Et si on allait boire un p’tit coup ? Se prendre un godet ? Il suffit de faire référence au langage courant pour s’apercevoir que la consommation d’alcool est banalisée. A tort, les consommateurs auraient tendance à distinguer les alcools forts, d’une part, qu’ils consomment moins souvent, jugent dangereux et assimilent à une drogue, et le vin ou la bière, d’autre part, boissons alcoolisées consommées régulièrement et considérés comme inoffensives. Détrompons-nous !

Faut-il pour autant y voir les signes d’un alcoolisme naissant ? Les prémices d’une alcoolodépendance ?

C’est l’une des nombreuses questions auxquelles ont souhaité répondre la Société scientifique de médecine générale (SSMG) et l’association Question Santé, dans un dossier (accessible sur le site www.mongeneraliste.be). L’occasion de souligner le rôle central du généraliste. " Il peut aider son patient en lui donnant un simple conseil, en le prenant en charge progressivement et avec empathie, sans sermon ou interdiction ", estime le Dr Thomas Orban, vice-président de la SSMG.

Le Belge dans la moyenne. Avec une consommation annuelle d’alcool pur estimée à 10,8 litres par personne âgée de 15 ans et plus - ou 11 verres de boissons alcoolisées en moyenne par semaine -, la Belgique se situe dans la moyenne des pays de l’Union européenne. Le taux de consommateurs quotidiens est de 12 %.

Qu’est-ce qu’une consommation à risque ? Quelles sont les balises de sécurité, les signes d’alerte à détecter ? Le bilan de consommation (quantité) est basé sur des balises de consommation définies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui recommande, pour une consommation d’alcool à moindre risque : en ce qui concerne la consommation régulière, pour les femmes : pas plus de 2 unités d’alcool en moyenne par jour (moins de 14 par semaine) et pour les hommes, pas plus de 3 unités d’alcool en moyenne par jour (moins de 21 par semaine). Par ailleurs, l’OMS recommande au moins un jour par semaine sans boisson alcoolisée. Pour les consommations occasionnelles : pas plus de 4 unités en une seule occasion.

Autre repère pour faire le point, le bilan du risque de mésusage est basé sur la réalisation de tests de dépistage, tel le questionnaire Audit (ci-contre), trop peu connu des généralistes. Si le test est positif, c’est un signe d’alerte : une évaluation avec un médecin doit alors être effectuée.

Quel consommateur êtes-vous ? Le consommateur anodin ou modéré est celui qui boit moins que les seuils recommandés par l’OMS, c’est-à-dire moins de 3 unités par jour pour un homme et moins de 2 unités par jour pour une femme. Le consommateur à risque est celui qui boit plus que les seuils recommandés par l’OMS, sans pour autant souffrir de répercussions négatives du fait de cette consommation. Le consommateur à problèmes est celui qui souffre de répercussions négatives du fait de sa consommation que ce soit sur le plan physique (hépatite, hypertension, obésité ) psychologique, social, professionnel, familial ou juridique. L’alcoolodépendant est celui qui a perdu la liberté de contrôle de sa consommation : on distingue la dépendance psychique et la dépendance physique (caractérisée par des symptômes de sevrage).

En cas d’alcoolodépendance, l’abstinence est-elle incontournable ? Dans le processus de prise en charge, la place du choix du patient est essentielle, estime la SSMG, considérant que le patient peut privilégier soit l’abstinence soit l’approche de la consommation contrôlée. Celle-ci est, en effet, à présent " admise pour certaines catégories de consommateurs d’alcool, dans le cadre d’approches thérapeutiques adaptant l’intensité de l’intervention à la sévérité de la consommation. La consommation contrôlée peut être un objectif en soi, ou une étape vers une abstinence souhaitée ".

Consolation. Une faible consommation d’alcool (1 ou 2 verre(s) standard par jour chez l’homme, 1 chez la femme) semble sans danger pour la plupart des adultes et même associée à une moindre mortalité par maladie cardiovasculaire (surtout les hommes). Puis, il y a la convivialité et le plaisir