On se rappelle du Tupolev 144, plagiat quasi-absolu du Concorde, ou des Lada Jigouli, répliques autorisées de la Fiat 124 des années 70. L’Union soviétique, pour combler son retard sur l’Occident préférait souvent la copie à l’original. La navette Bourane (“Tempête de neige” en russe) s’inscrit en bonne partie dans cette tradition.

Le développement par les Soviétiques de ce programme a été initié en 1976 en réaction à la mise en chantier de la navette américaine qui, à Moscou, était perçue comme une menace militaire. Son développement a mobilisé pendant deux décennies les plus grands centres scientifiques et industriels du pays et des sommes faramineuses.

En raison de sa furieuse ressemblance extérieure avec sa concurrente américaine, on a longtemps cru que le développement du projet était totalement le fruit de l’espionnage russe. Il est aujourd’hui toutefois admis que la ressemblance n’est qu’externe. L’intérieur de l’appareil et son avionique sont eux d’inspiration soviétique. Leur conception serait fort différente de celle de sa cousine américaine.

Ce n’est finalement que le 15 novembre 1988, après la fabrication de 8 maquettes grandeur nature, de nombreux tests suborbitaux du véhicule d’essai OK-GLI et d’autres effectués sur le dos d’un avion conçu pour la circonstance – l’Antonov 225, qui reste à jour le plus lourd avion du monde – que Bourane effectue son premier vol, non habité, depuis la base de Baïkonour au Kazakstan. L’engin est placé sur orbite grâce à des lanceurs Energia. Après deux révolutions de la Terre, l’engin regagne en mode automatique le cosmodrome sur une piste d’atterrissage de 5 km de long construite pour elle et aujourd’hui encore utilisée par les avions russes qui viennent de Moscou. Cela restera la seule et unique mission effectuée dans l’espace par une navette russe.

Car la suite est moins glorieuse. Après une présentation au salon du Bourget, en 1989, Bourane ainsi que sa petite sœur Ptichka (ou Bourane 1.02) sont définitivement mises au garage faute de crédit dans une Union soviétique désormais en plein déclin. Et Bourane sera finalement détruite après l’effondrement du hangar en ruines qui l’abritait à Baïkonour; accident dans lequel sept ouvriers furent tués. Reste aujourd’hui Ptichka, celle qui n’a jamais volé, comme ultime témoin d’une aventure ratée. Une relique aujourd’hui propriété du Kazahstan.

© La Libre Belgique 2011