Des chercheurs de l'ULB ont pu retracer la domestication et l'expansion des cobayes dans le monde, à partir de 46 anciennes traces ADN retrouvées au Pérou, en Bolivie, aux Caraïbes, en Belgique et aux États-Unis. Chez nous, les premiers restes de ces rongeurs remontent au XVIe siècle, mais les cobayes ont été une source importante de protéines animales pendant des millénaires pour les Sud-Américains. Les plus anciennes traces du cobaye proviennent de Sabana de Bogotá, dans les hauts plateaux de l'est de la Colombie, et datent de 9.000 ans avant J.C. Des restes de l'espèce sauvage "Cavia tschudii", retrouvés au Pérou, montrent que l'animal y a servi de nourriture et d'offrande. À Jaywamachay, des traces de cochons d'Inde remontent à 8.500 et 8.160 avant J.C.

La domestication par sélection humaine a commencé vers 6.000 avant J.C., comme le montrent des découvertes plus récentes de l'espèce "Cavia porcellus". Les analyses moléculaires indiquent que les cobayes domestiques descendent des espèces sauvages issues de Colombie et du Pérou. Les premières étapes de cet apprivoisement se sont déroulées dans le sud du Pérou et dans le nord du Chili. Le processus s'est ensuite étendu, pour mener plus récemment à l'élevage du rongeur comme animal d'expérience ou de compagnie, principalement aux États-Unis et en Europe.

Le cobaye a joué un rôle important dans l'histoire des premiers habitants d'Amérique du Sud, similaire à celui qu'ont eu les lapins ou les poules en Europe. "Les Incas ont beaucoup utilisé le cobaye comme offrande", affirment la doctorante Céline Erauw et le professeur Peter Eeckhout dans leur étude publiée dans la revue scientifique Nature.

Chez nous, la plus ancienne trace de cobayes remonte à la moitié du XVIe siècle, possiblement amenés d'Amérique du Sud comme animal de compagnie exotique.

"Nos recherches montrent que les cobayes et leur signification historique et culturelle sont plus complexes qu'on ne le pense", affirment les experts. "Les recherches régionales précédentes n'ont pas apporté de vue complète de leur domestication et de leur expansion. L'analyse d'anciennes traces ADN a énormément évolué ces dernières années. Elle permet d'analyser en détail les traces des premières domestications et la propagation des animaux de compagnie", concluent les archéologues.