comment gérer une situation aussi complexe en 20 ou 30 minutes pendant que s'impatientent les autres patients? En appelant désormais Eole, service d'aide téléphonique pour tous les professionnels de la santé confrontés aux urgences et crises psychiatriques et psychologiques de la Région de Bruxelles-Capitale. L'objectif de cet appui téléphonique est de mieux faire face aux situations de crises de plus en plus nombreuses, d'orienter correctement les malades, de mieux faire connaître le vaste réseau de santé mentale de Bruxelles-Capitale, de privilégier la médecine ambulatoire, de venir en aide aux médecins ou infirmières souvent en première ligne. Ceux-ci pourront alors prendre plus de recul par rapport à une situation, analyser la demande du patient, y répondre plus adéquatement, obtenir les coordonnées d'un centre ou d'un thérapeute prêts à aider celui qui en a besoin. Voilà une nouvelle qui intéressera aussi les infirmières qui se rendent à domicile et peuvent être confrontées à des situations difficiles quand le patient perd la tête, par exemple. Et indirectement, la création d'Eole concerne le malade qui veille en chacun de nous. D'une part, les services d'urgences sont trop sollicités. `Il y a plus de malaises à l'heure actuelle et il faut reconnaître que l'accès aux urgences est facile, gratuit, impulsif. Il correspond à notre société de consommation et à la recherche de la satisfaction immédiate nous dit la psychiatre Karine Frenkiel de l'équipe d'Eole. Résultat, les services sont embouteillés et les patients doivent parfois attendre deux ou trois heures, ce qui est énorme´.

D'autre part, si les psychiatres, présents aux urgences psychiatriques, savent où orienter les malades, il n'en va pas de même pour d'autres services d'urgences générales. Comment faire face à la tentative de suicide d'une jeune fille? Rien qu'à Bruxelles, il existe près de trente services de santé mentale, en ambulatoire ou pas, trop mal connus par le grand public et par les professionnels de la santé. `L'écoute que nous proposons est importante précise encore Karine Frenkiel, elle est aussi demandée par nos confrères qui se sentent souvent seuls face aux cas rencontrés. On peut les aider à mieux comprendre ce qui se passe, les accompagner, assurer un suivi´.

Projet de recherche-action initié par Jean-Paul Matot, directeur du service de santé mentale de l'ULB et par le professeur Isy Pelc, chef du service de Psychiatrie du Centre hospitalier universitaire Brugmann, Eole est né dans le cadre d'un appel d'offre des Ministres fédéraux de la Santé publique et des affaires sociales. Services de santé mentale bruxellois et services de psychiatrie du réseau iris se sont donc associés. Car pour agir efficacement, Eole, bicommunautaire, doit aussi bien identifier les ressources existantes, leurs spécificités d'interventions, leurs méthodes thérapeutiques, les procédures d'accès en cas d'urgence. Un téléphone? 02.223.75.52.

© La Libre Belgique 2001