Chlore: des experts en eaux troubles
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Sciences & Espace

Chlore: des experts en eaux troubles

Laurence Dardenne

Publié le - Mis à jour le

Un fameux pavé chloré dans les piscines ", titrions-nous le 19 janvier 2001, alors que "La Libre" se faisait l’écho d’une étude du Pr Alfred Bernard, de l’unité de toxicologie industrielle et de médecine du travail de l’UCL, sur un sujet délicat, vu les enjeux en présence : le danger potentiel que représente l’exposition au chlore dans les piscines, plus particulièrement pour les jeunes enfants. Depuis, le dossier n’a cessé de faire des vagues.

On pouvait penser qu’en publiant, jeudi, l’avis d’un collectif de 5 experts, le Conseil supérieur de Santé allait, en quelque sorte, clore le dossier chlore, on peut à présent en douter. Car si, en cette phrase, le CSS conclut qu’" il n’existe actuellement pas d’indication suffisante pour établir un lien entre l’exposition aux composés chlorés et l’apparition d’asthme, et dès lors déconseiller la natation aux enfants " , les ultimes lignes de ce rapport de 22 pages nous ont paru quelque peu surprenantes. On peut en effet y lire, en substance (voir paragraphe complet ci-contre) , que "certains experts liés à cet avis ont déclaré avoir des intérêts susceptibles d’amener une mise en doute de leur indépendance". Evalués, selon la procédure prévue dans cette matière, "ces intérêts ont été considérés comme pouvant entraîner un risque de conflit d’intérêts", admet le CSS, qui n’a t outefois pas jugé utile d’exclure le ou les experts concernés, "compte tenu de l’expertise disponible en Belgique et des délais à respecter" .

Sans que soit explicitement précisé dans cet avis le nom du ou des experts visés, pas plus que la nature exacte du conflit d’intérêts, renseignements pris, il nous est apparu que le président du groupe de travail, le Pr Benoît Nemery de Bellevaux, était en cause. Contacté par nos soins, le chercheur de l’unité de toxicologie et de médecine du travail de la KUL nous a expliqué en toute transparence et sans détour l’objet de ce conflit d’intérêts, tel qu’il l’avait d’ailleurs présenté à l’époque au CSS. Dans ce mail qu’il nous a volontiers adressé, le Pr Nemery de Bellevaux explique avoir été coorganisateur et coprésident d’un "workshop" international consacré à l’asthme chez l’enfant et l’exposition environnementale dans les piscines. Cette manifestation, qui s’est tenue du 21 au 23 août 2007 à Louvain, était une initiative d’EuroChlor, l’organisation européenne des producteurs de chlore. Les frais d’organisation et ceux liés à la venue d’une trentaine de participants - dont des invités étrangers - ont été entièrement pris en charge par la Fondation pour la recherche sur les effets de l’environnement sur la santé, subsidiée par le Conseil mondial du chlore et la Fondation nationale américaine des piscines.

" Certains interlocuteurs ont reçu des honoraires, dont je ne connais pas le montant, mais, personnellement, je n’ai perçu aucune rémunération", nous a assuré le Pr Nemery. "En revanche, une somme de 5 000 dollars (3 624,71 euros) a bien été versée à mon Unité de recherche sur la toxicologie pulmonaire. J’ai accepté d’organiser ce symposium à condition d’avoir les mains totalement libres tant en ce qui concernait le choix des intervenants que celui des sujets qui allaient être abordés, sans qu’interviennent les sponsors."

Pour ce qui concerne le Pr Alfred Bernard, "invité à ce symposium, il n’a pas jugé opportun d’y participer".

Signalons par ailleurs que, à la suite de ce congrès, une publication scientifique est parue en 2009 dans "Environmental Health Perspectives". " Même si ce n’est pas à celui qui est visé d’en juger, je peux vous assurer n’avoir été influencé d’aucune façon", nous a certifié le Pr Nemery de Bellevaux, manifestement étonné que la note sur son conflit d’intérêts n’ait pas été communiquée. "Je préfère jouer la transparence. Vous pouvez savoir que je ne roule pour personne."

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