Sciences & Espace

Impressionnant sur son podium, la gueule ouverte, dans sa position naturelle de chasseur prêt à bondir sur sa proie, Arkhane est le dernier arrivé du Museum des Sciences naturelles. Trônant majestueusement parmi les fossiles d'animaux marins au fond de la Galerie de l'Evolution, où il sera exposé au public en première mondiale dès demain et jusqu'au 31 mars 2020, cet allosaure de 8,7 m de long pour 2,6 m de haut revient de loin. Du Jurassique supérieur, en l'occurrence.

© D.R.

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Malgré ses quelque 155 millions d'années, le squelette de ce grand prédateur est en effet complet à 70 %. Il manque essentiellement des côtes, des vertèbres cervicales et des parties du crâne. Le fossile, exceptionnel selon les spécialistes, vient aussi de loin dans la mesure où c'est lors d'un chantier de fouilles sur le site de Barnum-Kaycee au Wyoming qu'il a été découvert en 2014 au pied des Rocheuses.

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S'il a abouti dans les murs bruxellois, c'est via un collectionneur privé "néophyte mais passionné" - au point d'avoir déboursé quelque 2 millions d'euros pour ce spécimen-, et qui souhaite rester anonyme qu'Arkhane est arrivé dans les laboratoires du service de paléontologie de l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique (IRSNB). En l'espace de six mois, sous la supervision de Pascal Godefroit, paléontologue à l'IRSNB, les équipes l'ont identifié comme une nouvelle espèce d'allosaure. Aujourd'hui, seul le crâne doit encore être réparé dans le laboratoire, un moulage ayant été réalisé en attendant la pièce originale.

Pour Pascal Godefroit, le spécimen appartient bien au genre Allosaurus. "Il présente notamment le crâne très profilé typique des allosaures, ainsi qu’une protubérance osseuse, probablement cornée, à l’avant et au-dessus de l’orbite. Allosaurus est le top prédateur du Jurassique supérieur en Amérique du Nord. Ses proies étaient des sauropodes (Diplodocus, Apatosaurus, Brachiosaurus, Camarasaurus…), des ornithopodes (notamment Nanosaurus) et des stégosauridés, voire à l’occasion d’autres prédateurs. Il les chassait peut-être en meute".

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Pourquoi Arkhane?

S'il n'a pas encore de nom scientifique, lequel ne sera attribué qu'après publication en bonne et due forme dans une revue scientifique spécialisée et l'intégration du spécimen dans une Fondation ou une institution reconnue, il porte cependant un nom. Choisi par son propriétaire, Arkhane est la contraction de "arcane", Arcanus en latin signifiant "secret mystérieux" , au regard de sa nouvelle espèce, et de Gengis-Khan, le puissant conquérant. "Un parallèle évident avec ce dinosaure carnivore qui se trouvait bien tout en haut de la chaîne alimentaire", fait-on remarquer à l'IRSNB, qui a souhaité présenter le bipède "en position probable de vie".

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D'après les spécialistes, ce grand carnivore serait capable d'atteindre 30 à 55 km/h. "Sa queue musclée contrebalançait la masse du thorax et de la tête" précisent encore les paléontologues. Les allosaures étaient sveltes, agiles et plutôt légers, soit entre 700 et 1500 kg quand même. Pour contextualiser ce grand prédateur, les responsables de l'exposition l'ont accompagné d'autre spécimens de cette époque, qui seraient autant de proies pour Arkhane. Ainsi ce petit dinosaure herbivore primitif, lointain cousin de nos Iguanodons de Bernissart, ou encore un crâne de Camarasaurus, découvert à quelques mètres du squelette d'Arkhane. Non loin des restes probables de son dîner, une borne dévoile le "making off" de l'expertise scientifique.

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De quoi impressionner Jacky Ickx, "dinosaure de l'automobile" de ses propres dires, venu couper jeudi midi avec beaucoup d'humour le ruban rouge inaugurant l'exposition d'Arkhane.


Infos pratiques:

Muséum des Sciences naturelles, 29, rue Vautier à 1000 Bruxelles. Info@naturalsciences.be.

Plus d'infos: www.sciencesnaturelles.be

Fermé tous les lundis.


A propos du partenariat privé/public

L’objectif de ce partenariat est double, explique l'IRSNB :

· Identifier le spécimen et donc mener une recherche scientifique pour déterminer s’il s’agit bien d’une nouvelle espèce.

· Permettre au plus grand nombre de le voir en l’utilisant comme un support pédagogique pour susciter l’intérêt pour la science et, qui sait, des vocations. D’où son exposition au Muséum.

"Lors de sa vente publique en juin 2018, une partie du monde scientifique a crié au scandale : le prix demandé par les maisons de vente au cours de ces enchères est en effet bien trop élevé et rend ces spécimens inaccessibles aux institutions publiques, commente l'IRSNB. On craignait donc qu’Arkhane ne soit définitivement perdu pour la Science et le grand public. Néanmoins les riches collectionneurs n’achètent généralement pas de tels trésors pour les exposer chez eux ou pour les placer dans le coffre d’une banque : la plupart désire au contraire les partager avec les scientifiques et le grand public. C’est en tout cas la démarche du nouveau propriétaire d’Arkhane, qui a immédiatement proposé que les paléontologues de l’IRSNB puissent étudier en détail cette nouvelle espèce de théropode, mais également que ce magnifique dinosaure soit exposé dans notre musée. Il s’agit donc d’une opération win-win pour les deux parties. L’IRSNB a un accès privilégié à un spécimen unique au monde et le propriétaire peut s’appuyer sur l’expertise de nos scientifiques pour s’assurer que ce qui était écrit dans le catalogue de vente – une nouvelle espèce – correspond à la réalité de son acquisition, ce qui n’est malheureusement souvent pas le cas. Il peut également compter sur l’expertise de nos muséologues pour mettre en valeur ce précieux squelette dans un écrin unique.
Dans le cas d’Arkhane, tous les aspects légaux de sa découverte, de sa fouille et de son exportation ont été scrupuleusement respectés et toutes les étapes de sa découverte et de sa préparation ont été soigneusement documentés
".