L’usage des plantes médicinales est aussi ancien que l’apparition de l’homme sur terre. Les tombes préhistoriques ont révélé les premières traces; les sépultures mésopotamiennes, les plus anciens écrits à ce jour; et les archives égyptiennes, le premier traité consacré au sujet sur 20 mètres de papyrus. L’Inde, la Chine, puis les cultures incas, aztèques ou mayas ont chacune développé leur propre savoir médical transmis de génération en génération avant de traverser les océans lors des premières vagues de mondialisation.

Dépendance aux plantes

"Toutes les civilisations ont utilisé les plantes pour se soigner", souligne le professeur en pharmacognosie de l’ULg Michel Frédérich qui donnera une conférence sur le sujet le 20 janvier prochain. "Elles sont restées la principale source de soin jusqu’à la fin du XIXe siècle et l’apparition des médicaments "modernes" comme l’aspirine." L’un des premiers médicaments de synthèse a été élaboré en 1897 grâce aux progrès de la chimie pour faciliter l’approvisionnement des sociétés industrielles et leur lutte contre la fièvre et la douleur. "Certaines plantes étaient rares, difficiles à récolter, et donc extrêmement chères", poursuit le chercheur. "La synthèse totale ou la modification chimique de substances naturelles a permis de simplifier la production, d’améliorer l’efficacité de certains médicaments ou d’éliminer des effets indésirables."

Autre force de l’aspirine : la possibilité de reproduire synthétiquement sa molécule. Plus besoin de retirer des extraits de saule ou de reine des prés, les deux plantes qui possèdent son modèle actif, la salicine, pour la produire. Ce qui facilite sérieusement sa commercialisation. "Ça a fonctionné, et du coup, on a cru dans les années 60 qu’on pourrait recréer la plupart des molécules naturelles et fabriquer tous les médicaments par synthèse pour éviter le long et coûteux processus d’isolement et d’identification des produits contenus dans les plantes", ajoute Michel Frédérich. "Mais on a dû constater que ce n’était pas toujours possible. Et aujourd’hui, environ la moitié de nos médicaments sont encore des produits naturels ou dérivés de plantes, micro-organismes ou organismes marins." "L’arrivée de la chimie et l’élaboration de médicaments ont donc été une excellente chose", reconnaît le professeur en pharmacognosie. "Elles ont permis d’éliminer des maladies qui tuent, comme la méningite ou la leucémie contre lesquelles les plantes ne peuvent pas lutter. Beaucoup d’anticancéreux, par exemple, sont issus de plantes naturelles, mais n’étaient contenus qu’en très petites quantités ou ne pouvaient pas être directement utilisés, car ladite plante contenait également d’autres produits qui, eux, se révélaient toxiques."

De la valériane le long des chemins

Le thym est un antiseptique, la camomille un antispasmodique, la morphine un puissant antidouleur, et la salicine contenue dans le saule un anti-inflammatoire. Les plantes elles-mêmes peuvent donc posséder des propriétés thérapeutiques intéressantes, et la phytothérapie, qui suscite un regain d’intérêt depuis une dizaine d’années, n’avait en réalité jamais disparu. Avantage : beaucoup de ces produits sont accessibles. Des plantes comme le millepertuis ou la valériane poussent le long des chemins, d’autres comme le thym ou la camomille sont cultivées et commercialisées en magasins. Mais contrairement aux médicaments "modernes" qui sont généralement constitués d’une seule substance, les plantes mélangent une multitude de constituants qui peuvent se révéler tout aussi "actifs" que toxiques pour le corps humain. "Dans les années 90, je me souviens qu’il y avait eu une confusion entre deux plantes chinoises aux noms similaires", se remémore Michel Frédérich. "Elles ont été vendues pour leurs vertus amincissantes et ont entraîné 110 cas d’insuffisances rénales qui ont nécessité une greffe du rein ou entraîné un cancer."

D’autres plantes peuvent au contraire se révéler moins toxiques qu’un médicament classique, les autres substances qu’elles contiennent compensant, le cas échéant, les éventuels effets indésirables de la molécule active qui aurait été isolée chimiquement. Mais toutes n’ont pas de vertus médicamenteuses, et celles qui en offrent ont parfois de concentrations de molécules "actives" tellement faibles qu’elles n’ont aucun effet. "Il n’en reste pas moins que de nombreuses plantes peuvent être consommées avec un impact positif sur le corps humain et que notre médecine en reste encore partiellement dépendante", conclut Michel Frédérich. "Il reste, par ailleurs, une large marge de progression. De nouvelles plantes sont encore régulièrement identifiées dans les pays du Sud, et d’autres, bien connues, révèlent encore des propriétés bénéfiques grâce à l’usage de technologies modernes, des milliers d’années après leur découverte."

Gingembre

Plante sauvage asiatique. Ses vertus aphrodisiaques ne sont pas encore prouvées, mais c’est un excellent anti-nauséeux, particulièrement efficace pour les nausées dues au “voyage” à raison de 1 ou 2 gr. Ses racines peuvent être utilisées en tisanes ou en épices pour la cuisine.

Le saule

L’une des deux plantes avec la reine des prés qui produit de la salicine, substance de base de l’aspirine que l’on reproduit désormais de manière synthétique. Le saule est toujours utilisé en tant que tel en phytothérapie.

Pavot

La superstar, plante de culture utilisée pour produire de l’opium et, surtout, de la morphine : l’antidouleur de référence dans tous les hôpitaux de la planète.

Valériane

Plante sauvage et de culture présente en Belgique, dont les racines permettent de lutter contre les troubles du sommeil. Les extraits de valériane sont vendus en magasin et ses racines peuvent être utilisées en tisane après avoir été séchées.

Millepertuis

Plante sauvage et de culture répandue en Belgique et utilisée comme antidépresseur. Disponible uniquement sous forme d’extraits vendus en magasin. Contre-indiquée pour les personnes utilisant des moyens contraceptifs.