Des scientifiques réunis en Australie ont comparé jeudi la découverte d'une nouvelle particule compatible avec le célèbre boson de Brout-Englert-Higgs à celle de l'électricité, une trouvaille dont on avait du mal à l'époque à imaginer toutes les implications.

"Ce qui est vraiment important pour le Higgs est que cela explique comment le monde pouvait être lors du premier millionième de seconde du Big Bang", a déclaré à l'AFP Albert De Roeck, un scientifique du Cern présent en Australie pour une grande conférence. "Est-ce qu'on peut appliquer (cette invention) à quelque chose? Pour le moment, mon imagination est insuffisante".

"Comme l'imagination de (Michael) Faraday était bien trop petite pour envisager tout ce qu'il pouvait faire avec l'électricité lorsqu'il l'a découverte", ajoute le physicien.

Le Britannique Faraday a découvert en 1831 l'induction électromagnétique, qui donnera naissance plus tard à la technologie électromagnétique moderne.

Selon le physicien Ray Volkas, beaucoup espèrent que la nouvelle particule est "un peu différente" du boson de Brout-Englert-Higgs comme prédit dans le Modèle standard de la physique des particules élémentaires.

Si la particule était différente, "cela amènerait de nouvelles théories physiques, en rapport peut-être avec la matière sombre", estime-t-il. Cette matière mystérieuse formerait un quart de l'Univers alors que la matière visible ne représenterait que 5% du cosmos. Les 70% restants sont l'énergie sombre qui expliquerait pourquoi l'expansion de l'Univers s'accélére.

"On peut imaginer par exemple que la particule de Higgs agit comme un pont entre la matière ordinaire, qui compose les atomes, et la matière sombre, dont nous savons qu'elle est un composant important de l'univers", ajoute Ray Volkas. "Ca aurait des implications fantastiques pour la compréhension de tout ce qui est important dans l'univers, pas seulement les atomes ordinaires", selon lui.

Peter Higgs: "c'est très agréable d'avoir parfois raison"

Le scientifique britannique Peter Higgs, qui avait suggéré il y a près de cinquante ans l'existence d'une nouvelle particule dont des physiciens viennent peut-être de retrouver la trace, a reconnu vendredi qu'il était "très agréable d'avoir parfois raison".

Le physicien s'exprimait à l'université d'Edimbourg, en Ecosse, deux jours après l'annonce de la découverte par l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (Cern) d'une nouvelle particule "compatible" avec les caractéristiques du boson de Brout-Englert-Higgs, chaînon manquant dans la théorie des particules élémentaires.

L'annonce du Cern est intervenue 48 ans après que Peter Higgs eut postulé l'existence du boson qui porte son nom.

"C'est très agréable d'avoir parfois raison (...). Ce fut une longue attente", a reconnu le physicien de 83 ans lors d'une conférence de presse.

Peter Higgs, connu pour sa modestie, a balayé d'un revers de la main l'idée de se voir décerner le Nobel, comme l'a suggéré cette semaine l'astrophysicien britannique Stephen Hawking. "Je ne sais pas. Je n'ai pas d'amis proches dans le comité du Nobel", a-t-il répondu.

Interrogé pour savoir ce qu'il comptait désormais faire, il a simplement répondu qu'il voulait continuer sa retraite. "Le seul problème, je pense, est que je devrai échapper à la presse."