Aux Etats-Unis, un Américain sur quatre est prédiabétique, et jusqu’à un sur deux, dans la population précarisée. En Belgique, on estime à 5 ou 6 % le pourcentage des personnes diabétiques dans la population. Et à près de 10 % celui des personnes en prédiabète, un sujet peu connu qui mérite pourtant une attention particulière à l’occasion de la journée mondiale du diabète, célébrée ce jeudi 14 novembre.

" Le prédiabète fait le lit de l’évolution vers le diabète , nous explique à ce propos le Pr Martin Buysschaert, président francophone de l’Association belge du diabète (ABD). Après cinq à dix ans de prédiabète, on a une chance sur deux d’avoir développé un diabète vrai avec les conséquences que cela implique. Une autre raison de dépister le prédiabète est que la personne prédiabétique peut développer des complications de type macroangiopathique, ce qui signifie des lésions des gros vaisseaux (carotide, cœur, artères des membres inférieurs), ce qui veut dire des risques d’infarctus, d’accident cardio-vasculaire… "

Comment peut-on définir le prédiabète ?  

Ce concept n’est pas très ancien puisque la première fois où l’on a parlé de prédiabète, c’était en 1979 aux Etats-Unis. Un groupe a identifié l’entité qu’il a appelé "intolérance glucidique". Le concept a évolué pour être remodifié dans les années 2000 avant d’en arriver à la définition admise en 2013, selon laquelle le prédiabète constitue deux entités distinctes. A savoir, d’une part, ce que l’on appelle l’anomalie de la glycémie à jeun (un taux de sucre qui se situe entre 100 et 125 mg par dl) et, d’autre part, l’intolérance au glucose qui est basée, elle, sur l’épreuve d’hyperglycémie. Il s’agit de faire ingérer au patient 75 g de sucre et ensuite mesurer le taux de glycémie à différents temps, le temps important pour définir l’intolérance glucidique est la cent vingtième minute après l’ingestion. Si, à ce moment-là, la valeur se situe entre 140 et 199, il y a une intolérance glucidique qui est l’autre facette du prédiabète. Tout récemment est apparue une troisième manière de définir le prédiabète, en l’occurrence par une valeur d’hémoglobine glycatée se situant entre 5,7 et 6,4 %. Au-delà, on a un diagnostic de diabète vrai. Le prédiabète est donc soit l’anomalie à jeun, soit l’intolérance glucidique à la cent vingtième minute, soit la combinaison des deux.  

Y a-t-il des signes qui peuvent indiquer la présence d’un prédiabète ?  

Non, et c’est bien là un problème majeur, le prédiabète est asymptomatique. Il s’agit d’une anomalie biologique des taux de sucre dans le sang. Mais, cliniquement, il n’y a aucun symptôme. C’est donc véritablement le type de pathologie que le médecin traitant doit dépister chez les personnes à risque.  

Alors, quels sont les principaux facteurs de risque d’un prédiabète ?

Il y a certainement l’âge, disons au-delà de 45 ans, mais le facteur principal reste la surcharge pondérale. Il faut aussi tenir compte des antécédents familiaux de diabète de type 2. Le prédiabète doit également être envisagé chez une femme qui a un diabète gravidique (de grossesse ou gestationnel). Ou encore en présence d’autres pathologies souvent associées au diabète comme une hypertension artérielle, une dyslipidémie, des antécédents cardiovasculaires, ou une trop grande sédentarité… Pour dépister, dans un premier temps, on peut utiliser un questionnaire qui porte précisément sur les facteurs de risque (voir notre infographie). Celui-ci permet d’évaluer le risque de prédiabète à dix ans et d’ainsi cibler la population chez qui il faut aller plus loin.  

Peut-on traiter le prédiabète ?  

Oui, et comme il est réversible, cela a tout son sens. En plus, le traitement du prédiabète ne coûte pas cher. La manière la plus efficace est l’hygiéno-diététique. Ce qui revient à perdre du poids par une alimentation un peu contrôlée et par l’exercice physique. Pour être efficace, on considère que cent cinquante minutes par semaine d’activité physique modérée sont suffisantes. Ce qui revient à une demi-heure de marche ou de vélo, cinq jours par semaine. De cette manière, on peut parfaitement corriger le prédiabète. Et si les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas, des études ont montré que certains médicaments sont très efficaces, comme la metformine qui améliore la sensibilité à l’insuline et permettra de freiner le passage du prédiabète au diabète.